Autobiographie du P. Chaumonot, p
missionnaires se frayaient ainsi leur chemin malgré les fleuves, les lacs et les forêts!. » Le soir, pas d’autre nourriture qu'une faible ration de blé d’Inde mêlé à l’eau; pour lit, la terre ou les rochers. On le voit, la mission huronne réclamait des hommes armés de vertus. « Ce qu'il faut demander avant tout des ouvriers destinés à ce pays, disait le P. de Brébeuf, c’est une douceur inaltérable et une patience à toute épreuve?. » Un autre missionnaire ajoutait : « Que ce soit gens morts et à soi et au monde, qui ne cherchent que Dieu et le salut des âmes, qui aiment la croix et la mortification, qui ne s'épargnent point et désirent plus la conversion d’un sauvage que l’empire de toute l’Europe; enfin que ce soit des hommes qui ont tous leurs contentemens en Dieu et ausquels les souffrances soient leurs plus chères délices. Voilà ce que l’expérience nous fait veoir tous les joursÿ. »
Cet idéal fut réalisé. Le récit qui va suivre, nous montrera dans toute sa gloire l’intrépidité des soldats de Jésus-Christ. |
2. Le P. Jean de Brébeuf, vigoureux de corps, mais surtout doué d’une force d’âme incomparable, fut le premier jésuite chargé d'évangéliser les Hurons. Les Ursulines de Québec l’appelaient « la véritable personnification de la grandeur et du courage“ ». Un écrivain protestant l’a surnommé l’Ajax de la mission. « La nature, dit-il, lui avait départi toutes les passions d’une organisation puissante ; La religion les avait soumises et appliquées à la gloire de Dieu®. » Nous avons vu cet athlète de la foi passer l'hiver de 1625 sous la tente des Algonquins, se familiarisant avec la vie des sauvages et se livrant à l’étude de leur langue. L'année suivante, accompagné du P. Anne de Nouë et d'un Récollet, le P. de La Roche d’Aiïllon, il remonta le Saint-Laurent et
‘ débarqua sur la côte huronnef. Quand ses deux compagnons
rentrèrent à Québec, il demeura seul au milieu des indigènes, qu'il suivait à la chasse ou sur les rivières, bravant tous les périls pour leur prêcher la parole de Dieu. Mais en vain se faisait-il tout à tous pour les gagner à Jésus-Christ. À ses exhortations pressantes on n’avait qu’une réponse, toujours la même : « Tes usages ne sont pas les nôtres; ton Dieu ne peut être notre
1. Bancroft, History of the United States, t. IV, ch. xx. 2. Lettre du P. de Brébeuf au P. Général, déjà citée.