‹ Histoire de la Compagnie de J©♭sus en France (volume 3)Chapitre 217 sur 375 · OUVRAGES D'ÉRUDITION · texte numérisé non relu

OUVRAGES D'ÉRUDITION

thèse sur des preuves solides : il força la conviction de beaucoup de savants. Il songeait aussi à contrôler les fondements de la tradition touchant la Sainte Maison de Lorette et le séjour de sainte Marie-Madeleine à Marseille. Sur l'observation du P. Vitelleschi que de telles recherches, capables de troubler la piété des fidèles, étaient éloignées de l'esprit de la Compagnie, il abandonna son projet !.

Le P. Petau, parvenu à l'apogée de sa réputation, voulut en 1635, mettre à la portée du public et surtout de la Jeunesse ses vastes connaissances historiques, en résumant l’histoire de tous les peuples depuis la eréation du monde. I réussit à souhait dans cette entreprise difficile, à peu près sans précédent. Le Rationarhum temporum reçut l'approbation universelle et fut bientôt traduit dans presque toutes les langues de l’Europe. « Ce livre, dit le P. Jouvaney, sera souverainement utile au jeune professeur; il Y trouvera largement tout ce qu'il lui importe de savoir depuis le commencement des temps jusqu’à nos jours?. » Le P. Lami, de l'Oratoire, n’est pas moins explicite: il conseille À ceux qui débutent « de se contenter de l’excellent abrégé » du P. Petau, car c'est « l’histoire universelle » résumée selon l’ordre des temps « dans un très beau styles ».

En 1636 le savant Jésuite fit paraître La Pierre de touche chronologique, son premier ouvrage en francais, et aussi son dernier mot dans une polémique qu’il soutenait depuis quelques années contre Jacques d’Auzol de La Peyre, l’auteur de Jo6 ou sa véritable généalogie. Petau y avait relevé plusieurs erreurs qu'il signala dans sa Doctrina temporum. D'Auzoles répondit par Le Disciple des temps, ou libre et très humble réplique touchant l’origine et généalogie de Job. Sur quoi le jésuite essaya de convaincre son contradicteur en quelques pages de son Rationarium lemporum. Mais ce fut en vain; d’Auzoles s’escrima dans plusieurs ouvrages « contre le prétendu Géant de la science des temps ». Alors, ‘pour en finir, Petau publia la Pierre de touche chronologique, où il exposait les principes certains de cette science. « Et d'autant, disait-il, que les préceptes réduits en pratique se rendent plus: intelligibles que quand ils sont nus et sans exemple, nous en avons fait l'application réelle sur une chronologie que nous avons lugée

. Lettres du P. Général au P. Dinet, 1°" février et 1°* mars 1642 (Ibidem).

- Jouvancy, Ralio discendi, chap. n1, art. 3,-n, 1.

. Lami, Entretiens Sur les sciences, entretien VI. — Cf. Dupont-Ferrier, op. .cif., P. 142. ( RAT : AT L at

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la plus propre à notre dessein, comme étant la plus défectueuse de toutes celles qui ont paru jusqu'ici, qui est celle d’Auzoles de La Peyref. »

Le pape Urbain VIII appréciait dans Petau non seulement le savant et l’érudit, mais encore le littérateur et le poète : 1l lui demanda de traduire en vers grecs les Psaumes de David°. Le P. Petau, sans interrompre ses autres travaux, s’occupa de celuilà dans ses loisirs, et s’en fit une distraction. La Paraphrase en vers grecs de tous les Psaumes de David parut en 1637. Elle fut beaucoup lue et très admirée. Urbain VIIT, à qui elle était dédiée, écrivit à l’auteur : « C’est avec un grand plaisir que nous venons de recevoir votre David. Il est admirable dans son costume grec, brillant d'élégance et de splendeur; et tout ce qu'il nous apporte avec lui de louanges et d’hommages ne peut que nous aller au cœur... Quiconque lira vos vers en recueillera un grand fruit et en éprouvera une grande jouissance Ÿ, » Grotius, bon connaisseur, disait à un de ses amis : « J'ai toujours ce livre à côté de moi, sur ma table de travail, pour nourrir mon âme de ses pensées et de son style. C’est tout ce qu’il y a de plus grec et une véritable poésie native. »

Les Psaumes de David furent suivis d’une traduction en vers grecs des hymnes du bréviaire romain, d’un poème grec et latin en l'honneur de sainte Geneviève, et d’un hymne grec à la louange des œuvres poétiques d’Urbain VIII qu’on venait d'éditer. Cette dernière pièce, sorte de panégyrique, avait été composée à la demande du P. Vitelleschi. Le pape en fut si charmé qu'il résolut de faire venir l’auteur à Rome; peut-être songeait-il à l’honorer de la pourpre cardinalice. Quoi qu'il en soit, le P. Général, pour répondre aux intentions du Souverain Pontife, écrivit au P. Petau que lui-même souhaitait l’avoir auprès de lui comme réviseur, fonction compatible avec ses autres travaux; ce n’était pas un ordre, mais l'expression d’un désiré. Après avoir consulté le P. Provincial, après avoir beaucoup réfléchi et prié, le P. Petau fit valoir les raisons de santé qui s'étaient jadis opposées à son voyage à Madrid. Il persuada facilement Vitelleschi, mais

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