‹ Histoire de la Compagnie de J©♭sus en France (volume 3)Chapitre 300 sur 375 · Rapin, op. cût., p · texte numérisé non relu

Rapin, op. cût., p

Fidèles aux principes de leur directeur, les religieuses de Port- Royal en arrivèrent peu à peu à s'éloigner des sacrements. « Il y a déjà assez longtemps, lui écrivait Sœur Marguerite de la Trinité, que toutes les fois qu'il me faut communier, je me trouve dans une si grande peine que je ne vous le puis exprimer, particulièrement depuis votre dernier sermon. Pour vous. dire le sujet de cette peine, c'est que je suis fort en doute d’avoir fait une pénitence que vous dites de la manière qu’elle devait être faite pour se mettre en disposition de recevoir le sacrement de la grâce perdue. » La Mère Agnès de Saint-Paul assure « qu'elle pense avoir le cœur endurei, n'ayant aucun sentiment de contrition ni d'humiliation de se voir privée des sacrements, et qu'elle passerait bien sa vie comme cela sans s’en mettre en peine. » Une autre écrivait le 7 mai 1638 : « Mon esprit se perd dans la proposition que vous m'avez faite de communier: ce mystère, par la privation que j'en ai portée, m'est devenu terrible et je ne puis comprendre que je sois rappelée à cette divine communication. Je vous supplie très humblement, mon Père, de me laisser dans la pénitence jusques au jour de l'Assomption!. »

Saint-Cyran pouvait désormais compter sur une congrégation de femmes pour propager ses opinions; il jugea utile de fonder à côté d'elle une association d'hommes, de solitaires, qui, dégagés de tous vœux, renonceraient aux emplois civils pour se consacrer uniquement à l'étude. Grâce à l’ascendant que la Mère Angélique exercait sur les siens, plusieurs membres de sa famille se donnèrent à lui. Antoine Le Maiïstre, célèbre avocat de Paris et conseiller d'Etat à vingt-huit ans, accourut le premier :se placer sous sa direction. Il se retira avec un de ses frères, M. de Séricourt, dans un petit logis que leur mère avait fait bâtir près du monastère de Port-Royal. Deux jeunes prêtres distingués par leur talents, Claude Lancelot et Antoine Singlin, vinrent peu après partager leur retraite.

4. Yavait-il donc en Du Vergier de Hauranne une puissance de séduction? Il faut le croire, puisque Richelieu même la subit quelque temps, et, reconnaissant en lui « un don d'autorité morale extraordinaire? », voulut d’abord se l’attacher comme un auxiliaire de mérite. Le P. Joseph aussi se laissa prendre, au point de

Page 1