Voir tome III, p. 425 et suiv
7. Quicherat, Histoire de Sainte-Barbe, t. 1, p. 140, nole 1.
tomber en désuétude. Beaucoup de familles ne confiaient leurs enfants aux pédagogues qu’à la condition expresse de leur faire suivre les classes de Clermont, et l’on voyait chaque jour une partie des écoliers gagner le collège de la rue Saint-Jacques, pendant que l’autre se dirigeait vers quelque collège de l'Université. Les Recteurs qui se succédèrent de 1626 à 1642 constatèrent plus d’une fois ces infractions; mais ne pouvant se résoudre à frapper les chefs d'établissement d’une peine aussi grave que la perte de leurs privilèges, ils se contentèrent de refuser de temps en temps d'admettre aux examens les candidats convaincus d’avoir fait leurs études chez les Jésuites !. Ce fut à l’occasion de l’un de ces refus que les religieux renouvelèrent leur tentative d’incorporation à l’Université de Paris:
A la fin de l’année 1642 quatre étudiants de philosophie du collège de Clermont se présentèrent devant le Recteur de F'Université pour être reçus au degré de maître ès arts. Louis de Saint- Amour, ennemi déclaré de la Compagnie?, les ayant éliminés, ils se pourvurent devant le Conseil du roi et sommèrent les Pères du collège d'intervenir dans la cause, comme intéressés au gaim du procès. Le 11 mars 1643, les Jésuites adressèrent au roi et à son Conseil une requête en ce sens. Longtemps, disaient-ils, ils avaient dissimulé autant que possible les tracassseries dont ils étaient l'objet de la part des Recteurs etsuppôts de l’Université, «espérant que le profit de leurs exercices et de leurs instructions dont le public témoigne grande satisfaction, et leur modération et leur respect vers lesdits suppôts feroïent cesser ce qui leur restoit d'adversion contre lesdits suppliants ». Mais le refus d'admettre quatre de leurs écoliers au degré de maître ès arts, par la seule raison qu’ils avaient étudié la philosophie au collège de Clermont, les forcait d'intervenir pour empêcher que leur établissement ne fût abandonné au préjudice du publie, s’il n’y était pourvu*. Ils demandaient en conséquence « que le collège de Clermont fût déclaré estre du corps de l'Université; le principal et les professeurs d’iceluy fondez en pareils droits, privilèges et prérogatives que les professeurs des autres collèges ; les escolliers recevables
1. Douarche, L'Université de Paris et les Jésuites, p. 285, 286. — Jourdain, 0p. cit. p. 142 et Suiv. :
2. Louis Gorin de Saint-Amourétait « fils du cocher de Louis XII que Sa Majesté aimoit fort à cause de son addresse.à bien mener son carrosse ». (Brienne, Anecdotes de Port-Royal.) Cf. Ste-Beuve, Port-Royal, 11, 507. .
3. Extraits de la requête des Jésuites au roi, 11 mars 1643, dans les Annales des soi-disans Jésuites, &. XI, p. 717.
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aux degrez et fondez aux mesmes droits que les autres sans distinction. « Et pour ce qu'il est évident, ajoutait la requête, que lesdits recteurs et supposts sont suspects pour l'examen des escolliers des supplians, plaise à Vostre Majesté ordonner qu'après un examen valable, fait pardevant lesdits supplians, leursdits escolliers trouvez capables, seront par eux receus aux degrez des Facultés de théologie et des arts en ladite Université, dont iceux supplians pourront leur expédier toutes lettres nécessaires, en conséquence desquelles ils jouiront de tous privilèges, tant pour la nomiriation aux bénéfices qu’autres actes quelconques dedans et dehors ladite Université, ainsi que les autres graduez d’icelle, avec défense aux dits recteurs, supposts et graduez de leur apporter aucun trouble. Et en cas d'opposition où d’empeschement, plaise à Vostre Majesté s’en réserver et à son conseil la cognoissance, avec interdiction à tous autres juges, à peine de dix mille livres d'amende, cassation des procédures, despens, dommages et intérêts des parties. Et lesdits supplians continueront leurs prières pour la prospérité et santé de Vostre Majesté!. »
Sur cette requête, les Pères du collège de Clermont furent reçus partie intervenante äu procès. Quant à l’Université elle se garda bien de produire ses moyens de défense devant le Conseil : l’ayant trouvé souvent peu favorable à ses prétentions, elle demanda le renvoi de l'affaire au Parlement. Puis elle entreprit d'exposer au public les raisons qu’elle avait de s'opposer à l'incorporation sollicitée. A la prière du Recteur, un jeune régent de philosophie, chanoine de Beauvais, Godefroy Hermant, qui avait suivi les cours de rhétorique au collège de Clermont, consentit « après s'être défendu longtemps », à se faire le champion de l’Université contre ses anciens maïtres.
I publia d’abord sous le titre d’Observations importantes quelques remarques sur la requête des Jésuites au roi. Après ce préambule, parut au mois d'avril 1643 l’Apologie pour l'Université de Paris contre le discours d'un jésuite, par une personne affectionnée au bien public?. En réalité aucun Père de la Compagnie n'avait écrit sur la question; c'était une malicieuse invention de l'apologiste, et il répondait au discours supposé en montrant que la ruine de l’Université serait préjudiciable à la Religion et à
1. Cité par Jourdain, 0p. cit., p. 150. La requête des Jésuites au roi et à son Conseil a été publiée pour la première fois par Godefroy Hermant dans ses Observations importantes.