‹ Histoire de la Compagnie de J©♭sus en France (volume 3)Chapitre 239 sur 375 · Faïllon, op. cit., p · texte numérisé non relu

Faïllon, op. cit., p

mystérieuses à prendre part à la nouvelle fondation. C'était M°*° Jeanne Mance!. L'année précédente cette sainte fille ressentant une continuelle inspiration de se consacrer au salut des âmes dans la Nouvelle France, avait consulté les PP. Lalemant, de La Place et de Saïint-Jure, et tous les trois l’avaient encouragée à persévérer dans une résolution où ils voyaient des marques évidentes de la volonté divine. Convaineue dès lors que la Providence l’appelait au milieu des tribus indiennes, sans trop savoir . Pour quelle œuvre, elle vint à La Rochelle avec le dessein de s’'embarquer sur le premier navire en partance pour l’'Amérique.

Durant son séjour dans cette ville elle visita, au collège des Jésuites, le P. de La Place qui se disposait à regagner Québec. Celui-ci lui parla de la Société de Notre-Dame de Montréal, l’engageant à en faire partie. M. de La Dauversière de son côté, dès qu'il connut M'°Mance, la pressa de se joindre aux colons et lui indiqua les services que l’on attendait de son dévouement. Elle voulut, avant de rien promettre, connaitre l'avis de ses directeurs. Le P. de Saint-Jure répondit que « la main de Dieu était visible dans cet ouvrage, qu'elle ne manquât done point d'accepter l'union qu'on lui proposait et qu’assurément Notre-Seigneur le demandait d’elle ?. » Après avoir recu cet avis, elle n’hésita plus.

Le 25 août 1641, M. de Maisonneuve débarquait à Québec. Quelques personnes virent avec peine que les nouveaux colons songeaient à se séparer du reste des Français pour aller habiter soixante lieues plus loin, dans une île exposée aux incursions des Iroquois. « Ne valait-il pas mieux réunir les forces nouvelles aux anciennes pour se mettre en état de résister plus efficacement aux ennemis? » Ces critiques impressionnèrent M. de Montmagny, etilengagea Maisonneuve à établir sa colonie dans l’ile d'Orléans, à la porte de Québec. « Ce que vous me proposez serait bon, répondit le gentilhomme, si l’on m'avait envoyé pour délibérer et choisir un poste; mais la compagnie qui m'envoie ayant déterminé que j'irais au Montréal, il est de mon honneur et vous trouverez bon que j'y monte pour commencer une colonie, quand tous Les arbres de l’île se devraient changer en autant d'Iroquois. Quant à la saison, puisqu'elle est trop tardive, je me contentera; avant l’hiver d'aller reconnaitre le poste avec les plus alertes de

1. Née à Nogent-ie-Roy, près de Langres, d’une des plus honorables familles du pays (Vie de M°° Mance, introduction, p. xrx). 2. Vie de M'° Mance, p. 21.

mes gens, afin de voir le lieu où je pourrai camper avec tout mon

monde le printemps prochain ?. »

. Cette noble réponse plut tellement à M. de Montmagny qu'il

voulut conduire lui-même M. de Maisonneuve à l'ile de Montréal.

Le 17 octobre 1641 eut lieu la cérémonie de la prise de posses-

sion au nom de la Société de Notre-Dame. Au printemps suivant,

fout était prêt pour commencer le nouvel établissement. Le

18 mai 1642 les colons arrivèrent sur l'emplacement où devait

“élever la ville de Montréal ou Villemarie. Le P. Barthélemy

Vimont les avait accompagnés. Après la messe, à laquelle tous | assistèrent dévotement, il leur adressa ces paroles qu'un histo-

rien nous a conservées : « Ce que vous voyez ici, Messieurs, n’est

qu'un grain de sénevé; mais ilest jeté par des mains si pieuses

et si animées de foi et de religion, qu'il faut sans doute que le

ciel ait de grands desseins, puisqu'il se sert de tels instruments. pour son œuvre; oui, Je ne doute nullement que ce petit grain ne produise un grand arbre, qu’il ne fasse un jour des progrès merveilleux, ne se multiplie et ne s’étende de toutes parts 2,» La colonie naissante se développa rapidement, et autour des maisons françaises s’échelonnèrent de nombreuses cabanes de sauvages convertis’. À la demande des Associés les Jésuites avaient accepté l'administration de la paroisse de Villemarie #. Ils

y étaient deux, qui par leur zèle et leur piété firent fleurir par-

mi leurs ouaillles les plus belles vertus des premiers chrétiens. « On ne voyait ni péchés publics, ni haïines, ni rancunes; tous n'étaient qu'un cœur en charité, toujours pleins d’estime et d'affection Les uns pour les autres ?.»

L'abbé Faillon attribue aux religieux de la Compagnie de Jésus une grande part dans les succès obtenus en ce pays par la Société de Notre-Dame. « Ces Pères, dit-il, avaient approuvé euxmêmes le dessein de Montréal et envoyé M. de La Dauversière à Paris pour en ménager l'exécution. Par leur crédit ils avaient déterminé M. de Lauson à céder l'ile. Enfin ils avaient procuré

.Dollier de Casson, Hist. de Montréal, p. 18, 19. .Dollier de Casson, op. cit., p. 21.

. Faillon, op. cit., p. 453-454.

. Lettre du P. Vimont au P. Général, 22 sept. 1642 (Hist. miss. Canad., 1611-1659, n. 52).

5. Annales des Hospitalières de Villemarie par la sœur Morin. L'auteur dit à ce propos : « Dans ce premier temps on vivait à Villemarie comme dans la primitive Église

selon le témoignage de plusieurs serviteurs de Dieu à qui je l'ai oui dire. » Cf. Faillon, op. cit., p. 453-454. Voir aussi le témoignage du P. Vimont dans les Relations des

Jésuites, 1643.

aux nouveaux associés, dans leur extrême embarras, M. de Maisonneuve et M°° Mance ‘. » À ce rapport véridique il manque un dernier trait que nous ajouterons : c’est aussi sur Les conseils d’un jésuite, le/P. Ch. Lalemant, que M. Louis d’Ailleboust de Coulonges entra dans la Société de Montréal; il devint, en 1643, lieutenant de M. de Maisonneuve et succéda, en 1648, à M. de Montmagny comme gouverneur de Québec?.

Les Sulpiciens, qui remplacèrent les Jésuites à Montréal, en 1657, employèrent tous leurs soins à parfaire l’œuvre si bien commencée. Et bientôt, selon Les prophétiques paroles du P. Vimont, le petit grain de sénevé produisit un grand arbre dont les

magnifiques rameaux font aujourd’hui l’admiration du nouveau monde.

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