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Sauvés pour cette fois, les Pères demeuraient toujours exposés aux plus grands périls. Dès lors qu’on les considéraitcomme nuisibles, la loi permettait au premier venu de les tuer. « Si quelque jeune guerrier voulait bien vous casser la tête, murmura un vieux chef à l'oreille du P. de Brébeuf au sortir de l'assemblée, nous n’aurions rien à dire !. » Comme le même Père rentrait à la résidence, un sauvage frappé d’un coup de hache tomba mort à ses pieds. IL crut qu’on s'était trompé de victime. « N'est-ce pas moi que tu voulais frapper, dit-il avec sang-froid au meurtrier ? — Non, répond celui-ci; tu peux passer: cet homme était sorcier ; toi, tu ne l’es pas ?. »
Deux mois après, des néophytes avertirent en secret les Pères que leur mort, était résolue : un nouveau Conseil allait se réunir pour prononcer la sentence. Les Jésuites parurent devant ce tribunal avec tant d'assurance que les juges remirent encore une fois leur condamnation. Mais elle ne pouvait tarder. Aussi le P. de Brébeuf, au nom de tous, écrivit-il au P. Le Jeune une lettre d'adieu.
« Nous sommes peut-estre sur le point de respandre notre sang et d'immoler nos vies pour le service de nostre bon Maistre Jésus- Christ... Je vous diray que tous nos Pères attendent le succez de ceste affaire avec un grand repos et contentement d'esprit. Et pour moy, je puis dire à V. R. avec toule sincérité que je n’ay pas eu encore la moindre appréhension de la mort pour un tel sujet. Quelque conclusion qu’on prenne, et quelque traitement qu’on nous fasse, nous tascherons, avec la grâce de Nostre-Seigneur, de l’endurer patiemment pour son service. C’estune faveur singulière que sa bonté nous fait, de nous faire endurer quelque chose pour son amour. C’est maintenant que nous estimons vrayement estre de sa Compagnie. Qu'il soit bény à jamais de nous avoir, entre plusieurs autres meilleurs que nous, destinez en ce païs, pour luy aider à porter sa croix! En tout, sa sainte volonté soit faite: s’il veut que dès ceste heure nous mourions, Ô La bonne heure pour nous! s’il veut nous réserver à d’autres travaux, qu’il soit bény: si vous entendez que Dieu ait couronné nos petits travaux, ou plus tost nos désirs, bénissez-le : car c’est pour luy que nous désirons vivre et mourir, et c'est luy qui nous en donne la grâce. »
Cette lettre était signée Jean de Brébeuf, François-Joseph Le Mercier, Pierre Chastellain, Charles Garnier, Paul Ragueneau. On