Narré de la résidence
3. Lettre du P. Général au P. Martin, 19 novembre 1633 (Gall. miss., Epist. Gen.;) Lettre du P. Martin au P. Général, 20 juillet 1635 (Miss. Const., t. III, n. 45).
4. Lettre du baïle au Sénat, 2 juin 1635 (Venezia, Arch. di Stato, Disp. di Const., n. 116, fol. 140).
5. Lettre du P. d’Aultry au P. Général, 5 mars 1638 (Miss. Const. t. III, n. 114). Lettre du P. Martin au même, 14 janvier 1639 (1bidem, n. 120).
ir
des lettres royales qui autorisaient les Jésuites de Smyrne « à célébrer la messe dans la chapelle consulaire, à y avoir un confessionnal, à y réunir leurs pénitents pour des exercices de dévotion, sans toutefois gêner les desservants attitrés n1 pouvoir élever la moindre prétention sur l’église. » Les Pères de la Compagnie préférèrent solliciter des autorités ottomanes la permission d’ériger dans leur propre maison une chapelle où 1ls se livreraient au ministère sacerdotal et apostolique avec une complète indépendance f.
Un peu avant l’arrivée de M. de La Haye, a de Smyrne « mal satisfait » des Capucins ?, leur avait ôté le vicariat pour le rendre aux Jésuites. Le P. Supérieur de la résidence n'avait accepté qu'avec peine, sur les instances de M Marchi, auquel il objecta les difficultés qui allaient surgir. Elles ne tardèrent pas et faillirent tourner au scandale. Les Capucins voulurent continuer à faire l'office de vicaire. Le vice-consul, qui les
N soutenait, chassa de leur église Le P. d’Aultry venu pour remplir les fonctions de sa nouvelle charge : puis, rassemblant le conseil des marchands, il leur proposa d'embarquer les Jésuites sur Le premier bateau qui partirait pour la France. L’archevêque d'autre part, irrité contre les religieux de saint François qui avaient
«entrepris sur sa juridiction », les excommuniait.
Dès que notre de dou eut appris cette querelle, il écrivit à M. Dupuy de sévères reproches, menaçant de faire pendre quiconque prêterait la main au renvoi des Jésuites; en même temps il se plaignit à la cour de l'étrange conduite de son subordonné. « Ledit consul prétend estre fondateur de ladite chapelle qu'il dit avoir fait bastir à ses despens, et soubs ce prétexte il permet des délibérations très mauvaises ; tellement que, si on n'y met ordre, il y aura autant d’ambassadeurs que de consuls et il sera impossible que Le roy soit obéy, tant que lesdits consuls pourront esluder les commandemens de Sa Majesté par des interprétations accommodées où à leurs passions ou à leurs intérêts, »
Le P. Martin, alors supérieur de la résidence de Constantinople, recommanda au P. d’Aultry d'éviter tout ce qui pourrait exciter davantage le’ vice-consul ; quant aux Capucins, on devait tout
1. Lettres du P. Martin au P. Général, 23 septembre, 26 novembre 1639 (Jbidem, n. 126, 128). — Cf. Fagniez, op. cit., p. 332.
2 Lettre de M. de La Haye à M. ‘de Chavigny, 12 mai 1640 (Archiv. des Affaires Étrangères, Turquie, corresp., vol. 5, fol. 28 et suivants).
3. Ibidem, et autre lettre de l'ambassadeur à la reine, revenant sur toute cette affaire, le 7 novembre 1643 (1bibem, Turquie, supplément, vol. 1, fol. 293-294).
abandonner à leur conscience, s'ils tentaient de s'ingérer encore dans l'office de vicaire général!. Les Jésuites de Smyrne gardèrent la modération si sagement recommandée : ilsse soumirent à toutce que l'ambassadeur jugea utile pour apaiser le conflit. « Son Excellence, écrivait le P. Martin au P. Général, nous a demandé : 1° de ne rien dire de l’excommunication qui avait été encourue, et nous avons gardé le silence; 2°.de nous abstenir d'exercer les fonctions de vicaire, et nous y avons consenti; 3° de déclarer que nous étions prêts, dès qu’il plairait à l’archevêque, à résigner cette charge, et nous l’avons témoigné par écrit. La facilité de nos concessions nous à gagné l'estime et l'affection de tous. Déjà même nous aurions spontanément renoncé au vicariat, si l’archevêque dont la volonté nous est chère, ne nous eût prié d'attendre un moment plus opportun?. »
Afin de couper court aux contestations qui pouvaient survenir si les Jésuites continuaient à dire la messe dans l’église des Capucins, il fut résolu, en 1643, que les deux Ordres auraient chacun leur église séparée. L'ambassadeur recut done commandement d'obtenir pour les Pères de la Compagnie la permission d’avoir dans leur maison un autel où ils pourraient célébrer la sainte messe « d'autant, portait la lettre de Sa Majesté, que la chapelle consulaire estant occupée et desservie par les Pères Capucins, les Jésuites sont privés de la consolation du Saint Sacrifice toutes les fois qu’il plaît aux Pères Capucins ou au consul de les en exclure, comme il est arrivé desja deux ou trois fois ? ». Le 7 novembre, M. de La Haye répondit à la reine régente qu'il ferait tout son possible pour obtenir du grand vizir l'autorisation désirée. « Mais, observait-il, je suis obligé de dire à Votre Majesté qu'encore que ce vizir se soit toujours monstré fort favorable en beaucoup d’aftaires que j'ay eu à traiter avec luy, très difficiles et très importantes, néantmoins je ne scay si je le pourray vaincre en celle-ci, tant ilse monstre affectionné à ce qui est de sa secte et contraire à l'avancement de la religion chrétienne“... » Écrivant sur le même sujet à M. de Brienne, l’ambassadeur ajoutait : « Mais je suis obligé de vous dire que le sieur Dupuy, consul à Smyrne, qui à basti la maison des PP. Capucins, a une telle passion de maintenir en dignité la chapelle desdits Pères dont.il
1. Lettre du P. Martin au P. d’Aultry, 14 avril 4640 (Miss. const., t. VIII, n. 134). 2. Lettre du P. Martin au P. Général, 10 nov. 1640 (Jbidem, n. 136). 3. Du même au même, 28 nov. 1643 (Jbidem, n. 152). 4. Lettre du 7 novembre 1643, déjà citée.
se dit fondateur, qu’il est capable de remuer ciel et terre pour empescher qu'il n’y en ait point d'autre”. ».
Peu de temps après, les ordres de la cour furent exécutés sans aucune opposition du consul ni des autorités ottomanes 2. Et désormais jusqu’à la fin du xvin° siècle, les Jésuites poursuivront à Smyrne, dansune entière liberté, les travaux de leur fructueux apostolat.
6. Au chapitre xur du tome IV nous avons vu la mission d'Alep à deux pas de sa ruine, puis relevée, et enfin prospérant sous l'énergique impulsion des PP. Jérôme Queyrot et Gaspar Maniglier, Elle allait encore connaître de mauvais jours.
La résidence de la Compagnie avait une petite chapelle intérieure dans laquelle les Pères disaient la messe, prêchaient, confessaient, exercaient tous leurs autres ministères®. Le 13 juillet 1631, ils y établirent sous le titre de l’Assomption une congrégation de la Sainte Vierge composée de marchands françaisi. Cependant les missionnaires n'occupaient cette demeure qu’en location, et il était toujours à craindre qu'un acheteur ne les en privât, au surplus, l’exiguité du local ne leur permettait pas de donner à leurs œuvres un grand développement. Ils cherchèrent donc à trouver mieux, et il arriva que sans avoir une piastre à leur
disposition ils acquirent, à moitié prix de ce qu'elle valait, une
des plus belles maisons de la ville, habitée par des chrétiens. L'affaire fut menée à bonne fin dans le plus. grand secret par M. Robert Contour, Français très considéré, lequel non seulement acheta la maison pour les Jésuites, mais encore prêta la somme voulue. :
Les Pères entrèrent en possession de ce logement le 12 février 1633, et commencèrent aussitôt les réparations 6. Le Jeudi Saint on transporta solennellement dans la nouvelle chapelle le Saint Sacrement accompagné des PP. Carmes, des PP. Capucins et des principaux représentants de la nation française. Il y resta exposé selon l’usage-de l’Église et fut visité d’un extraordinaire concours
1. Lettre de M. de La Haye à M. de Brienne (Archives des Aff. Étrangères, Turquie, supplément, 1644-46, t. IL, fol. 8 et suiv.).