‹ Histoire de la Compagnie de J©♭sus en France (volume 3)Chapitre 273 sur 375 · LES AUTRES MISSIONS DU LEVANT · texte numérisé non relu

LES AUTRES MISSIONS DU LEVANT

Sommaire : 1. Embarras de la Mission de Smyrne par suite de l’établissement des Capucins. — 2. Les Jésuites sont dépossédés de leurs fonctions de chapelains consulaires. — 3. Ils perdent aussi le titre de vicaire général. — 4. Réclamations du clergé et des habitants de Smyrne. — 5. Les Jésuites soutenus par la Propagande et l’ambassadeur de France. — 6. Les missionnaires d’A/ep sont persécutés. — 7. Un aperçu de leurs œuvres. — 8. Progrès de la mission de Naxie. — 9. Etablissement d’une mission à Paros. — 10. Le P. Queyrot fonde la mission de Saint-Paul à Damas. — 11. Travaux du P. François Blézeau à Nauplie; il fonde la mission d'Athènes. — 12. Le P. Fournier et les origines de la mission de Santorin.

Sources manuscrites : I. Recueils de documents conservés dans la Compagnie : a) Missio Constantinopolitana, t. I, III, VIII, XI; — b) Galliae missiones, Epistolae Generalium ; — c) Francia, Epistolae Generalium; — d) Francia, Epistolae ad Generalem.

II. Paris, Archives du Ministère des Affaires étrangères, Turquie, correspondance, vol. 4, 5,460; — Turquie, supplément, vol.1, 2,19.

III. Venezia, Archivio di Stato, Dispacci di Constantinopoli; Dispacri d’Aleppo ; — Deliberazioni del Senato.

IV. Roma, Archivio della Propaganda, serie VI, Littere di Spagna.

Sources imprimées : Rabbath, Documents inédits pour servir à l'histoire du christianisme en Orient: — Le Mercure françois. — Legrand, Relation manuscrite de l’establissement des Pères de la Compagnie de Jésus au Levant. — François Richard, Relation de ce qui s’est passé de plus remarquaple à Sant'Erini. — Lettres édifiantes et curieuses, Missions du Levant, t. I. — Carayon, Documents inédits, XI. — Fleuriau, Estat des Missions de Grèce. — Besson, La Syrie et la Terre Sainte. — Fagniez, Le P. Joseph et Richelieu.

4. Établis à Smyrne en 1623, à titre de chapelains consulaires, les Pères de la Compagnie de Jésus y faisaient grand fruit quand une entreprise inopportune et mal conduite des Pères Capucins vint entraver, faillit même ruiner leur apostolat. « Il ne se peut dire, lisons-nous dans l’ancienne relation d’un jésuite, les indignités et les misères que nos Pères furent obligés de souffrir, aussi vaut-il mieux pour l'honneur de l’Église les passer

sous silence que de les publier!. » Cette réserve était bonne à

1. Briève relation de l'établissement des Pères de la Compagnie de Jésus en la ville de Smyrne.… (Carayon, Doc. inéd., XI, p. 164).

quelques années des événements; mais à la distance où nous en sommes, 1l importe plutôt, dans l'intérêt de la vérité, de raconter sans réticence une délicate épreuve que les Pères de la Compagnie subirent avec patience et courage.

Au mois de mai 1628, le P. Evangéliste, capucin, passant

par Smyrne, exposa au vice-consul, M. Jean Dupuy, le dessein qu'il avait d'y introduire des religieux de saint François, d'y bâtir une église et une maison, laquelle, pour éviter toute difficulté de la part des Turcs, servirait aussi de consulat; et pour stimuler son bon vouloir, il lui promit de lui obtenir par l'entremise du P. Joseph les faveurs de Richelieu. Ces avances éveillèrent l'ambition de M. Dupuy; se souvenant de l'honneur fait à son prédécesseur, créé par le roi chevalier de Saint-Michel, « il creut pouvoir arriver à quelque chose de semblable, ou pour le moins d’estre faict gentilhomme et avoir une fleur de lis en ses armes! ». Le P. Queyrot, supérieur de la résidence, auquel il communiqua le projet du P. Evangéliste, lui représenta le tort que ces constructions feraient à la Compagnie, si l’église n’était commune et si les missionnaires Jésuites ne continuaient comme par le passé à demeurer dans la maison consulaire en qualité de chapelains. Le vice-consul répondit que les Pères de la Compagnie garderaient leur titre et leurs fonctions, que l’église, bâtie à ses frais, serait commune, qu'il aurait son logement au-dessus et que d'un côté on construirait l'habitation des Jésuites et de l’autre celle des Capucins. Du reste, ajouta-t-il, on ne commencerait rien avant d’avoir reçu la réponse des différents supérieurs.

De Rome, le P. Général écrivit au P. Queyrot qu’on ne pourrait trouver la somme nécessaire pour la construction du logis projeté, et qu'il fallait abandonner toute l'affaire à la divine Providence, De Constantinople, le P. d’Aultry assura au supérieur de Smyrne, de la part de l'ambassadeur, qu'il n'avait rien à craindre pour les intérêts de la Compagnie. Et de fait, quand les Pères Pacifique de Paris et Mathias de Reims arrivèrent à Smyrne, au mois de novembre 1628, le vice-consul appela le P. Arthaud Riondet et lui communiqua la lettre écrite par l’ambassadeur « touchant l’establissement de ces bons religieux », laquelle portait ces mots : « Vous leur louerez une maison proche de la vôtre où ils feront leurs fonctions, sans préjudice des Pères Jésuites quy

1. * Narré de la résidence de la Compagnie de Jésus à Smyrne (Miss. Const., D'iint).

seront tousjours dans la maison consulaire et officieront dans l’ancienne chapelle comme par cv-devant!. »

Après un séjour de deux semaines chez le consul, les PP. Capucins s’installèrent, le 3 décembre, dans une maison achetée par eux au prix de trois mille réaulx?. Sur les réclamations des Vénitiens, protestant qu’ils ne permettraient jamais de bâtir une église près de celle de leur nation, on dut rompre le marché. Au mois de février 1629, les Capucins s'établirent dans un autre immeuble qu'ils payèrent douze cents piastres comptant. À cette occasion, M. Dupuy affirma de nouveau que l’église à bâtir serait commune aux deux Ordres et que les Jésuites continueraient l'office de chapelains *. Mais bientôt, oubliant sa promesse, il déclara qu’il manquait d'argent, et que par suite l’église serait réservée aux seuls Capucins, attendu qu’eux-mêmes allaient se charger de tous les frais. I! ajouta qu'il conserverait sa chapelle en sa maison et que les Jésuites en prendraient soin comme par le passé #. Quand les Pères Pacifique de Paris et Mathias de Reims annoncèrent à leurs supérieurs ce qu’ils avaient fait, « ils furent blâmés dit M.Fagniez, etle P. Joseph écrivit au P. Archange du Fossé, custode de Grèce, et au P. Evangéliste de Reims... de rembourser au viceconsul ses dépenses et d'achever les constructions le plus économi-

‘quement possible, en s’assurant qu’ils pourraient d’après les lois du pays conserver leur couvent et leur église 5 ». Les Musulmans, en effet, ne permettaient l'exercice de la religion chrétienne que dans les chapelles consulaires ou dans les sanctuaires très anciens.

2. Pendant les travaux de construction, M. Dupuy quitta sa première demeure pour en habiter une autre avec les Jésuites, en face des Capucins, afin de les garantir par ce voisinage des avanies auxquelles ils seraient exposés dé la part des Turcs 5; alors, s’avisant un peu tard du péril qu'il y aurait à ouvrir deux chapelles à la fois, il pria les Jésuites de cesser au moins pour quelques mois d’officier dans celle du nouveau consulat. Mais le P. Riondet ne l’entendait pas de la sorte; il déclara ne pouvoir

1. * Narré de la résidence... Cf. Fagniez, Le P. Joseph et Richelieu, t. À, p.331:

2. Le réal, petite monnaie d'argent d'Espagne valait environ 25 centimes, les écus de réaux valaient 20 réaux, soit environ 5 francs 45 centimes.

3. Lettre du P. Général au P. Riondet, 8 janvier 1630 (Gall. Miss., Epist. Gen.).

4, Lettre du baile de Venise au Sénat de Venise, 17 mars 1629 (Venezia, Archiv. di Stato, Dispacci di Const., n. 108, fol. 52).

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