Vie... par une religieuse, p. 108 et suiv
prendre toute la portée de l'apparition, la sainte religieuse sentit dès lors un ardent désir de s’employer au salut de cette contrée mystérieuse. Le P. Jacques Dinet, recteur du collège de Tours, à qui elle rendit compte de sa vision, lui dit : « Ce qui vous a été montré en ce songe, se pourrait bien effectuer en vous dans la mission du Canada. » À quelque temps de 1à, comme elle était en prières devant la Saint Sacrement, elle entendit cette consolante parole : « C’est le Canada que je t'ai fait voir, il faut que tu y ailles faire une maison à Jésus et à Marief. »
M"° de La Peltrie, sur l'avis du P. Poncet, se rendit à Tours, munie des lettres de recommandation du commandeur de Sillery, de MM. Fouquet et de Lauson. L’archevêque, sollicité par de si puissants avocats, permit à la Mère Marie de l'Incarnation d’obéir à la voix intérieure qui depuis longtemps l’appelait au pays des sauvages?. De Tours, M"° de La Peltrie revint dans la capitale pour s'entendre avec les Jésuites qui organisaient un départ de missionnaires,
Le 4 mai 1639, une flotte de plusieurs vaisseaux quittait Dieppe et voguait vers la Nouvelle France. Elle portait trois religieux de la Compagnie de Jésus, le P. Poncet, le P. Chaumonot et le P. Vimont, ancien recteur du collège de Vannes, nommé supérieur général des Jésuites du Canadaÿ, À bord du vaisseau amiral s'étaient embarquées avec M"° de La Peltrie trois Ursulines, Mère de l’Incarnation, Mère de Saint-Joseph, toutes deux du monastère de Tours, et Mère Cécile de Sainte-Croix du monastère de Dieppe; trois Hospitalières du couvent des Augustines de cette dernière ville, Mère Marie Guénet de Saint-Ignace, Mère Anne Le Cointre de Saint-Bernard et Mère Marie Forestier de Saint-Bonaventure#. Pour la première fois peut-être on voyait de faibles femmes quitter leur patrie pour s'associer au pénible apostolat des contrées lointaines. La traversée dura trois mois, et plus d’une fois les passagers coururent les plus grands périls, à cause des brouillards épais et des énormes glaçons que l'on rencontra près du banc de Terre-Neuve5. Le 1* août la flotte mouilla devant Québec. Toute la population, le gouverneur en
1. Vie... par une religieuse, p. 125. — D. Claude Martin, op. cût., t. I, p. 305.