‹ Histoire de la Compagnie de J©♭sus en France (volume 3)Chapitre 197 sur 375 · Lettre du même, 9 octobre 1636 (Zbidem · texte numérisé non relu

Lettre du même, 9 octobre 1636 (Zbidem

4. Du même au même, 25 février 1640, 8 mai 1644 (Francia, Epist. Gen., t. VI).

5. Lettredu P, Général au duc de Ventadour, 30 mai 1637 (Gal. Epist. Gen. ad externos)-

1640, que son fils François, resté en France, venait de revêür les livrées de saint Ignace. Un Jésuite anglais, le P. Henry More, s'étant fait l'interprète de ses plaintes auprès du P. Général, en recut une réponse des plus conciliantes. « Pour témoïgner combien je désire être agréable au marquis de La Vieuville et lui donner toute satisfaction permise, je ferai venir à Rome son filsentré dans la Compagnie à Lyon, et je le remettrai entre les mains de l'abbé de La Vieuville qui est ici : il pourra examiner et éprouver la vocation de son frère, si toutefois le cardinal Barberini consent à accorder cette autorisation. Maïs, bien qu'il faille tenir compte de l’amour paternel du marquis, c’est pour moi un devoir de conscience de ne point repousser malgré lui un jeune homme déjà reçu parmi nous et dont la vocation divine ne paraît pas douteuse!. »

François se croyait en sûreté à Lyon, pénible donc fut sa surprise quand on lui annonça qu'il était appelé à Rome. Craignant un piège, les entreprises de sa famille et sa propre faiblesse, il jeta un cri d'alarme et supplia le P. Vitelleschi de le prendre sous sa protection. « Mon très Révérend Père, je reçus une extrême affliction, lorsque nostre Révérend Père Recteur me leust la lettre de Votre Paternité, qui portoit que je fusse incontinent remis entre les mains des gents de Monsieur mon père pour estre conduit à Rome. Je ne peux jamais me résoudre à cela, me trouvant dans une résolution de plustôst souffrir toute sorte de violence que de sortir du noviciat. Je ne pouvois croire que Vostre Paternité, qui est toute pleine de charité, voulût abandonner un novice et exposer un enfant de la Compagnie à des dangers si évidents de perdre sa vocation... Je n’ay jamais peu croire pourtant que Vostre Paternité voulût manquer de charité en mon endroit, et préférer la passion de mes parents à la volonté de Dieu qui m'appelle à la Compagnie et à mon salut éternel. J'ai seeu que Vostre Paternité a esté mal informée de mon aage et de ma vocation et de ma retraitte dans le collège de la Compagnie. J'en dirois icy toutes les circonstances, si je ne croyois d’estre importun; je né doubte point que nos Pères n’en informent Vostre Paternité. Je la supplieray seulement en toute humilité, et prosterné de cœur et d'esprit à ses pieds, les larmes aux yeux que j'ay versées souvent en abondance parmi les afflictions qui me pressent, qu’il luy plaise de protéger un pauvre enfant délaissé de tout le monde,

1. Lettre du-P. Général au P. Henry More, 1° déc. 1640 (Anglia, Epist. Gen., 1605-1641).

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persécuté de ses plus proches pour le désir qu'ila de servir Dieu, et de ne point chasser de la Compagnie un novice qui, y ayant esté bien reçu, désire d’y vivre et d'y mourir. J'espère que sa charité ne me rendra pas ce desplaisir, et qu’elle ne voudra pas m'exposer au danger de me perdre ou par la violence de mes gents, ou par la fragilité de mon naturel, dans un délay dangereux, pour contenter la passion de mes parents.

« C’est ce que j'espère de Vostre Paternité, me recommandant à ses SS. Sacrifices!, »

Que se passa-t-il à Rome où le novice fut conduit? S'il succomba aux embüches, faut-il en accuser ce qu’il appelait humblement « la fragilité de sonnaturel » ? Nous ne saurions l’affirmer; le dénouement seul nous est suggéré par cette note énigmatique du P. Vitelleschi au P. More : « Le marquis de La Vieuville n’a plus aucune raison de se plaindre de moi : il a reçu toute satisfaction et peut-être même plus qu’il ne désirait?. » Il est à croire que le jeune novice sortit de la Compagnie, car son nom ne se trouve pas sur les catalogues de cette époque.

L. Avec les Exercices Spirituels, les Congrégations de la Sainte Vierge, érigées dans les collèges et les résidences, étaient toujours l’une des formes d’apostolat que la Compagnie employait de préférence, tant les résultats étaient heureux : ainsi vit-on, une année, quarante élèves de la seule classe de rhétorique du collège de Clermont quitter le monde pour embrasser la vie parfaite dans différents ordres religieux. D’après les lettres adressées au P. Général par les PP. Provinciaux à la fin de leurs visites annuelles, on peut constater que les congrégations étaient presque partout nombreuses et florissantes. On en comptait dans chaque collège au moins deux {celle des élèves et celle des hommes), quelquefois trois et même davantage. Les pensionnats, dans Les lieux où ils étaient établis, avaient une congrégation distincte. Dans les grands collèges les congréganistes des classes supérieures et ceux des classes inférieures formaient deux groupes séparés, sous des vocables différents. Dans les villes importantes on distinguait la congrégation des Messieurs de celles des Artisans,-des Marchands, des Ecclésiastiqes. Elles ne se proposaient

1. Lettre de Francois de La Vieuville au P. Général, 1641 (Lugdun., Epist. ad Gen., 1605-1754, n. 93).

2. Lettre du P. Général au P. More, 16 mars 1641 (Anglia, Epist. Gen., 1605-1641).

3. Lettre du P. Binet au P. Général, 15 janvier 1632 (Francia, Epist. ad Gen., t. 1). Cf. Cordara, op. cit., 1. XVIL, n. 210.

pas seulement la piété envers Marie et la pratique de la vie chrétienne, mais encore l’exercice de la charité envers le prochain sous toutes ses formes, l’aide mutuelle entre les confrères, le soulagement des pauvres, la visite des malades et des prisonniers.

Plusieurs fois les Pères députés aux assemblées Provinciales de la Compagnie s’occupèrent des congrégations de la Sainte Vierge. La Province de France en 1633 voulut qu’on rédigeât des règles spéciales pour la Congrégation des Messieurs, les règles ordinaires étant plutôt appropriées aux besoins des élèves. Le P. Général le permit et se réserva de les approuver!. Dans la Province de Lyon la coutume s’était établie de renouveler chaque année l’acte de consécration à la Sainte Vierge; le P. Général consulté répondit de s’en tenir aux anciennes prescriptions du P. Laurent Maggio qui n’autorisaient pas cet usage?. Dans des manuels des congréqanistes imprimés à Liége et à Pont-à-Mousson on avait inséré un chapitre sur la vocation religieuse. Les Pères de la Province de Toulouse, avec raison, blâmèrent cette nouveauté : elle était en opposition avec le Ratio Studiorum d’après lequel on doit s'abstenir d'attirer les élèves à la Compagnie. Le P. Général, tenant compte de leurs observations, fit supprimer ce chapitref, capable de nuire non seulement aux congrégations mais aux collèges eux-mêmes.

Comme toutes les œuvres fertiles en fruits de salut, les congrégations de la Sainte Vierge eurent des contradicteurs: elles en trouvèrent entre autres dans le milieu parlementaire; pourtant elles comptaient partout dans leur sein bon nombre de conseillers, voire des présidents. À Rouen, dans la seule grand’chambre, le président d’Anfreville et huit conseillers faisaient partie de la congrégation des Messieurs®. L'avocat général Du Vicquet éleva là-dessus des réclamations, comme si la liberté des juges était compromise. Sur son initiative on invita les magistrats congréganistes à s'abstenir dans un procès pendant devant la grand’ chambre et où la Compagnie de Jésus était intéressée. « Il sera reconnu par ces Messieurs eux-mêmes, disait la requête, que tous ceulx qui sont reçeus en ladite congrégation, dont le Recteur des Jésuites est le gouverneur et le directeur absolu, font, lors de

. Acta congr. provinc., 1633.

. Ibidem.

. Regula 6° inter communes scholar. infer.

. Acta congr. prov., 1636.

. Floquet, Hist. du Parlement de Normandie, t. IV, p. 416. COMPAGNIE DE JÉSUS. — T. V.

leur réception, un serment d’obéissance filiale à ce Recteur et de maintenir de tout leur pouvoir ladite congrégation en général et tous leurs confrères en particulier!. » Le Parlement demanda communication des Règles et Statuts de la Congrégation; elle lui fut refusée. « Les dévotions sont libres, disait le président d'Anfreville; je vais souvent porter les miennes dans l'église des Pères Jésuites comme aux autres monastères, et estime le pouvoir faire, puisqu'ils sont approuvés du roy, de l'Église et des Parle- Jements du royaume. »

Les Jésuites, forts de leur droit, recoururent à l'autorité royale. Louis XIII, par ses lettres patentes du 9 mai 1632 adressées au Parlement de Rouen, déclara que « les présidents et conseillers de ce Parlement estant de la congrégation de la Sainte Vierge et autres instituées en la maison des Jésuites ne pourroient à l’advenir, sous ce prétexte, estre recusez ny empeschez d’être rapporteurs ou juges des procès auxquels les Jésuites auroient intérest? », Le Parlement ne pouvant se résigner à obéir, ordonna en vain qu'avant toute délibération les Jésuites produiraient les Règles des Congréganistes. Le 9 mai 1635 un arrêt du Conseil enjoignit à la Cour de Rouen d’avoir à enregistrer sans délai la déclaration royale du 9 mai 1632 : après trois ans de résistance elle s'y décida, mais en se réservant « de pourveoir sur les cas particuliers? ». | |

L'utilité des congrégations était si généralement reconnue qu’on en vit s'établir mème dans des villes où il n’y avait pas de maisons de la Compagnie. A Tours, par exemple, les Pères trouvèrent à leur arrivée une de ces sodalités dont l’organisation semblait parfaite. « Un groupe d'hommes honorables et zélés, raconte le premier annaliste du collège, désirant s'associer et impatients : d'attendre les Jésuites, allèrent à La Flèche et se firent inscrire à la congrégation de notre collège en cette ville ; puis revenant à Tours ils résolurent de remplir fidèlement tous leurs devoirs de congréganistes. Plusieurs fois, chaque année, aux fêtes de la Très Sainte Vierge, ils se rendaient à La Flèche, sûrs d'y obtenir de nouvelles grâces, de mieux honorer leur divine Mère et d'édifier leurs confrères par l'exemple de leur ferveur; ils y joignaient l'hommage d’une aumône, gage et assurance de leur fidélité. Le nombre des associés, s’accrut à tel point que, saufla présence d'un

1. Floquet, Histoire du Parlement de Normandie, t. IV, p. 417. 9. Lettres patentes du 9 mai 1632 (Archiv. de la Seine-Inférieure, D, 34). 3. Floquet, op. cil., p. 418: :

Père Directeur, on eût dit une véritable congrégation. À ces premiers membres se réunirent d'anciens élèves qui avaient été congréganisies dans les collèges où ils avaient étudié. Au commencement de chaque mois tous s’assemblaient : on distribuait les images des Saints et on faisait une quête dont le produit était distribué en aumônes. Si quelque Jésuite passait par la ville, on l'invitait à présider les réunions et à donner l'exhortation spirituelle. Dès que les Pères furent installés à Tours en 1632, on transporta le siège de l'association dans la maison de la Compagnie comme cela se pratique ailleurs!. »

5. Les congrégations, ainsi que les retraites spirituelles, groupaient surtout les chrétiens fervents, lesélites. Par les prédications ordinaires ou de circonstance, par les stations d’avent et de carème on atteignait la foule des fidèles. Nombreux furent les prédicateurs de la Compagnie entre 1631 et 1643. Signalons seulement les plus en vue.

Le P. Jean Arnoux touchait à la fin de sa carrière, mais connut encore de beaux succès. Sa disgrâce et son éloignement de Paris avaient laissé de vifs regrets aux auditoires de la capitale. On le réclama par des lettres si pressantes que le P. Général, malgré son désir de le conserver dans le gouvernement, lui ordonna d'accepter l’avent de 1630 à Saint-Eustache. L’affluence des auditeurs, appartenant surtout aux hautes classes de la société, fut considérable. La reine mère et le duc d'Orléans assistèrent souvent à ses sermons?, en l'absence de Louis XIIL retiré depuis la Journée des dupes à Versailles ou à Saint-Germain. Les curés de la ville, enthousiasmés, se le disputèrent pour les prédications des années suivantes?. Afin de satisfaire aux désirs de tous, les Jésuites de Paris obtinrent du P. Général de le garder désormais dans la province de France#. Louis XIII ne parut pas désapprouver cette disposition, et Richelieu lui-même en témoigna son contentement. Plusieurs fois dans le cours de l’année 1631 Le roi et son ministre eurent des entretiens avec l’éloquent religieux : ils allèrent l'entendre et firent son éloge ouvertement.

Cependant le P. Arnoux ne se laissa pas éblouir par la satisfac-

1. * Collegii Turonensis Institutio (Franciae historia, t. IV, n. 36).

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