Litterae annuae 1640 (Zbidem, n
MISSION DE CONSTSNESIONLES 357
« L’ exemple de nos Pères de Scio, écrivait le P. d’Aultry, qui font venir de Sicile de jeunes Maistres pour enseigner, et après deux ou trois ans de régence les renvoyent en Sicile pour estudier la théologie, me donne la hardiesse de proposer à nostre Père (Général), par l'entremise de V. R., qu'il plaise à Sa Paternité de permettre à quelques-uns de nos jeunes Maistres, après leur estude de philosophie, de venir en Levant pour régenter à Constantinople et autres résidences, qui, durant leur régence a facilement l'italien et le grec vulgaire, et pour
l'estude particulier (sic) s’'addonneroient entièrement au grec littéral, et au bout de trois ou quatre ans pourront retourner en France ou aller à Rome pour y estudier en théologie, estant préfects et répétiteurs au collège des Grecs, où ils auront plus de facilité d'ayder les Grecs et le moyen d'entretenir la langue grecque vulgaire et se perfectionner en l'italienne. Et après leurs estudes de théologie et troisième année de probation ils pourront retourner en Levant, tout prests à bien travailler. Il est certain que semblables jeunes gens sçauroient beaucoup mieux les langues et les prononceroïient plus naturellement et seroient mieux versés en l’histoire et doctrine des Saints-Pères et de ce qui est particulier en l’Église Grecque!. »
Outre les raisons alléguées par le P. d’Aultry, le P. Danjou faisait valoir les avantages que les missions retireraient de la présence des scolastiques. « L'expérience de deux années, disait-il, m'a faict connoistre évidemment que, jaçoit que les escholes que nous tenons au Levant soient entièrement nécessaires pour nous donner entrée dans les lieux où nous espérons faire proffict, qui ne nous recevroient nullement si nous ne leur donnionsce contentement, si faut-il advouer qu’au petit nombre que l’on est en chaque résidence est un grand estourbier pour advancer par nos autres exercices la gloire de Notre-Seigneur. Sy sainct François Xavier et nos Pères qui ont faict merveille aux Indes, eussent eu tous les jours neuf ou dix heures d’eschole, je ne croy pas qu'ils eussent advancé la gloire de Dieu et l'honneur de la Compagnie si advantageusement qu'ils ont faict?.
Le P. Dinet fut frappé de ces considérations. À Rome il plaïda la cause des missions du Levant et la gagna. Le P. d’Aultry, en revenant de son voyage de France, ramena avec lui trois scolas-
1. Lettre du P.d’Aultry au P. Dinet, 26 juillet 1642 (Miss. Const., t. VIIL, n. 140). 2. Lettre du P. Danjou au même, 13 août 1641 (/bidem).
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tiques : deux de la Province de Lyon et un de la Province de Toulouse !. *
9. Ce fut sans doute à partir de cette époque, que lun des prêtres de la résidence, déchargé de l’école, se consacra plus spécialement au service des esclaves du bagne et des prisonniers renfermés dans le château des Sept-Tours. Un mémoire sans date remis à son retour du Levant par M. Manault, chanoine de Saint- Aignan d'Orléans au secrétaire de la Propagande, nous donnera quelques détails sur la manière dont s’exerçait ce pénible mimistère.
« Le bagne du Grand Seigneur, lieu puant et de mauvais air, sans aucune fenestre ny aucune lumière que de quelque ouverture qui est en hault, où sont enfermés les pauvres esclaves qui sont la plus part Francois, est servi à présent par un Père Jésuite, lequel y va tous les samedis et veilles des festes, sur les vingttrois heures d'Italie, s’enfermer pour toute la nuit avec les esclaves, dont il entend les confessions trois ou quatre heures durant, selon le besoin, et puis visite les malades et leur faict et procure beaucoup d'offices de charité, comme aussy aus autres qui sont en nécessité, et après un repos de deux ou trois heures, tel que le lieu le permet, les pauvres esclaves s’assemblent dans un retranchement ou une chapelle qu’ils ont faict faire, et assez bien ornée, où il leur dit la messe, qui se chante mesme avec quelque solennité, et presche tant en italien qu’en françois, et mesme en grec, parce qu'il y a quelques esclaves grecs du rit romain, et encor pour y attirer les autres qui sont schismatiques qui ont aussy une chapelle dans le mesme lieu : à cette messe communient tous ceux qui en ont la dévotion. Et faut que tout cela soit faict
‘avant le jour, lequel venu, les officiers du Grand Seigneur
envoient les esclaves au travail pour toute la journée. Il faut avoir veu le lieu et assisté à ces veilles, comme j'y ay assisté en compagnie du Père plusieurs fois et dit la messe à ces pauvres affligés, pour estre touché de compassion à l’égal de leur misère, et estimer comme elle mérite la charité de celuy qui les assiste si assiduement et d’une manière si consolante pour eus ; au lieu qu’ils se sont veus à peine pouvoir avoir une messe parfois dans l’année, et obligés encor pour l'avoir de tirer de leur pauvreté le salaire de qui la leur donnoit.
1. Lettres du P. d'Aultry au P. Général, 26 mars, 5 sept. 1643 (Ibidem, n. 153, 155).
« Pendant l’hyver, lorsque l’armée turquesque est dans le port, l'exercice de tous les jours du mesme Père est d’aller dans les galères des Beylers, qui sont les gouverneurs des provinces, pour y visiter les pauvres esclaves catholiques et les assister, particulièrement les moribonds, avec ia permission des capitaines des galères, dont il use pour administrer les sacremens, desquels plusieurs et la plus part ont esté privés plusieurs années et qu’ils recevoient avec une extrême consolation. La bénédiction que Dieu a donnée à ce Père pour estre le bien venu dans ces galères, et y agir avec pleine liberté, est tout à faict admirable, aussi ses fatigues sont-elles estonnantes. J’en parle comme tesmoin de veue, et je ne sçaurois assez exprimer ce qui en est.
« Il y à une prison qui s'appelle les Sept-Tours, où sont enfermées des personnes nobles, la plus part aussy François, quelques-uns Vénitiens, Allemans, Lorrains... au nombre de trente ou environ. Ils ont là une chapelle, où l’un des Pères conventuels leur va dire la messe les festes et les dimanches. Bon office que ces Messieurs reconnoissent par une honeste rétribution qu'ils luy font tous les ans. Néantmoins le susdit Père Jésuiste ne se peut exempter d'y aller quelquefois en d’autres jours, pour satisfaire à leurs prières et à la confiance qu’ils ont prise en luy pour la direction de leur conscience”. »
La visite du bagne et des prisons devint plus tard une des œuvres les plus importantes des Jésuites de Constantinople?. Mais le zèle de la Compagnie ne se bornait pas à la capitale du Grand Seigneur; aussi nous faut-il jeter un coup d'œil sur les autres résidences qu’elle possédait à cette époque dans le Levant.
1. Mémoire du chanoïne Manault (Miss. Const., t. Vil , n. 156). 2. Voir Fleuriau, Estat des missions de Grèce, p. 59 et suiv.