‹ Histoire de la Compagnie de J©♭sus en France (volume 3)Chapitre 191 sur 375 · Baillet, Vie de Godefroy Hermant, p · texte numérisé non relu

Baillet, Vie de Godefroy Hermant, p

Adi:

l'État; or, ajoutait-il, accorder aux Jésuites Îles privilèges universitaires serait s’exposer infailliblement à cette ruine.

Jusque-là Godefroy Hermant avait gardé une certame mesure dans ses attaques; son troisième opuscule est une œuvre de mauvaise foi. Il parut au mois de juin avec ce titre : Vérités académiques ou réfutation des préjugés populaires dont les Jésuites se servent contre l'Université de Paris!. Voici quelques échantillons des « vérités académiques » de ce temps-là : les Jésuites professent avec moins desolidité que d'apparat ; — illeur est impossible, vu le trop grand nombre de leurs écoliers, de bien enseigner la grammaire ; — leur méthode de rhétorique est fautive ; leur philosophie faible et stérile ; — leur théologie, une doctrine dangereuse ; — il n’est pas prudent de confier à leur direction la conscience des jeunes gens.

Non contente d'éclairer à sa manière l'opinion publique, l'Université, qui avait si souvent confondu dans un même sentiment d’aversion le Saint-Siège et l'Ordre de saint Ignace, ne dédaigna pas d’implorer l'entremise du pape Urbain VIH. Dans une lettre latine du 43 mars 1643, elle dénonça les menées des Jésuites, coupables, disait-elle, d’avoir invoqué, dans une question de discipline scolastique relevant du pouvoir spirituel, le bras : séculier plutôt que l'autorité de l'Église?.

Les tendances de l'Université de Paris étaient trop connues du Souverain Pontife pour que sa bonne foi püt être surprise; par contre, les écrits de Godefroy Hermant, répandus à profusion, créèrent une vive agitation dans le monde des écoles. Au collège d’Harcourt, les élèves prirent comme sujét d’une déclamation publique la querelle des Jésuites et de l’Université, et terminèrent par une sentence en règle contre la Compagnie. Au même temps, soit coïncidence, soit complot, les Pères furent accusés, dans les milieux populaires, d’avoir causé la cherté du pain par l’accaparement du blé; ils ne pouvaient plus se montrer dans les rues sans provoquer des attroupements et recevoir des injures. Les désordres allèrent si loin, que le roi dut en écrire au prévôt des marchands, au chancelier et au procureur général Mathieu Molé : « Ayant esté adverti depuis quelque temps qu'aucunes personnes, poussées de haine et d’animosité contre les

1. Voir un extrait analytique de cet ouvrage dans les Annales des soi-disans Jésuites, t. II, p. 374. Cf. Féret, op. cil., t. LILI, p. 129.

2. Lettre de l'Université à Urbain VIII, 13 mars 1643 (Bibl. Nat., Barberini lat. 4729) publiée par Jourdain, op. cit., pièces justif.. n. XCIV.

Jésuites, Les ont publiquement poursuivis par les rues de paroles et de menaces, leur imputant qu'ils estoient cause de la cherté du pain pour avoir enlevé quantité de bleds et iceulx transportez ès païs estrangers, bien que ce soit une pure calomnie inventée par les ennemis de leur Compagnie... Nous désirons que vous employiez le pouvoir de vos charges parmy le peuple pour empescher la continuation de telles insolences!, » Après la réception de la lettre royale, le Parlement rendit un arrêt portant « défenses à toutes personnes d’user d’aucunes mauvaises paroles et voyes de faict contre les Pères Jésuites, leur méfaire ny médire en quelque sorte que ce soit, sous peine de punition ? ».

Les religieux n'avaient d'abord répondu que par le dédain aux attaques de leurs adversaires: ils comptaient sur la faveur de la . Cour; mais ayant perdu par la disgrâce de M. de Noyers un de leurs plus chauds protecteurs, ils se décidèrent à rompre le silence. Vers le mois de juillet 1643, parut la Response au livre intitulé Apologie pour l'Université de Paris contre le discours d'un Jésuite. L'auteur, le P. Jacques de La Haye, s’efforçait de toucher le vrai point du débat. « Il n’est question d'autre chose que de faire recevoir aux degrez de l’Université de Paris les escholiers des Jésuites qui seront trouvez capables; et puisqu'il sont catholiques, François naturels et subjects du Roy aussi bien que ceux qui estudient sous Les professeurs de l'Université, qu'ils ne soient pas de pire condition et plus mal traictez que ne sont mesme les estrangers et ennemis de la France, qui, sous quelques professeurs et en quelques collèges et Universitez qu'ils ayent faict leurs estudes, fussent-ils hérétiques, sont receus aux degrez en vertu (ce qui est bien remarquable) du mesme decret de la Faculté de théologie de l'an 1618, par lequel les subjects du Roy en sont exclus pour ce nouveau crime d’avoir estudié chez les Jésuites? »

Après avoir relevé les allégations d'Hermant contre la Compagnie de Jésus au sujet des méthodes d'enseignement et de la doctrine, le P. de La Haye raillait l’'hypocrite invocation de son adversaire au Souverain Pontife. « Ah! disait-il, que certaines supposts de l’Université souhaiteroient qu'en ce cas les Jésuites

1. Lettre du roi à Mathieu Molé, 1643 (Bibl. nat., Cinq cents Colbert, t. 160, fol. 245),

2. Cité par Jourdain, p. 152. Cf. Journal d'Olivier d’Ormesson, t. I, p. 23.

Page 1