Fagniez, op. cit.,t. Il, p
lui confier la direction des Filles du Calvaire; mais à la façon dont sa propre méthode de vie intérieure fut incontinent décriée et du changement opéré dans l’esprit des religieuses, il s’aperçut bientôt qu'il avait introduit le loup dans la bergerie. Et ce singulier directeur fut congédié poliment. Partout où dominait M. de Saint-Cyran on ne parlait plus que de la primitive Église, des canons des conciles, des coutumes des premiers chrétiens, des Pères et surtout de saint Augustin. A ces indices Richelieu prévit la naissance et le danger d’une nouvelle secte. « Saint-Cyran est basque, dit-il au P. Joseph, il a les entrailles chaudes et ardentes par tempérament; cette ardeur, excessive d'elle-même, lui fait des vapeurs dont se forment ses imaginations mélancoliques et ses rêveries creuses, qu'il regarde après avec des reflexions de spéculatifcomme des lumières inspirées, et il fait de ces rêveries-là des oracles et des mystères!. » Le cardinal déjà prévenu contre lui à cause de son étroite liaison avec Jansénius, l’auteur du Mars Gallècus, le tint de plus en plus en observation. Il connut par Zamet la conduite suspecte du directeur de Port-Royal?; il blâma ouvertement sa doctrine sur l'insuffisance de l’attrition et sur la nécessité de l'amour dans la contrition, doctrine qui n'allait à rien moins qu'à éloigner du confessionnal la plupart des pénitents. De divers côtés il apprit certaines paroles échappées à Saint-Cyran et qui sentaient l’hérésie. « Dieu, dit-il un jour, m’a donné et me donne de grandes lumières; il m'a fait connaître que depuis cinq ou six cents anslil n'y a plus d'Église. Avant, cette Église était comme un grand fleuve qui avait des eaux claires; mais maintenant ce qui semble l'Église n’est plus que de la bourbe. Le lit de cette rivière est encore le même, mais ce ne sont plus les mêmes eaux. » Comme son interlocuteur lui représentait que Calvin et tous les hérétiques avaient pris ce prétexte pour établir leurs erreurs : « Calvin, répondit-il, n'avait pas une si mauvaise cause, mais il l'a mal défendue : Bene sensit, male locutus est. » Un autre jour que Saint-Cyran soutenait une doctrine condamnée par le concile de Trente, Vincent de Paul lui dit : « Vous allez trop avant, Monsieur! Quoi! Voulez-vous que je croie plutôt à un docteur particulier comme vous qu’à toute l’Église qui est la colonne de la vérité? — Ne me parlez pas du concile de Trente, repartit Saint-Cyran : c'était un concile du pape et des scolastiques, où il n'y avait que brigues et cabales. » Sous l'empire d’une admiration