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OUVRAGES DE SPIRITUALITÉ

tellement approprié la doctrine du Stagirite et celle du Docteur Angélique, que M Coëffeteau, évêque de Marseille, une des gloires de l'Ordre dominicain, disait : « Si Aristote et saint Thomas venaient à périr, on pourrait retrouver toute leur doctrine dans la tête du seul P. Fiphaine f. »

A côté des théologiens scolastiques, placons les auteurs de

spiritualité les plus marquants, ceux dont les ouvrages ont été

longtemps populaires. Nous citerons du P. Suffren, L'année chrestienne (1640); du P. Binet, Le grand chef-d'œuvre de Dieu ou les perfections de la Sainte Vierge (1634); Quel est le meilleur gouvernement, le rigoureux ou le doux ? (1636) ; Le tableau des divines faveurs faictes à saint Joseph (1639); du P. Caussin, La sagesse évangélique, pour les sacrez entretiens du caresme (1635); Le Traicté de la conduite sprrituelle selon l'esprit du B. Francois de Sales (1637); du P. Saint-Jure, De la Connaissance et de l'amour du Fils de Dieu Notre-Sergneur Jésus-Christ (163%) ; Méditations sur les grandes véritez (1637); Le livre des éluz (1643); — du P. Le Gaudier, De perfectione vitae sprritualis (1643); — du P. Hayneufve, Wéditations sur la vie de Jésus- Christ (1641); — du P. de Barry, La dévotion à saint Joseph (1640); L’année sainte (1641), La dévotion aux Anges (1641); — du P. Poiré, La manière de se disposer à bien mourir (1637); La science des saints (1638). Ajoutons de très nombreux ouvrages hagiographiques qui avaient surtout pour but l’éditication des fidèles *.

Nos auteurs spirituels de la première moitié du xvu‘ siècle sont encore connus des personnes pieuses. Certains ouvrages des PP. Le Gaudier, Saint-Jure et Binet, ont eu jusqu’à ces derniers temps des rééditions vite épuisées.

Prédicateur, directeur d’âmes, hagiographe, le P. Étienne Binet a publié des livres de piété et des traités ascétiques de valeur très inégale. Dans ses meilleurs, comme Le grand chefd'œuvre de Dieu ou les perfections de la Sainte Vierge et la Pratique solide du saint amour de Dieu, il rappelle sous plus d’un rapport saint François de Sales son contemporain et son ami. Comme l’évêque de Genève, il a l'esprit tout imprégné de surnaturel, l'amour et Le zèle des âmes, la connaissance des Théologiens, des Pères et des grands Mystiques, la science de la Sainte

. Abram, Hist. de l’Université de Pont-à-Mousson, p. 518. 5. Voir Sommervogel aux noms désignés.

3. Voir t. X, de Sommervogel, Tables générales, par le P. Bliard, Hagiographie..

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Écriture dont les textes tombent de sa plume à tout propos, le style imagé et affectif, l'aimable bonhomie, la simplicité réaliste et l'expérience du cœur humain. Comme l’auteur de la Vie dévote, il connaît admirablement les trésors de la langue francaise et utilise avec une étonnante aisance son riche vocabulaire. Mais — et ce sera la cause de son infériorité — il manque parfois de goût et de mesure; il ne peut retenir un jeu de mots ou une expression vulgaire; il ne sait se restreindre, et emporté par son abondance verbale, par le mouvement oratoire, naturel chez lui, il s'attarde en des développements trop touffus?. Disons à sa décharge que, très longtemps supérieur, il écrivait dans ses loisirs, au courant de la plume, plus soucieux de toucher les âmes que d'affiner son style.

Le P. Antoine Le Gaudier, lui, a composé ses traités en latin afin d'atteindre un plus grand nombre de lecteurs; ceux qu’il visait spécialement étaient ses frères de la Compagnie de Jésus, puis les religieux de tous pays. Son grand ouvrage, édité après sa mort, De perfectione vitae Spiritualis, est peut-être ce qui a été publié en ce genre de plus complet et de plus philosophique; très personnel et nullement livresque, il nous sort enfin de tant d’ingénieuses compilations parues jusque-là sur la même matière. Le P. Roothaan le regardait comme un des plus beaux monuments élevés à la gloire de Dieu par les enfants de la Compagnie et en désirait vivement une nouvelle édition. Elle parut en 1855 par les soins du P. Martinov. Le P. Bizeul l’a traduite en français en 1909.

Le P. Le Gaudier n'était pas seulement un théoricien de la spiritualité. Il connaissait par la pratique, il avait vécu la doctrine qu’il enseignait. C’était un religieux d’une vertu éminente, connaissant par sa propre expérience et par la fréquentation des âmes d’élite les secrets de la vie parfaite.

Il faut en dire autant du P. Jean-Baptiste de Saint-Jure, dont le livre De la connaissance et de l'amour du Fils de Dieu Notre- Seigneur Jésus-Christ a toujours été plus connu et plus répandu que celui du P. Le Gaudier. Si l’on ajoute à cet ouvrage L’homme spirituel (1646) et Le livre des élus (1643), l'œuvre de Saint-Jure

1. Ed. de Goncourt « juge assez difficile », observe l'abbé Bremond, a reconnu le mérite littéraire d'Et. Binet ; il appelait « livre d’un merveilleux styliste » son Essai des merveilles de la nature. Cf. Bremond, op. cil., t. NI, p. 78, note.

2. Voir le jugement que nous avons déjà porté sur lui à propos de ses traités spirituels antérieurs à 1631 (tome IV, p. 272). é

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