Parkman, Les Jésuiles dans l'Amérique du Nord, p
5. Lettre du P. Chaumonot au P. Nappi, 26 mai 1640 (Carayon, op. cit., p. 200-204).
qu'ils jetaient devait être arrosé de leur sang : elle commença de lever l’année mème qui suivit la mort du P. Isaac Jogues, le premier Jésuite martyrisé au Canada. Cetévénement tragique n'ayant eu lieu qu’en 1646 (18 octobre), nous n'avons pas à le raconter maintenant: mais il fut précédé de plusieurs années d'épreuves pour la nation huronne; épreuves qui parurent aux mission-
naires un témoignage de la souveraine miséricorde, et pendant lesquelles le P. Jogues eut l’occasion defaire la cruelle expérience du martyre. Nous voulons parler de la lutte des Hurons et des Iroquois, dont les débuts rentrent dans le cadre de ce volume.
8. Parmi les peuples sauvages de l'Amérique du Nord les Iroquois occupaient sans conteste la première place. Ils habitaient dans l’état actuel de New-York, du Genesée à la rivière Richelieu (aujourd’hui Sorel), et commandaient, par leur situation géographique, d'une part les abords des gran ds lacs et de l’autre les sources des affluents de l'Atlantique et du Mississipi. A la fois patients et agressifs, politiques et farouches, ils furent non seulement les conquérants de leur race, mais les alliés puissants ou les ennemis redoutés des colons auglais et français. Ils formaient une sorte de république fédérative, composée de cinq cantons ou nations, dont la plus importante était celle des Agniers, voisine de la colonie Hollandaise. Au milieu du xvn siècle la population Iroquoise s'élevait à vingt-cinq mille âmes environ et comptait deux mille deux cents guerriers.
En 1615, après une expédition des Français qui les avaient maïitrisés, ils consentirent à faire la paix avec la nation huronne; mais bientôt, sous prétexte de démêlés particuliers, les Agniers recommencèrent les hostilités. Ils descendaient par le lac Champlain et la rivière Richelieu, se postaient sur les bords du grand fleuve, afin de surprendre et de piller les convois hurons ou algonquins quise rendaient pour le trafic à Québec ou aux Trois- Rivières. Ils agissaient le plus souvent à coup sûr, « venoient en renards, attaquoient en lions et fuyoient en oiseaux?». À chaque rencontre c'était une lutte sanglante, où la victoire tournait d’ordinaire en leur faveur; car les armes à feu dont l'imprévoyance des Hollandais les avait munis, leur donnaient l'avantage sur les tribus environnantes. Leur audace pouvait faire courir à la colonie
1. Parkman, Les pionniers français.…, p. XXXIT. 9, Charlevoix, op. cùt.,t. II, p. 202. Cf. Le Mercure françois, t. XIX, an. 1633, p.841
et suiv.
française les plus grands périls; aussi les gouverneurs cherchèrent-ils le moyen de la réprimer. Le meïlleur était de soutenir contre eux Hurons et Algonquins. Quelques forts bien situés, cent cinquante Français bien armés auraient suffi, au dire de Champlain, et il les avait réclamés à Richelieu. Le cardinal engagé dans la guerre contre la maison d'Autriche ne voulut envoyer aucun secours au Canada. M. de Montmagny ayant renouvelé les mêmes demandes ne fut pas mieux écouté; au lieu d'attaquer, il dut se tenir prudemment sur la défensive. Dès lors, l’arrogance des Iroquois, qui prirent cette sage conduite pour de. la lâcheté, ne connut plus de bornes: ils méprisèrent les hommes blancs et se flattèrent de les anéantir, eux et leurs alliés sauvages. On les vit rôder autour de Québec et des Trois-Rivières, remonter l’Ottawa jusqu'à l’île des Allumettes, paraitre en armes sur les terres huronnes et algonquines.
De jour en jour la situation s’aggravait. Le P. Le Jeune fut envoyé en France afin de solliciter des renforts. IL obtint seulement du cardinal dix mille écus pour la levée et l’embarquement d’un corps expéditionnaire qui se.réduisit à quarante soldats ?. Aidé de ce faible contingent, M. de Montmagny construisit un fort à l'embouchure de la rivière Richelieu par laquelle les Iroquois opéraient leurs descentes sur le Saint-Laurent, et deux missionnaires allèrent y résider avec la garnison. Mais ce fort n'arrêta point l'ennemi : il débarquait à quelques milles en amont, puis à travers la forêt, il transportait ses canots jusqu’au grand fleuve.
La terreur inspirée par les Iroquois avait abattu les cœurs et l’on ne vivait plus que dans des appréhensions continuelles. Leurs guerriers se tenaient en permanence sur le Saint-Laurent et sur l'Ottawa ; divisés en bandes de vingt, cinquante ou cent hommes, ils occupaient dans une position avantageuse une Digne de plus de quatre cents kilomètres, de manière à intercepter toutes les communications ‘, « Vrai fléau de notre église naissante, écrivait | le P. Vimont, ils perdent et consomment nos néophytes avec Les armes et le feu; ils ont juré une cruelle guerre à nos Francais : ils bouchent tous les passages de nostre grande rivière, empes-
1. Lettres de Champlain à Richelieu, 15 août 1633, 18 août 1634 (Archiv. des Affair. Etrangères, Amérique, Mémoires, t. IV, fol. 101, 107).
2. Lettres du P. Le Jeune au P. Général, 15 oct. 1641, 23 avril 1642 (Histor. miss. Canad., n: 45, 49).
3. Lettre du P. Vimont au P. Général, 22 Sept. 1642 (Jbidem, n. 52). :