Ibidem
sence de M# le cardinal de Richelieu par nous soussignés!. »
Le P. Maillan, confesseur du roi, et le P. Louis de La Salle, supérieur de la maison professe, crurent pouvoir donner leur signature comme représentants de la Compagnie. C'était beaucoup de condescendance, et le P. Général s’en montra surpris. Vitelleschi aurait désiré que les Jésuites s’abstinssent dans une cause réservée au Souverain Pontife, persuadé qu’on ne pourrait leur reprocher cet acte de-déférence envers l'autorité suprême. Il craignait aussi que les termes de la déclaration ne fussent désapprouvés par le Saint-Siège?. A ces reprochés, à ces craintes, les Jésuites parisiens répondirent par la plume du P. Binet: « Nous avons cédé aux instances de Richelieu et des évêques et à la prière du P. Général des Dominicains qui a souscrit le premier. Quant à la signature des PP. Maillan et de La Salle, elle n’a été donnée qu'avec l’assentiment du nonce... La refuser aurait été, d’après l'opinion d'un grave personnage, nous exposer aux pires malheurs, voire au bannissement 5. » Mais, comme l'avait bien prévu Vitelleschi, ces raisons ne purent convaincre Urbain VIII. Le Pape se montra très mécontent de la démarche des réguliers. Ils ne devaient pas, d’eux-mêmes, soumettre à la discrétion de l’Ordinaire des pouvoirs qu'ils tenaient du Saint-Siège.
Les évêques au contraire parurent d’abord satisfaits, Au nom de ceux qui étaient présents à Paris, les agents généraux du clergé envoyèrent la déclaration à tous les prélats du royaume, en y joignant une circulaire dans laquelle ils louaient le cardinal de Richelieu d’avoir par une habile solution terminé un grave conflit.
« Monseigneur, disaient-ils, sur les difficultez que quelques
1. Collection des Procès-verbaux des Assemblées Générales du Clergé, t. TIX, pièces justificatives, p. 79. Les négociations furent longues qui aboutirent à cette formule de déclaration. Nous apprenons en effet par la correspondance du P. Général que dès la fin d'avril ou le commencement de mai 1632 une déclaration du mème genre avait été présentée par Richelieu à la signature des réguliers, Une copie en avait été remise au P. Maillan pour la faire signer par les Supérieurs Jésuites des maisons de Paris; l’autre au P. Joseph, destinée aux Supérieurs des autres Ordres. Les PP. Maillan, de La Salle, Binet et plusieurs autres donnèrent leurs signatures, comme l’affirme une lettre du P. Binet du 11 mai 1632. Nous n'avons pas retrouvé la formule alors signée mais on peut la croire analogue à celle du 19 février 1633, puisque, entre les deux dates, le but poursuivi par Richelieu n’a pas changé. M. Fagniez (op. Cüit., p. 33-36) ignorant que les Jésuites avaient signé en avril 1632 leur suppose dans toute cette affaire un rôle assez louche qu'ils n'ont certainement pas joué.
2. Lettre du P. Général au P. de La Salle, 2 juin 1633 (Francia, Epist. Gen. t. V).
3. Lettre du P. Binet au P. Général, 4 juillet 1633 (Francia, Epist. ad Gen., t. 1).
Religieux ont faicles depuis peu de temps en divers diocèses de subir notre examen pour prendre la licence et approbation de prescher et confesser : Nous avons fait plusieurs assemblées pour tascher d’y apporter doucement et charitablement les remèdes nécessaires; mais comme il sembloit qu'il y eust moins d’espérance de les porter tous à une mesme résolution, il a pleu à Monseigneur le Cardinal Duc de Richelieu d’en prendre le soin et les réduire à donner la Déclaration que vous verrez, par laquelle ils reconnoissent ne pouvoir prescher ny confesser, sans qu'après avoir subi nostre examen ils ayent nostre licence et approbation, lesquelles nous leur donnerons ainsi quand nous le jugerons à propos pour le salut des âmes. Ne pouvant taire sans ingratitude l'obligation que nous avons à Mondit Seigneur le Cardinal lequel estant occupé, comme vous sçavez, dans les affaires les plus importantes de la Chrestienté, à néanmoins voulu se donner le loisir de s'appliquer et employer son zèle à mettre fin à toutes ces difficultéz qui eussent peu à l’advenir causer beaucoup de troubles en l’Église de Dieu. Nous vous envoyons la Déclaration présentée par les Religieux, vous suppliant de vouloir aux occasions vous servir d'eux et les employer. dans votre diocèse comme personnes dont la piété et capacité ne peut estre que très utile à l'Église 1... »
Touchant appel à la concorde et qui méritait d'être entendu. Mais bientôt, par leurs exigences, leurs abus de pouvoir, certains évêques semblèrent prendre à cœur de montrer combien Rome était sage de donner aux religieux une raisonnable indépendance. Urbain VIII soutint les Capucins qui ne voulaient rien abdiquer de la leur?, et sur son conseil, le P. Général engagea les provinciaux et les supérieurs de la Compagnie à sauvegarder énergiquement ses prérogatives. Le P. Jean Vidal, recteur du collège d'Angoulême, ayant cédé aux injonctions de l’évêque, Antoine de La Rochefoucauld, sous prétexte que les autres familles religieuses s’y étaient soumises, le P. Provincial d’Aquitaine déclara par écrit qu'il avait agi contre ses intentions. De son côté Vitelleschi exhorta le Recteur à mieux défendre désormais des privilèges qu'on ne pouvait pas abandonner sans l'agrément du Souverain Pontife. « C'est l'usage et la pratique, lui dit-il, que nous avons toujours suivis en France. Personne
1. Circulaire des Agents Généraux du clergé, 1633 (Bibl. Sainte-Geneviève, ms 366, f. 250 v).