Il était né à Orléans, le 10 janvier
Ce
dans la forêt. Quelques néophytes et catéchumènes soutenus par les Français se défendirent vaillamment, mais écrasés par le nombre ils durent chercher leur salut dans la fuite. Eustache Ahasistari se cacha; Guillaume Couture fut bientôt hors d'atteinte ; René Goupil et plusieurs Hurons restèrent au pouvoir de l'ennemi.
Le P. Jogues, abrité derrière les roseaux du rivage, avait suivi toutes les péripéties du combat; il pouvait, en restant dans sa cachette, se soustraire à la captivité; mais il n’eut pas le cœur d'abandonner les prisonniers, parmi lesquels se trouvaient plusieurs chrétiens; il quitta son refuge et se rendit à l’un des guerriers chargés de les garder. A cette vue, Eustache Ahasistari se découvre et se livre lui aussi : « J'avais juré, dit-il en se jetant dans les bras du P. Jogues, de vivre et de mourir près de toi : nous voilà réunis. » Guillaume Couture de son côté, s’apercevant que le Jésuite ne l'avait point suivi, revient de lui-même sur ses pas et prend place parmi les captifs?. En voyant approcher ce Français qui dans la mêlée avait tué l’un de leurs chefs, les Iroquois se précipitent sur lui, déchirent ses vêtements, lui arrachent les ongles, lui broyent les doigts avec leurs dents et lui passent un poignard à travers la main. Quelque atroce que fût la douleur, Guillaume la supporta sans un cri, sans une plainte, au souvenir, comme il l’avoua plus tard, des plaies de son Sauveur. Le P. Jogues, touché de compassion, s'était jeté au cou du supplicié pour l’animer à bien souffrir. Les cannibales l'arrachent à cette étreinte, le rouent de coups jusqu’à le laisser étendu à terre sans connaissance, et assouvissent leur rage en lui mâchant l'extrémité des deux index; puis ils se ruent sur René Goupil qu'ils traitent avec la même cruauté. Après quoi, les Agniers chargés de leur butin reprennent le chemin de leur pays. Ils se délassaient chaque soir de leurs fatigues en tourmentant leurs prisonniers. Le treizième jour ils atteignirent le terme de leur voyage. Guillaume Couture fut confié à une famille dont le chef avait péri à la guerre. Le P, Jogues lui conseillait de s'enfuir. « Mon Père, répondit-il, taschez vousmesme de vous sauver; si tost que je ne vous verrai plus, je trouveray les moyens d’évader. Vous scavez bien que je’ ne
1. Ferland, op. cit., t. I, p. 317. — Martin, op. cût., p. 83 et suiv.
2. Lettres du P. de Brébeuf au P. Général, 23 sept. 1643: — du P. Vimont au même, 28 sept. (Hist. miss. Canad., n. 57, 85). Jouvancy, Hist. Soc. ms., L XIIE, n. 52,