‹ Histoire de la Compagnie de J©♭sus en France (volume 3)Chapitre 26 sur 375 · Vie ms de Richer (Bibl. nat., franc. 2109, p · texte numérisé non relu

Vie ms de Richer (Bibl. nat., franc. 2109, p

de plusamples pouvoirs que ceux qui nous ont été concédés par les Souverains Pontifes; mais ne pouvant obtenir ce qu'ils désirent, ils s'opposent à l’exercice de nos privilèges et s’efforcent de nous rendre odieux. Si les docteurs réguliers n'avaient fortement combattu, dans les assemblées de Sorbonne, les partisans de Richer, l'autorité du Pape en France serait maintenant nulle ou très réduite. Les bulles des Souverains Pontifes, prétendent-ils, ne sont valables au for extérieur qu'après l’approbation du Parlement, et au for intérieur qu'après celle des évêques. Mais alors, quelle autorité reste-t-il au Saint-Siège? Bien plus, comme ils admettent la supériorité du Concile sur le Pape, ils refusent à ce dernier le pouvoir d'accorder des privilèges en dehors de ceux concédés ou approuvés par un Concile général {. »

En somme, sous prétexte de défendre la hiérarchie, leurs prétentions la ruinaient par sa base, et l’on voit assez qu'en jetant son cri d'alarme François de La Rochefoucauld n'avait pas cédé à une vaine frayeur. Louis XIII l’entendit, mais il voulut que « l’advertissement du cardinal fust bien vérifié »; c'est pourquoi il chargea son confesseur de connaitre là-dessus le sentiment de quatre docteurs en théologie des plus autorisés?. Les docteurs Duval, Isambert, Cornet, Frizon s'étant réunis à l’abbaye Sainte- Geneviève le 2 avril 1632, le P. Maiïllan leur fit savoir, en présence de M# de La Rochefoucauld, « du P. Binet et d’un autre Jésuite », la volonté du roi. Chacun d’eux « après avoir disputé avec lesdicts Pères » sur les matières proposées, exprima par écrit son opinion touchant le péril du schisme et le moyen d’yremédier.

« Ledit sieur Duval, lisons-nous dans le procès-verbal de la réunion, à dit ce qui s'ensuit : il juge... que par la doctrine qui a été publiée depuis quelques années et se publie encore en ce royaume... mesme ès-prédications qui se font au peuple, il y à semence et ouverture de schisme..….; il juge très nécessaire qu'il plaise au Roy d'employer son autorité pour en supprimer le cours, tant par la prohibition desdits livres, comme aussy de faire que chacun convienne ensemble, Messieurs les évèques, curés et réguliers, et de défendre à chacun d'eux de désormais prescher et escrire de ces matières qui ne servent qu’à diviser les esprits. Et

1. « De discordia inter episcopos et regulares. » Observations envoyées à Rome au P. Général Mutius Vitelleschi (Gallia, Œuvres et épreuves, n. 50). .

2. Lettre du nonce au cardinal Barberini, 9 sept. 1632 (Archiv. Vat., Nunz. di Francia, u. 76, f. 109).

pour ce que Messieurs les prélats, curez et plusieurs docteurs de Sorbonne se sentent offencés de la part des Réguliers, de commander aux uns et aux autres de s’assembler et voir par ensemble le moyen de s’accorder sans abreuver le public de leurs divisions !. » |

Les docteurs Isambert et Cornet opinèrent dans le même sens que le docteur Duval. « Pour couper les racines d’un schisme apparent, ajouta le docteur Frizon, il n'y a moyen plus efficace et plus prompt que de prendre la règle dont se sont servy les Pères aux conciles de l'Eglise, scavoir de faire souscrire les docteurs à ce qui a esté déterminé par le concile de Sens depuis peu d'années tenu, le cardinal du Perron y présidant en qualité de métropolitain?, Par cet unique moyen on distinguera l’yvraie d’avec le froment, et ceux qui sont portés pour la Religion catholique, apostolique et romaine, d'avec ceux qui commencent le schisme *. »

2, Lorsqu'ils apprirent la consultation qui avait eu lieu à Sainte-Geneviève, les autres docteurs de La Faculté et les évêques présents à Paris manifestèrent un vif mécontentement. Messieurs Duval, Isambert et Cornet, sommés de comparaitre devant les prélats réunis, refusèrent de donner aucune explication : ils ne parleraient que sur un commandement du roi. La Faculté de Théologie, dans son assemblée du 1° juillet, se préparait à leur nfliger un blâme, lorsqu'un secrétaire du comte de Soissons se présenta devant elle, et, de la part de son maître, lui commanda de ne pas « traiter à présent cette matière sur laquelle, ajouta-t-il, M le Comte veut auparavant lui faire connaître les volontez et intentions de Sa Majesté ». Après un court débat, résolution fut prise « d'envoyer quatre députés au Sérénissime prince comte de Soissons », pour l’assurer que la Faculté considérerait « comme un crime de ne pas obtempérer aux ordres du roi #».

Cependant quelques prélats, aux instincts belliqueux, protestèrent contre ce qu'ils appelaient l'intrusion de l'autorité civile dans les affaires ecclésiastiques, et bientôt, sur une provocation de Jean-Pierre Camus, la lutte recommença de plus belle.

L'ancien évèque de Belley était déjà fort animé, par une sorte

. ‘Avis de quatre docteurs. touchant le différend des évêques et des réguliers, 2 ui 1632 (Bibl. Sainte- Geneviève, ms 3238, f. 246, 247).

- Voir t. EL, p. 298.

. ‘Avis de quatre docteurs.

: Conclusiones Sacrae Facultatis… 1 julii 1632 (D'Argentré, Coll. Judic., t. Il, P. II, p. 362). . ne

e monomanie, contre les moines, quand une de ses pénitentes s’avisa de le quitter pour s'adresser à un Père Capucin. Cette déconvenue lui fit perdre patience et il épancha sa mauvaise humeur dans un pamphlet qu'il intitula Le directeur désintéressé 1. Une polémique s’ensuivit entre séculiers et réguliers; d’où le scandale d’une division uniquement profitable aux hérétiques et aux libertins. Le nonce et quelques évêques des plus sages s'en émurent. Ils tentèrent d'arrêter Jean-Pierre Camus sur cette pente dangereuse; mais lui, loin de retenir sa verve, publia un second livre, L'Ouvrage des Moines, plus mordant que le premier. On essaya des moyens d'intimidation : ils ne réussirent pas mieux, et le bouillant écrivain préparait un troisième libelle quand Richelieu résolut d'intervenir. Camus mandé à Saint-Germain fut sévèrement admonesté par le roi et le cardinal. Comprit-il bien les graves inconvénients de ses élucrubations satiriques, traduites et répandues par les posent d'Allemagne et d’Angleterre? Toujours est-il qu'il consentit à retirer du commerce son dérnier ouvrage et promit de garder désormais le silence; ce qui ne l’empêcha pas d’être censuré à Rome et à Paris”.

Mais la majeure partie des évêques français, sans s'exprimer aussi bruyamment que lui, nourrissaient les mêmes préventions à l’égard des ordres religieux. Ces précieux auxiliaires qu'ils avaient appelés dans leurs diocèses pour l'instruction de la jeunesse, la direction des âmes .ou la lutte contre le protestantisme, ils leur trouvaient maintenant de graves défauts : leurs succès apostoliques les faisaient rechercher au détriment de la paroisse; leur attachement au Saint-Siège semblait une critique vivante de l'esprit gallican; leurs privilèges les rendaient trop indépendants de l’Ordinaire. De là des jalousies, des susceptibilités et aussi des querelles, tantôt sans motifs, tantôt provoquées par l’imprudence des religieux emportés par leur zèle, fiers de leur popularité, ou peu discrets dans l'usage de leurs droits, Et quand la polémique venait envenimer les griefs réciproques, la Compagnie de Jésus, comme toujours, se voyait exposée aux premiers Coups.

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