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nius saluaient à l'avance comme un chef-d'œuvre, et le mystère dont s’entourait le commentateur de l'évêque d’Hippone avaient excité au plus haut point la curiosité publique. « Plusieurs ‘personnes distinguées par leur piété et leur érudition, séculiers et réguliers, dit Libert Fromond, l'avaient aiguillonné au travail, de peur que, si la mort abrégeait ses Jours, le livre ne restât inachevé, comme la Vénus d’Apelle, personne n’osant rien ajouter à l’œuvre du maître !. » On se hâta donc de livrer à l’impression un traité théologique si impatiemment attendu. Déjà les bonnes feuilles sortaient de la presse, quand les Jésuites de Belgique, parvenant à se les procurer, découvrirent le venin de la doctrine, et dénoncèrent l'ouvrage à l'internonce pontifical, Paul Richard Stranius. S'appuyant sur les décrets de Paul V et d'Urbaïin VIII qui défendaient de rien publier sur les matières de la grâce sans la permission du Saint-Siège, ils demandèrent la suppression de l’'Auqgustinus avant qu'il fût mis en vente. Les partisans de l’auteur ne virent dans ce zèle pour les intérêts de l’Église qu'une manœuvre d’amour-propre, le désir de se débarrasser sans combat d’un ennemi redoutable, et ils ne tinrent compte d'aucune défense. Malgré les injonctions de Rome le livre parut en 1640 dédié au cardinal Infant, gouverneur des Pays-Bas, et approuvé par les censeurs de l’Université de Louvain « comme contenant la pure doctrine de l’évêque d'Hippone, confirmée par le jugement infaillible de l'Église ? ».
Développer les sentiments soutenus par le docteur de la grâce contre les Pélagiens et les prêtres de Marseille, et en faire un système raisonné et suivi, tel avait été le but de Jansénius, D'après lui, le point capital de la doctrine de saint Augustin c'est que, depuis la chute d'Adam, le plaisir est Le seul ressort qui nous fait agir; quand il procède de la grâce, 1l porte à la vertu; s'il naît de la cupidité, il incline an vice. Comme ce plaisir est inévitable et invincible, la volonté de l’homme se trouve nécessairement déterminée à le suivre, #ahir sua quemque voluptas. En sorte que nous sommes nécessairement sollicités à faire le bien ou le mal : le bien, lorsque c’est la grâce qui prédomine en nous; le mal, lorsque c’est la cupidité qui y prévaut 3. Le principe ainsi formulé est l'idée-mère de l’Augustinus et les
1. Synopsis vitae auctoris, au début de l'Augustinus. — « Cette Vénus est un peu forte, observe Sainte-Beuve, et nos doctes Flamands ne Sembleront sans doute pas juges très compétents en ce genre de grâces. » (T. IL, p. 98.)
2. Rapin, op. cil., p. 415-416. — D'Avrigny, op. cit. t. IL, p. 144. 3. Lafitau, Hüsfoire de la Constitution « Unigenitus », & I, p. 4.
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diverses parties de l'ouvrage en découlent comme autant de corollaires :; lé tout mène logiquement à la négation de la liberté morale !.
Mais Jansénius ne renversait pas seulement le libre arbitre; il s'érigeait en contempteur de la tradition. Il ne voulait s'attacher qu'à saint Augustin, parce que, disait-il, « avant ce Père le mystère de la grâce étoit enveloppé d’épaisses ténèbres et que les Grecs ont donné dans les erreurs d’Origène, le père du Pélagianisme ». Et il lui paraissait maintenant « d'autant plus nécessaire de donner un nouveau jour à ces vérités saintes » enselgnées par l’évêque d'Hippone, « qu'elles étoient retombées dans l’abyme d’où [celui-ci] les avoit tirées, et que depuis cinq cens ans l'Église presque entière les ignoroïit ». Aïnsi, selon Jansénius, « tous les Pasteurs et les Docteurs ont erré, malgré les promesses, l’espace de sept à huit siècles, dans des points essentiels de la foi * ».
L'Augustinus se compose de trois parties divisées en plusieurs livres dans lesquels l’auteur traite de la grâce, du libre arbitre, du péché originel et de la prédestination. La première partie con-
sacrée à l'histoire des Pélagiens est une virulente satire contre les Jésuites qu’il avait en vue sous le nom de ces hérétiques *. Il me semble, écrivait-il à Saint-Cyran, que dans le dernier livre j'ai bien donné sur les doigts aux Jésuites et qu'il leur sera bien difficile de se défendre de certaines choses que je leur impute : je voudrois que vous eussiez tout Vu *. »
7. De Louvain l'Augustinus passa en France où l’abbé de Saint- Cyran avait préparé ses disciples à lui faire bon accueil. Mais «la crainte du cardinal de Richelieu qui avoit tant d'opposition. à cette nouveauté » les génait. « Ce ne fut qu'avec de grandes précautions » qu'on imprima l'ouvrage « et les docteurs qui l’approuvèrent étaient si peu considérables qu'on ne fit pas de réflexion en Sorbonne à leur approbation? ». Le Père Jésuite Tiphaine, ayant pris connaissance du livre dès son apparition, pressa le P. Petau de réfuter Jansénius. « Une bonne plume comme la vôtre, lui écrivai-il, maniée par le bon esprit et les
1. Le P. Y. de La Brière a donné un très clair exposé de la doctrine de l'Augustinus dans les Recherches de science religieuse, t. VIH, mai-septembre 1916, Le Jansénisme et Jansénius, étude critique sur les « cinq propositions ».