‹ Histoire de la Compagnie de J©♭sus en France (volume 3)Chapitre 196 sur 375 · Cordara, Hist. Sc. Jesu, VI, L. XVII, n · texte numérisé non relu

Cordara, Hist. Sc. Jesu, VI, L. XVII, n

9. Abram, Histoire de l'Université de Pont-à-Mousson, p. 316, 427. Cf. Ménologe de France, t. I, p. 776.

3. Cf. Lebœuf, Histoire de la ville et du diocèse de Paris, t. I, p. 332, 365, 368. — Sauval, Antiquités de Paris, t.T, p. 426. — Félibien, Hist. de la ville de Paris, {. T, p. 372. sa

concilia facilement les esprits; ses bons exemples firent Le reste, surtout quand les Exercices spirituels, suivis sous son habile direction, eurent convaincu chacun de la beauté du sacrifice. Au bout de trois ans le P. Paulin laissa Sainte-Croix de Ia Bretonnerie totalement transformée {, et la régularité s’y conserva si bien que, dans la suite, cette communauté passa toujours pour la plus fervente de l'Ordre des Croisiers ?.

3. On ne saurait dire combien, à cette époque de renaissance ascétique, les Exercices de saint Ignace suscitèrent de vocations, non seulement à la Compagnie de Jésus, mais à toutes les autres familles religieuses. Signalons quelques personnages de marque conduits par cette voie à la perfection chrétienne.

Le cardinal de La Rochefoucauld, connu pour son dévouement à la Compagnie, passait aussi pour lui appartenir par des liens intimes et secrets. Qu’en fut-il réellement? Il est certain que l’illustre prélat demanda au pape Urbain VIII la grâce de déposer la mitre et la pourpre romaine afin de pouvoir s’enrôler parmi les enfants de saint Ignace. C'était en 1636, à l’époque du jubilé accordé par le Souverain Pontife à l'effet d’obtenir du ciel la concorde entre les princes chrétiens?. Le cardinal, alors âgé de soixante-dix-huit ans, voulut se préparer par une retraite à gagner les indulgences, et Dieu lui inspira la pensée de renoncer à toutes les dignités ecclésiastiques pour se retirer dans la solitude. La Compagnie de Jésus lui parut alors un sûr asile où il pourrait vivre en repos, uniquement occupé de son salut. IL en parla aux deux Jésuites qui lui servaient de secrétaires, et au P. Binet, provincial. Ce dernier, sur sa demande, pria le P. Général de traiter directement cette affaire avec le Souverain Pontife. Les intérêts de la Sainte Église ne parurent pas au Vicaire de Jésus- Christ pouvoir s’accorder avec un pareil exemple d’humilité. « Mon Révérend Père, répondit le P. Vitelleschi au P. Binet, je suis allé trouver le Saint Père et l'Éminentissime cardinal Barberini auxquels j'ai demandé de leur exposer sous le sceau du secret le

1. Notice nécrologique du P. Ch. Paulin (Archiv. de la prov. de France, Recueil de Rybeyrète, n. 54). Cf. Chérot, La jeunesse de Louis XIV, p. 33-35. — Ménologe de France, 1. I, p. 487-488.

2. Par lettres patentes du 2 février 1645, le général de l'Ordre entier de Sainte- Croix, en remerciant le P. Paulin de sa charité, le faisait participant à tous les mérites des Frères présents et à venir (Chérot, Z. c.).

3. Lettre du P. Vitelleschi au cardinal de La Rochefoucauld, 8 févr. 1636 (Bib. de Ste-Geneviève, ms. 3283, fol. 244).

pieux désir que manifeste l'Éminentissime cardinal de La Rochefoucauld d’entrer dans la Compagnie. Tous deux ont été grandement édifiés de cette pieuse et sainte pensée; mais le Souverain Pontife n’a pas cru que le moment füt opportun pour songer à un tel changement de vie. Comme le cardinal Barberini paraissait favorable au dessein de l'Éminent prélat, j'ai insisté par deux reprises, mais inutilement, auprès de Sa Sainteté. IL vous reste donc, mon Révérend Père, puisque nous n'avons pu obtenir davantage, à promettre à l’'Éminentissime cardinal tout ce qui peut être utile à sa consolation, principalement ce qu’il souhaite, me dites -vous, par-dessus tout : l’autorisation de faire à l'heure de la mort les vœux simples de la Compagnie et celle de participer aux mêmes suffrages que ceux qui meurent dans son sein; j'ajoute: età beaucoup d’autres qu’il a mérités par les bienfaits dont il nous a comblés. Quant au précieux dépôt de son corps, il pourra être en secret revêtu de notre habit et enterré d’après nos usages dans une de nos églises où l’on élèvera à sa mémoire un modeste tombeau. En attendant, toutes nos maisons lui seront ouvertes et il pourra y habiter aussi souvent et aussi longtemps qu'il le voudra. Son souvenir vivra éternellement dans nos cœurs. Voilà, mon Révérend Père, ce que vous pouvez promettre et confirmer en mon nom à l’Éminentissime cardinal, aux Saints Sacrifices et aux prières duquel je me recommande devant Dieu. . Le cardinal de La Rochefoucaud accepta la A D du Souverain Pontife comme une manifestation de la volonté divine et ne tenta plus aucune démarche; mais il ne voulut pas se priver des grâces attachées aux vœux de dévotion : il les fit l'année suivante, en même temps qu'il prononçait à la maison professe de Saint-Louis, comme congréganiste, son acte de consécration à la Sainte Vierge*.

Semblable faveur fut accordée par le P. Général à un autre insigne bienfaiteur de la Compagnie, François Sublet de Noyers, secrétaire d'État au département de la guerre. « Il avait été élève des Jésuites, dit M. de Meaux, il demeura leur disciple, au point qu’on le soupconnait à la cour d’être affilié à leur Ordre par Je ne sais quel lien mystérieux? ». Le soupçon était fondé, comme

1. Roverius, De vwila et rebus gestis Francisci de La Rochefoucauld, S. R. E. cardinalis, libri tres, p. 85-88.

9. Ibidem, p. 89, 95. — Carayon, Histoire abrégée des Congrégations, p. 118,

3. De Meaux, La réforme el la politique française en Europe, t. II, p. 99, 100. Cf. Tallemant des Réaux, Hislorielles, t. [, p. 249.

nous l’apprend une lettre du P. Vitelleschi au P. Binet. « Quant à M. de Noyers, lui écrivait-il le 25 février 1637, j'avais déjà, il y a presque une année sije ne me trompe, accordé mon autorisation pour qu'il pût à ses derniers moments émettre les vœux de la Compagnie; je la renouvelle et confirme aujourd’hui très volontiers!. » es

Pendant la longue durée de son ministère, la dévotion fervente de M. de Noyers, entretenue par ses rapports intimes avec les Jésuites, ne se démentit jamais, non plus que son zèle pour la cause de l'Église.

Hercule de Ventadour, frère du duc, avait sollicité dès 1636 son admission dans la Compagnie de Jésus ?. C'était un jeune homme d’une rare piété et dont l’exemple pouvait exercer une heureuse inflaence. Cependant le P. Général ne voulut prendre aucune décision avant deconnaître l’avis du P. Provincial et de ses consulteurs. Lorsqu'il apprit que le candidat, impatient de se consacrer à Notre-Seigneur, avait déjà fait ses adieux au roi et à la reine et au prince de Condé, il donna tout de suite son consentement ?, et Hercule entra au noviciat dans le mois de décembre 1636. En prononçant ses premiers vœux le 1° janvier 1639 il prit, par dévotion, le nom de Louis. Appliqué ensuite aux études il ne perdit rien de sa première ferveur. On le vit même solliciter les missions de la Nouvelle France. Le P. Général, pour toute réponse, l’encouragea dans son généreux dessein, mais en remit l'exécution à plus tard. Le P. Louis profita de sa troisième année de probation pour renouveler sa demande, et cette fois encore il ne fut pas exaucé. Enfant d’obéissance, il sut se résigner et dépensa au service de la mère-patrie les trésors de son dévouement £.

Son frère, le duc de Ventadour, s'était toujours montré favorable à sa vocation. On peut même croire qu'il en aurait ambitionné une semblable : afin de rester plus uni de cœur à celui dont il enviait le renoncement, il obtint du P. Général la participation à toutes les bonnes œuvres de la Compagnie”.

Tout autres étaient, sur le bonheur de la vie religieuse, les idées du marquis de La Vieuville. Retiré en Angleterre depuis sa disgrâce, l’ancien surintendant des finances apprit avec peine, en

1. Lettre du P. Général au P. Binet, 24 février 1637 (Francia, Epist. Gen., t. V).

2. Lettre du P. Général à Hercule de Ventadour, 5 juin 1636 oe Epist. Gen. ad Externos, 1613- 1672).

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