Précis historique
paroles et par leur vie sainte, la crainte de Dieu, l'horreur du vice et l'amour de la vertu. Or ces mêmes Pères, qui travaillent continuellement et avec tant de fatigues... se trouvent dans une extrême nécessité, n'ayant icy ny demeure fixe ny fonds asseurez pour leur subsistance. Nous, tant prêtres que séculiers, supplions très humblement le très juste et très triomphant roy de France, de leur faire donner une maison qui leur appartienne et de les assister de ses libéralitez, afin que ces dignes ouvriers de l'Évangile, ses sujets, continuent avec une entière liberté de donner à cette église les secours spirituels dont elle a besoin!. »
Plus pressante encore était la supplique, au style oriental, du métropolite Arménien, adressée tout ensemble au pape Urbain VIII et au roi Louis XIII. Après avoir fait l'éloge des missionnaires, réclamé leur maintien à Smyrne, et sollicité « avec une demeure stable un soulagement à leur pauvreté », il ajoutait : « Depuis qu’ils habitent cette ville, les Francs et les Arméniens se sont unis ensemble d’un lien étroit de charité... Quand nous [arméniens] nous célébrons nos fêtes, nous y invitons [les Francs]; en leur présence nous offrons notre encens, nous nous revêtons d’ornemens sacerdotaux, et nous faisons notre office et nos cérémonies selon que porte la coutume arménienne. De même quand les Francs célèbrent leurs fêtes, ils nous y invitent ; ils nous conduisent à l’église où ils disent la sainte messe selon la coutume de l’église romaine : tellement que nos deux nations vivent dans une si grande intelligence, qu'il ne peut pas y en avoir une plus parfaite. Mais si les missionnaires, par la malice de leurs ennemis et par l'excès de leur pauvreté, sont obligez de sortir de notre ville, nous craignons avec raison que cette grande union ne se rompe. C’est pourquoy, nos Seigneurs et Maîtres, vous saint Pape et vous grand Roy, nous, pauvres pécheurs arméniens, nous vous supplions de nous accorder la grâce que nous vous demandons avec toute l'instance possible ?, ».
5. Quand ces requêtes parvinrent à destination, déjà la Sacrée Congrégation de la Propagande, à la prière du P. Riondet ?, avait fait des démarches pour tirer les missionnaires de leur
1. Lettre de l'archevêque de Smyrne à Louis XIII, 20 octobre 1632 (publiée par Carayon, op. cût., p. 174, 175, et par Fleuriau, Estat des missions de Grèce, p. 127-199.
9. Lettre du métropolite Arménien de Smyrne au pape et au roi, 5 octobre 1632 (dans Fleuriau, op. cît., p. 134).
3. Supplique du P. Riondet à la Sacrée Congrégation, 15 février 1632 (Miss. Const., t. III, n. 30). Lettre du même à la même, 20 avril 1632 (Jbidem, n. 29).
pénible embarras. Au mois d'août 1632, elle avait écrit au viceconsul et à l'archevêque de faire en sorte que les Pères de la Compagnie pussent exercer toutes leurs fonctions dans la nouvelle église consulaire, regardant cela, disait-elle, comme une chose de très grande importance pour le bien de la religion!. Le 7 novembre leP. Jean-Baptiste, capucin, répondit à Ms Marchi qui lui avait communiqué la décision de la Propagande :« J'ai reçu la lettre de Votre Illustrissime Seigneurie par laquelle elle me commande d'obéir à la Sacrée Congrégation en permettant aux RR. PP. Jésuites de confesser, de prècher et de faire le catéchisme dans notre église. Mais je dirai, en confidence, à Votre Révérendissime Seigneurie, que je ne puis rien permettre sans l’ordre de mes supérieurs à qui la Sacrée Congrégation aura sans doute écrit au sujet de cette affaire d’une si grande importance pour la conservation de notre église. Du reste Sa Majesté très chrétienne ne demande qu’une seule chose, c’est que les dits RR. PP. disent la messe dans l’église, puisqu'ils peuvent exercer tous les autres ministères dans leur propre maison. » L’archèveque lui répondit qu’il n’avait aucune excuse valable et que son devoir était d’obéir. Il écrivit en même temps à l’ambassadeur de France et au secrétaire de la Propagande pour les informer de tout, et au P. Riondet pour l’exhorter à la patience ?. Les missionnaires de la Compagnie ne voulant point s’imposer et sachant les inconvénients d’une église commune, se contentèrent de dire la messe dans celle des Capucins sans y exercer aucun autre ministère.
En 1633 le P. Martin succéda au P. Riondet comme supérieur de la résidence de Smyrne, et fut remplacé en 1637 * par le P. d’Aultry. Pendant six années les Jésuites vécurent d’une façon très précaire dans la maison louée par le vice-consul à leur usage #. En 1638 ils firent construire une habitation mieux appropriée à leurs différentes œuvres, mais ils ne commencèrent à l’occuper que l’année suivante®. À la même époque M. de La Haye, en venant de France pour remplacer M. de Marcheville, apporta