ORIGINES DU JANSÉNISME ET. NOUVELLES QUERELLES RELIGIEUSES
Sommaire : 1. Débuts de Saint-Cyran. — 2. Port-Royal, l’Institut du Saint- Sacrement et le Chapelet secret. — 3. Influence et doctrine pernicieuse de Saint-Cyran. — 4. Energie. et prudence de Richelieu. — 5. Témoignage de Zamet, évêque de Langres. — 6. L’Augustinus. — 7. Son apparition en France. — 8. Visées ambitieuses de Richelieu; sa brouille avec Rome. — 9. L’Optatus Gallus et le P. Rabardeau. — 10. L'Assemblée extraordinaire du
clergé de 1641. — 11. Les livres des Jésuites Bauny et Cellot.
Sources manuscrties : I. Recueils de documents conservés dans la Compagnie : a) Epistolae Generalium ad externos; — b) Francia, Epistolae Generalium. II. Archives de la Province de France, Recueil de lettres adressées au P. Petau. IIT. Roma, Bibliotheca. Vaticana, Barberini latino, 8100, 8103, 8119, 8180, 8228, 8248. IV. Roma, Archivio Vaticano, Barberini, XXXIX; — Nunziatura di Francia, n. 86, 87, 90. V. Paris, Bibliothèque nationale, mss. latins, 13137, 13138; — ms. fr.,13893 ; — coll. Dupuy,
Sources imprimées : Mémoires de la Mère Angélique Arnauld. — 'Faugère, Lettres de la Mère Agnès Arnauld. — Lettres de Jansénius. — Mémoires de M. de Montchal. — Relation sur l'establissement des Filles du Saint-Sacrement. — Cornelii Jansenii episcopi Tprensis Augustinus. — Cellot, S. J., De Hierarchia et Hierarchis. — Collection des Procès-Verbaux des assemblées générales du Clergé de France. — D'Argentré, Collectio Judiciorum. — Avenel, Lettres du cardinal de Richelieu. — Annales des soi-disans Jé
suites. — Dupleix, Histoire de Louis-le-Juste.— Griffet, Histoire du règne de Louis XIII. — D’Avrigny, Mémoires chronologiques et dogmatiques. — Rapin, Histoire du Jansénisme.— Lafitau, Histoire de la Constitution « Unigenitus ». — Jager, Histoire de l’église cathotique en France, t. XVII. — A. de Becdelièvre, Jansénisme, dans le Dictionnaire d'apologétique, t.II. — Sainte-Beuve, Port-Royal. — Fuzet, Les Jansénistes du XVII® siècle. — Ricard, Les premiers Jansénistes et Port-Royal. — Perrens, L'Eglise et l'Etat. — Fagniez, Le P. Joseph et Richelieu. — Prunel, Sébastien Zamet, sa vie, ses œuvres. — Bremond, Histoire littéraire du sentiment religieux en France, t. IV. — Y. de La Brière, Le Jansénisme et Jansénius dans Recherches de science religieuse, t. VII, 1916. — J. Brucker, Lettres inédites de Saint-Cyran dans Recherches de science religieuse, t. III, 14912, et 1V,19143. — Jean Laporte, La doctrine de Port-Royal, t. 1.
1. Nous touchons à la fin de la carrière de Richelieu. Or dans le domaine des affaires religieuses trois événements ont marqué cette période extrème de la vie du grand ministre : la naissance du Jansénisme; une brouille avec Rome: l'assemblée extraordinaire du clergé de 1641. Bien que tous les trois aient été souvent
traités par les historiens, ils intéressent trop la Compagnie pour que nous nous abstenions d'y revenir.
Cornélius Jansénius était né en Hollande en 1585. Après avoir étudié les belles-lettres au collège de Saint-Jérôme à Utrecht, il vint suivre les cours de l’Université de Louvain. C'était l’époque où le chancelier Janssen interprétait les œuvres de saint Augustin, tandis que Jacques Baïus ressuscitait les doctrines de son oncle, combattues par Bellarmin et Tolet et condamnées par le Saint- Siège. Le jeune homme eut de fréquents rapports avec Les Jésuites qui avaient un collège dans la ville. Il sollicita même son entrée dans leur Compagnie; mais ils le refusèrent à cause de son humeur et de sa santé; et il en conçut un profond dépit!. Au même temps, croit-on, il fit la connaissance d’un Français, de leurs élèves, Jean Du Vergier de Hauranne?, né à Bayorne en 1581. Les deux jeunes étudiants se prirent d'enthousiasme pour le docteur d'Hippone et d'aversion pour les théories scolastiques : ce qui n'empêcha pas cependant Du Vergier, à la fin de ses études, de soutenir ses thèses « à la manière des Jésuites ». Dans l'Épitre dédicatoire à Bertrand d’Eschaux, alors évêque de Bayonne, il remercie ce prélat d’avoir « choisi pour le former aux grandes sciences la Flandre, dans la Flandre Louvain, et dans Louvain le collège des Pères Jésuites». Il ajoute «que c’est dans ces sources si riches et si abondantes qu'il a puisé ce qu'il y a de pur et de solide dans les études, et qu’il serait le plus ingrat de tous les hommes s’il n'avait bien de la reconnaissance du secours qu'il a tiré d'eux; qu’il ne l’oubliera jamais pendant qu'il vivra, assurant qu'il les regardera toujours comme des gens qu'il honore de sa bienveillance et auxquels il était obligé ? ».
De retour à Bayonne, Du Vergier appela près de lui Jansénius pour donner suite à un vaste projet qu’ils avaient conçu à Louvain et qui devint alors l’unique objet de leurs travaux et de leurs veilles. On les vit se livrer à des recherches qui ne pouvaient avoir d'autre but que la composition de quelque grand ouvrage. Les conciles, l’histoire ecclésiastique, les Pères de l'Église, saint Augustin surtout, étaient sans cesse entre leurs mains. L'évêque applaudit à cette ardeur studieuse et voulut leur en témoigner sa satisfaction. Du Vergier fut pourvu d'un canonicat dans la