Martin, Vie du P. de Brébeuf, p
2. Creuxius, op. cit., p. 193. — Parkman, op. cit, p. 39. ; 3. Creuxius, op. cit., p. 157. — Bressani, Relation abrégée de quelques missions des PP. de la Compagnie de Jésus dans la Nouvelle France (traduct. Martin), p. 59.
par terre les bagages, et pour cela faire parfois quatre voyages à pied, chargés au-dessus de nos forces; mais Dieu nous faisait éprouver alors les consolations du paradis. Les sauvages avaient abandonné quelques-uns des nôtres sur un rocher; d’autres sau-
vages les ont recueillis dans leurs canots, et ainsi avec la grâce
de Dieu personne n’a péri !. »
3. La mission qu’on allait fonder ne pouvait ressembler à celles de Sillery et des Trois-Rivières, ni à celles de l'Amérique méridionale. Au Paraguay, par exemple, le missionnaire annonçait d’abord la parole de Dieu aux sauvages errants, puis il les rassemblait dans une réduction ou bourgade dont il devenait fondateur et législateur. Chez les Hurons, peuplades sédentaires, les Jésuites résolurent de fixer leur demeure dans un village déjà établi, d’y bâtir une cabane et de prêcher l’'évangile à qui viendrait les entendre. Ainsi se formeraient de petites églises dont les néophytes vivant au milieu de leurs compatriotes païens donneraient l'exemple des vertus chrétiennes ?.
Les trois missionnaires, parvenus au terme de leur voyage, furent assez bien accueillis dans le village d’'Ihonatiria où le P. de Brébeuf était déjà connu *. Avec le secours de quelques sauvages bienveillants, ils bâtirent, selon la mode du pays, une hutte de trente-six pieds de long sur vingt de large. Ils la partagèrent en trois compartiments : le premier était destiné aux provisions: le second servait à la fois de cuisine, de réfectoire, d'école et de chambre; le troisième tenait lieu de chapelle. On l'avait dédiée à saint Joseph, et le nom du saint patriarche fut donné à toute la bourgade. Les sauvages, grands enfants, affluèrént de toutes parts à cette cabane, pour eux le palais des merveilles. Ils examinaient avec surprise un prisme, un aimant, un microscope, les outils de menuiserie, un moulin à farine que chacun voulait faire tourner. « Tout cela, écrivait le P. de Brébeuf, sert pour gaigner leurs affections et les rendre plus dociles quand il est question des admirables et incompréhensibles mystères de notre foy; car la croyance qu'ils ont de nostre esprit et de nostre capacité, fait que sans répliquer ils croyent ce qu’on leur annonce . »
1. Lettre du P. de Brébeuf au supérieur de la mission (Bressani, Relation abrégée, p 59). Cf. Relations des Jésuites, 1635, p. 23.