Martin, Le P. Isaac Jogues, p
chent le commerce... et menacent de ruiner tout le pays!. » L'habitation de l'ile de Montréal resta quelque temps ignorée de ces brigands; mais au commencement de 1643 une circonstance malheureuse la leur fit découvrir. Poursuivis par une de leurs bandes, dix Algonquins se réfugièrent à Villemarie:; les Iroquois se contentèrent de reconnaitre la place, et, de retour chez eux ils informèrent leurs chefs. À partir de ce moment, les colons ne connurent plus de repos; « plus de parties de chasse ni de pêche, plus de promenades dans les bois : les hommes durent se rendre armés à leurs travaux et revenir au son de la cloche, marchant en troupe et prêts à répondre à l’attaque ? ».
9. Connaissant l'influence exercée par les Français sur leurs alliés sauvages, les Iroquois ambitionnaient de s'emparer de quelque peau blanche et surtout d’une robe noire. Le P. Isaac Jogues allait être leur première victime. Alors âgé de trente-cinq ans, ce religieux cachait sous une frèle apparence une âme intrépide. Nous l’avons vu en 1641 pénétrer avec Le P. Raymbault jusqu’au saut Sainte-Marie afin d’y annoncer la parole de Dieu. Revenu à la résidence centrale il fut chargé par le P. Jérôme Lalemant d’aller à Québec pour y chercher quelques objets de première nécessité. Un peu avant son départ, comme il se trouvait seul prosterné devant le Saint Sacrement et suppliait Notre-Seigneur de lui accorder de souffrir pour sa gloire, une voix intérieure lui répondit : « Ta prière est exaucée; sois courageux et constant À, »
Le voyage dura trente-cinq jours, et après quelques semaines passées à Québec, le Père profita de la première occasion pour retourner à Sainte-Marie. Le 2 août 1642, quelques Hurons sous la conduite d’un capitaine chrétien, Eustache Ahasistari, reprenaient, montés sur douze canots, le chemin de leur pays; ils embarquèrent avec eux le P. Jogues et deux donnés, René Goupil et Guillaume Couture, hommes énergiques et d’une solide vertu. Les voyageurs venaient d'atteindre l'extrémité du lac Saint-Pierre, quand ils tombèrent dans une embuscade de soixante-dix Iroquois de la tribu des Agniers. La plupart des Hurons, jugeant la lutte inégale, abandonnèrent armes et bagages et se jetèrent