De Charlevoix, op. cût., p
4. Lettre de Marie de l’Incarnation à son fils, 30 sept. 1643 (Lettres de la Vénérable Mère... ,P- 376).
Douze petits garçons lui furent confiés ; ils se préparaient à descendre aux Trois-Rivières avec les PP. Daniel et Davost, quand, aumoment du départ, les mères tout en larmes se jettent au cou de leurs enfants et refusent de s’en séparer. Trois seulement s’embarquèrent avec leurs parents qui allaient vendre des pelleteries. En cours de route, aux Trois-Rivières, nouvelles difficultés : deux enfants, pris du mal du pays, renoncèrent à continuer le voyage. On trouva deux autres petits Hurons pour les remplacer.
Les trois séminaristes entrèrent vers la fin de juillet 1635 à Notre-Dame-des-Anges, et, quelques jours après, leur nombre était doublé. Ils y recurent, avec l’enseignement de la doctrine chrétienne, des leçons de lecture et d'écriture. Revenus dans leur pays, plusieurs y donnèrent l’exemple d’une solide piété. Mais ceux qui leur succédèrent au pensionnat en 1638, ne se montrèrent pas aussi dociles : ils s’'enfuirent ou furent renvoyés. L'année suivante on admit cncore des Montagnais, des Algonquins et des Hurons. Le charme du nouveau, les bons soins de leurs maitres enchantaient d’abord les jeunes écoliers : puis au bout de quelques mois atteints de nostalgie, ils regrettaient leurs cabanes, leurs bois, leur liberté perdue; ils désertaient ou devenaient intenables. En 16%0, le séminaire dut fermer ses portes faute d’élèves!. Deux tentatives du même genre faites plus tard, l’une
par M*° de Laval, l’autre par l'abbé de Queylus et les Sulpiciens, ne réussirent pas mieux, et cependant tous ces prêtres y avaient mis leur meilleure volonté?. Ce double échec suffit à justifier les Jésuites du reproche ridicule qu’on leur fit alors de s’opposer à la francisation des sauvages pour ne pas perdre leur influence sur les tribus.
8. Deux autres établissements d’une grande importance faisaient partie du plan du P. Le Jeune : un hôpital et une école de jeunes filles. « L’hospital, disait-il, aura, comme nous croyons, de puissants effets. Tous les sauvages malades viendront fondre làdedans. Quand ils se verront bien couchez, bien nourris, bien logez, bien pansez, doutez-vous que ce miracle de charité ne leur gagne le cœur? Il nous tarde en vérité que nous ne voyons cette merveille. » Quant aux jeunes filles, écrivait-il encore, il est tout à fait nécessaire de les instruire aussi bien que les garcons, « et
1. Lettres du P. Vimont au P. Général, 1640 (Hist. miss. Canad., 1611-1659, n. 30). 2. De Rochemonteix, op. cûl., t. I, p. 283-284. 3. Relalions...,1636, p. 34.
nous ne ferons rien, ou fort peu, si quelque bonne famille n’a soin de ce sexe. N°y a t-il point quelque dame en France qui ait assez de cœur pour fonder ici un séminaire de filles, dont la conduite seroit premièrement donnée à quelque bonne veufve couraseuse... Il y a des dames dans Paris qui emploient tous les ans plus de dix mille francs en leurs menus plaisirs : si elles en appliquoient une partie pour recueillir les gouttes du sang du Fils de Dieu respandu pour tant d’âmes qui se vont perdans tous les jours faute de secours, elles ne rougiroient point de honte au jour qu’elles paroistront devant Dieu pour rendre compte des biens dont il les a faites oeconomesf. » Ces chaleureux appels trouvèrent de l’écho dans la mère patrie. Deux personnes pieuses, instruments de la Providence, entreprirent de doter la Nouvelle France’ des deux institutions appelées à produire un si grand bien. |
Dès 14636 une veuve, M"*° de Combalet, nièce de Richelieu et future duchesse d’Aiguillon, songeait à fonder l'hôpital tant souhaité du P. Le Jeune. « Mon Père, lui écrivait-elle, Dieu m'ayant donné Le désir d’aider aux pauvres sauvages, après avoir lu la relation que vous avez faite, il m'a semblé que ce que vous croyez... le plus servir à leur conversion est l'établissement de religieuses hospitalières dans la Nouvelle France; de sorte que je me suis résolue d'y envoyer cette année six ouvriers pour défricher les terres et faire quelques logements pour ces bonnes filles. Si je puis faire quelque chose pour le salut de ces pauvres gens pour lesquels vous prenez tant de peine, je m'estimerai bien heureuse ?. »
Richelieu non seulement approuva l’entreprise de sa nièce, mais il promit encore d’y contribuer. Tous deux signèrent un acte par lequel ils donnaient chacun au futur hôpital une somme de quinze cents livres de revenu. Le contrat de fondation passé à Rueil, le 16 avril 1637, contenait Les conditions suivantes : « L'hôpital sera dédié à la Mort et au Précieux Sang du Fils de Dieu respandu pour faire miséricorde à tous les hommes; et pour lui demander qu’il l’applique sur l’âme de Monseigneur le cardinal de Richelieu et celle de M*° de Combalet, ainsi que pour tout ce pauvre peuple barbare. Les religieuses s’'emploieront à perpétuité à servir les malades ; on engagera ceux-ci, en les pré-