Ferland, op. cit., p
8. Lettre du P. Ch. Lalemant au P. Assistant, 28 février 1642 (Histor. miss. Canad., 1611-1659, n. 67).
4, Lettre du P. Général au P. J. Lalemant, 25 janvier 1643 (Gall. miss., Epist.
Gen.), 5. Du même au même, 25 déc. 1644 (Ibidem).
nombre qui n'était que de six au début, s’éleva jusqu’à vingtdeux en 1650.
Un des premiers soins du P. Supérieur avait été de « faire le dénombrement, non seulement des bourgs et des bourgades, mais aussi des cabanes, des feux et mesme à peu près des personnes de tout le pays! ». On vit donc, au milieu de l'hiver, les missionnaires le parcourir à pied, désignant tous les lieux habités qu’ils rencontraient par le nom de quelque saint, avec l'espoir qu'un jour une chapelle en son honneur y serait élevée. Dans ce dénombrement on ne compta que trente-deux bourgs ou bourgades, comprenant en tout environ sept cents cabanes, deux mille
feux et douze mille personnes. « Ces bourgs et cabanes, observe :
la Relation de 1640, étaient bien autrement peuplés autrefois ; mais les maladies extraordinaires et les guerres, depuis quelques années en ça, semblent avoir emporté le meilleur?. »
Le P. Général avait autorisé la création d’une résidence unique à condition qu'elle serait le centre d’excursions apostoliques Jusque chez les tribus les plus éloignées”. En conséquence, deux ou trois Pères seulement vivaient toute l’année à Sainte- Marie. Outre la visite des villages tout proches, ils trouvaient encore des occupations incessantes auprès des employés de la maison et des nouveaux chrétiens qui s'étaient groupés dans le voisinage. Tout près de leur habitation, les Jésuites avaient fait bâtir une grande cabane où l’on admit successivement, en une seule année, plus de trois mille personnes venues de tous les coins du pays. C'était à la fois un hôpital pour les malades, une hôtellerie pour les voyageurs, et un refuge contre les attaques des Iroquois*. Les religieux résidants ne manquaient done pas de besogne. Jetons maintenant un coup d’œil sur les travaux de leurs confrères dispersés. Les uns visitèrent les bourgades huronnes ; les autres se rendirent auprès des peuplades voisines. Pour plus de clarté, nous allons raconter séparément leurs
exploits.
6. Le P. Lalemant avait divisé le pays sauvage en districts ou missions : celles de Sainte-Marie, de Saint-Joseph, de la Con-
2. Relation de 1640, p. 62. Les Relations de 1635 et 1636 portaient environ trente
mille âmes.
8. Lettre du P. Général au P. J. Lalemant, 25 janvier 1643 (Gall. mss. Epist.
Gen.).
4! Ferland, op. cit., p. 367.
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ception, de Saint-Jean Baptiste, chez les Hurons; — celle des Saints-Anges dans la nation Neutre; — celle des Saints-Apôtres dans la nation du Petun; — celle du Saint-Esprit chez les Nipissings ; — celle de Saint-Pierre chez les Algonquins de la côte septentrionale du lac Huron. Quant aux Iroquois, alliés des Anglais et des Hollandais, ennemis déclarés de la France, on ne pouvait songer à pénétrer sur leur territoire. Les PP. de Brébeuf et Chaumonot reçurent en partage la nation des Neutres; les PP. Garnier et Pierre Pijart celle du Petun ; les PP. Claude Pijart et Raymbault furent envoyés chez Les Nipissings ; le même P. Raymbault et le P. Jogues chez lés Sauteurs, nation d’origine Algonquine!,
La nation Neutre, une des plus féroces et des plus superstitieuses, occupait la partie du Canada située au nord dullac Erié. Elle devait son nom à une convention par laquelle les Hurons et les froquois s'étaient engagés à ne jamais se battre sur son territoire. C’est vers cette contrée que les PP. de Brébeuf et Chaumonot se dirigèrent en quittant Sainte-Marie, le 2 novembre 1640. Après cinq jours d’une marche pénible à travers des forêts couvertes de neige, ils atteignirent un village neutre qu’ils surnommèrent bourg de Tous-les-Saints à cause de l’octave de la fête?. Ils ne rencontrèrent presque partout que malédictions, car on les prenait pour des sorciers qui venaient tout ruiner par leurs sortilèges. « Si quelques-uns nous ont écoutés volontiers, le plus grand nombre nous a repoussés, injuriés, menacés », écrivait le P. de Brébeuf*. Les petits enfants en danger de mort furent la seule conquête des missionnaires. « Nous en avons baptisé un grand nombre, rapporte le P. Chaumonot, à l'insu de leurs parents qui s’y seraient opposés certainement. Quant aux adultes, non seulement ils n’ont pas voulu écouter la bonne nouvelle, mais ils nous empéchaient d'entrer dans leurs bourgades, nous menacant de nous tuer et de nous manger comme ils font à leurs plus cruels ennemist. » Après quatre mois d’un apostolat stérile et méritoire, les deux Pères rentrèrent à Sainte-Marie le jour de la fête de saint Joseph.
La nation du Petun, ainsi appelée à cause du grand commerce qu’elle faisait du petun ou tabac, se trouvait à cinquante kilo-
1. Lettre du P. J. Lalemant au P. Général, 25 avril 1641 (Histor. miss. Canad., 1611-1659, n. 66).