CHAPITRE II
Sommaire. — l. Danger réel d’un schisme constaté par le cardinal de La Rochefoucauld, les Jésuites et plusieurs docteurs de Sorbonne. — 2, Deux livres de Jean-Piérre Camus “enveniment le conflit entre réguliers et séculiers; le P. Binet prépare la défense de la Compagnie. — 3. Brouille des Jésuites d'Orléans avec Nicolas de Netz, évêque de cette ville, — 4. Richelieu s'efforce de réconcilier les deux clergés; déclaration qu’il fait ‘signer aux religieux. — 5. La querelle des réguliers en Angleterre; William Bishop et les Jésuites. — 6. Prétentions et mesures inopportunes de Richard Smith. — 7. Livres anglais condamnés à Paris. — 8. Le jugement du Pape ne termine pas la discussion : livres de Floyd et de Petrus Aurelius. — 9. Les Jésuites de Paris désavouent les livres anglais. Apaisement et décret de l’Index. Querelle particulière de Saint-Cyran et du P. Sirmond. — 10. L'assemblée du clergé de 1635 s’occupe du mariage de Monsieur; rôle des Jésuites. — 11. Portrait et caractère de François de Harlay, archevêque de Rouen. — 12. Son différend avec les réguliers de son diocèse: le nonce empêche l'assemblée du clergé d'intervenir. — 13. Démélés de François de Harlay avec les Jésuites.
Sources manuscrites : I. Recueils de documents conservés dans la Compagnie : à)
Gallia, OEuvres et Epreuves; — b) Epistolae Generalium ad externos; — C) Francia, Epistolae Generalium ; — d) Francia, Epistolae ad Generalem; — e) Francia, Fundationes collegiorum; — f) Aquitania, Epistolae Generalium ; — g) Angliae Historia; — h) Anglia,
Epistolae Generalium.
II. Roma, Archivio Vaticano, Nunziatura di Francia, n. 74, 76, 11, 81, 82, 83, 84.
IU. Paris, Archives du ministère des Affaires Etrangères, Rome, correspondance, vol. 49, 52, 56.
IV. Paris, Bibliothèque nationale, fonds Dupuy, vol. 473.— Cinq cents. Colbert, vol. 83. — Manuscrits latins, 9758.
Y. Paris, Bibliothèque Sainte-Geneviève, manuscrits, 366, 3238.
Sources imprimées : Avenel, Lettres du cardinal de Pachelieu. — Mémoires de Richelieu. — Mémoires du P. René Rapin. — Rapin, Histoire du Jansénisme. — Collection des Procès-verbaux des Assemblées du clergé de France. — D’Argentré, Collectio judiciorum. — Annales de la Société des soi-disans Jésuites. — Bruce, Domestic calendar. — D'Avrigny, Mémoires chronologiques et dogmatiques. — Cordara, Historia Soc. Jesu, P. VI. — Griffet, Histoire du règne de Louis XIII. — Taunton, The history of the Jesuits in England. — Dupin, Histoire ecclésiastique du, XVII® siècle. — Jager, Histoire de l'Eglise catholique en France. — Fuzet, Les Jansénistes du XVIIe siècle. — Fagniez, Le Père Joseph et Richelieu.
1. Après nous être attardés quelque peu sur le terrrain politique, il est temps de parler des affaires religieuses
auxquelles la Compagnie fut intimement mélée entre les années 1632 et 1638.
Nous voyons par les postulata des congrégations provinciales, réunies en 1633, qu’elles se préoccupaient fort de la rivalité toujours vivace entre les réguliers et les séculiers. La querelle méritait bien d’être prise en considération, car l'autorité même du Souverain Pontife était en jeu. Quoi qu’en ait dit Richelieu dans ses Mémoires!, le Richérisme n’était point mort après la rétractation de Richer. Peu nombreux, les adhérents de la secte n’en étaient que plus opiniâtres. « En ce grand corps de Sorbonne, écrit le P. Rapin, il régnoit encore un reste de Richéristes qui, sous prétexte de désapprouver la trop grande puissance qu'usurpoit dans l’Église la cour de Rome, faisoient souvent des réflexions fort odieuses sur l’autorité du Pape qu'ils combattoient dans toutes les occasions sans rien ménager*. » Des conciliabules, qui se tenaient chez l'un d'entre eux, attirèrent l'attention du cardinal de La Rochefoucauld. A tout un ensemble de circonstances il entrevit le danger réel d'un schisme et crut de son devoir d'en avertir Le roi Très Chrétien.
« Sire, lui écrivait-il le 29 mars 1632, mon âge m'a bien osté la force de suivre Vostre Majesté, mais non la volonté ni l'obligation de luy rendre tout le service que je pourray. Il s’en présente un sujet très important... [car il ne s’agit de rien moins que de sauvegarder l'unité de la sainte Église]. La division de cette unité s’est depuis quelques années introduite en vostre roiaume avec tant d'artifices, de violence et support, mesme de quelques ecclésiastiques, et portée à telle évidence que ce seroit aveuglement volontaire que d’en doubter... [Or! n’y ayant que Vostre Majesté seule à qui Dieu aye donné pouvoir entier d’arrester le cours de ce désordre, il n'en demandera aussy le compte entier qu’à vous seul... Et la rigueur de ce compte est d'autant plus à appréhender que le remède au mal est facile, sans peine, sans despence, sans péril; et ne requiert de vostre part qu'une volonté résolue suivie d’un prompt effet. »
Après avoir rappelé au roi sa qualité de fils aîné de l’Église, les grâces divines répandues en sa personne, et ses récents triomphes sur le protestantisme, le cardinal ajoutait : « [Dieu]