Relazione della missione
2. Lettres du consul vénitien, 22 et 30 avril 1633 (Venezia, Arch. di Stato, Disp. d’Aleppo, n. 3, fol. 137, 146).
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c'est M. Contour qui nous a acheté la maison. » Le lieutenant voyant qu'il ne pouvait soutirer la moindre piastre à ses victimes, donna l’ordre à un maçon de renverser les degrés de pierre de l’autel. En même temps il fit apporter une échelle pour enlever les anneaux de fer qui avaient servi à suspendre un tableau, le baldaquin et quelques lampes. Puis ses gens brisèrent sous ses yeux la porte de la sacristie et la table d'autel, æt il s’en alla tout triste de n’avoir rien à emporter.
Le lendemain matin les Pères célébrèrent le saint sacrifice dans la chapelle du consul ‘et lui annoncèrent l'ordre ‘qu'ils avaient recu d'abandonner leur maïson. M. de Lestrade les engagea fort à y retourner, prétendant qu'ils n'avaient rien à craindre puisqu'elle leur appartenait; toutefois, par prudence, il envoya un drogman chez Île cadi pour savoir sa volonté. Le juge ayant répondu que les Pères pouvaient rester dans leur maison, ils y rentrèrent. Cependant la tempête n’était pas apaisée, car le même jour le cadi fit encore apposer les scellés sur la chapelle des Capucins et sur celle des Vénitiens.
De retour chez eux, les Jésuites se gardèrent d’user de la leur; ils se contentèrent de tenir école comme à l'ordinaire. Gette dernière fonction leur fut aussi interdite, mais pour peu de temps!. Ils jouissaient ainsi de leur demeure depuis plus de quatre mois, lorsque dans la matinée du 4% août, qui était un dimanche, les ‘officiers de justice vinrent pour les arrêter «et les conduire en prison. Le P. Queyrot, prévenu par le F. Fleury Béchesne, lear ‘ouvrit la porte. Aussitôt les sbires se saisirent des deux religieux ‘et après s'être assurés que la chapelle était bien dans l'état où ils l'avaient laissée le jeudi de Pâques, les menèrent devant le cadi, sans s'informer de ce qu'était devenu l’autre Père. Celui-ci, après leur départ, se réfugia d’abord ‘chez le consul de France puis chez M. Contour, où il resta jusqu'à la fin de ces vexa{tions ?.
Le cadi, devant lequel comparurent les prisonniers, leur fit subir un interrogatoire par l'intermédiaire d’un Ture qui parlait un peu italien. « Pourquoi, leur demanda:t-1il, n’'ètes-vous pas sortis de votre maison, comme je vous l'avais commandé? pourquoi avez-vous continué à dire la messe dans votre chapelle? —
1. Lettre du consul vénitien au Sénat, 14 mai 1633 (Venezia, Archiv. di Stato, Disp.
d'Aleppo,/n. 3, fol. 146).
2. Lettre du P. d'Aultry au P. Général, 20 sept. 1633 (Miss. Const., t. I,1n. 154),
publiée par Rabbath, op. cûf., t. II, p. 485 et suiv.
Le Père répondit qu'ils étaient sortis de la maison comme on le leur avait commandé, et qu’ils y étaient retournés sur l’ordre de leur consul. Quant à la chapelle, ils ne s’en étaient pas servis depuis qu’on l'avait dégarnie. — « J'ai des témoignages du con- traire, repartit le juge, et d’autres prêtres sont venus dire la messe chez vous. » Un capucin et un carme avaient, en effet, célébré Le Saint Sacrifice à la résidence de la Compagnie, le jour de la fête de saint Ignace, non dans la chapelle, il est vrai, mais dans un magasin qui servit à cet usage tant que dura la persécution. Après l’interrogatoire, le P. Queyrot et le F. Béchesne furent menés à la prison publique, où ils restèrent jusqu’au jeudi dans l'après-midi, traités avec respect, même de cette tourbe d’infidèles que leurs méfaits avaient conduits en ce lieu.
Cependant le bacha gouverneur d’Alep ayant appris l'incarcération des deux Jésuites, voulut prendre lui-même connaissance de la cause et les fit comparaitre devant lui le mardi, troisième jour de leur emprisonnement. Ils les interrogea sur les deux points précités et reçut la même réponse. IL manda ensuite le cadi pour avoir des éclaircissements, puis il renvoya les inculpés en prison. Le consul de France, venu pour plaider en leur faveur, ne put obtenir leur mise en liberté. Le jeudi suivant, les prisonniers furent conduits par ordre du bacha chez le mutasellem, son lieutenant. M. Contour se porta caution pour le F. Béchesne déjà malade, obtint de l’emmener dans sa maison où se trouvait le P. Maniglier, et lefit traiter avec beaucoup de soin?. Le 27 août, après le départ du bacha et de son lieutenant, le P. Queyrot qui jouissait chez ce dernier d’une liberté de. se vit étroitement renfermé dans une petite cellule obscure et sans air.
Les marchands français, d'accord avec leur consul, résolurent alors d’interdire sous peine d'une forte amende les magasins d’un certain fermier soupconné d'avoir dénoncé les Pères. C’est le seul moyen auquel les Européens peuvent recourir dans ce pays, pour mettre un frein à la rapacité des Turcs et des Juifst. Les Vénitiens et Anglais prirent la même mesure. Contraint d’en venir à un accommodement, le cadi consentit au retour des Pères dans leur maison, pourvu qu'on se montrât reconnaïssant, et il se contenta de quatre cents piastres. IL en fallut trois cents autres