Taunton, p. 412. — Cordara, n
caient à jouir de quelque repos, et le P. Général de la Compagnie de Jésus profitait de cette accalmie pour constituer en Province, sous le gouvernement du P. Richard Blount, la Vice-Province d'Angleterre établie depuis 1619 !. Après beaucoup d’hésitations — car plusieurs cardinaux bien renseignés étaient d’un avis contraire — le Souverain Pontife crut que l’on pouvait sans inconvénient, non pas rétablir la hiérarchie en Angleterre, mais y envoyer un représentant apostolique qui ramènerait peu à peu dans ce pays la forme de gouvernement usitée dans les pays catholiques. William Bishop, docteur de Sorbonne, fut choisi et envoyé comme évèque en 1623. Toutefois, pour ne pas froisser les prélats hétérodoxes, on ne lui donna point le titre d’une église d'Angleterre, mais celui de Chalcédoine, ancien siège de l'Asie Mineure. De plus, on ne lui accorde que des pouvoirs délégués et révocables à volonté, comme ceux attribués aux Vicaires Apostoliques {x partibus infidelium. Le nonce du Saint-Siège à Paris devait juger en appel toutes les affaires litigieuses ?. A peine débarqué en Angleterre, William Bishop, mal informé ou prévenu à l'égard des Jésuites, leur montra peu de bienveillance. A la première visite que lui fait le P. Blount, il se plaint que la Compagnie ait accaparé la direction des deux séminaires de la nation, à Rome et en Espagne, et ne cache point qu'il fera tous ses efforts pour la leur enlever*. Un autre jour, il fait appeler le P. Provincial et l'engage à se rendre en France afin d’y traiter à l'amiable avec le nonce du Pape et plusieurs représentants du clergé Anglais, le différend survenu entre les religieux et les prêtres séculiers. Le P. Blount, fort surpris, répond qu'il n'existe entre eux aucun sujet de discorde et que la paix durera toujours si l’évêque ne la trouble point par quelque nouveauté; il prie donc le prélat de ne pas insister, ajoutant ne pouvoir sans l'ordre du Général sortir des limites de sa Province. La chose en reste là; mais, par plus d’un projet vexatoire, William Bishop montrait assez son intention de contraindre les religieux de la Compagnie à quitter la place. Déjà certains membres du clergé se vantaient ouvertement que bientôt, grâce aux mesures épiscopales, il ne resterait plus aucun Jésuite en Angleterre. Mais ce fut l'évêque de Chalcédoine qui disparut le premier. Au lieu 1. Cordara, Hist. Soc. Jesu,P. VI, 1. VIII, n. 64. — Letters and notices, t. VIIF, 2, p. 344, 407. The erection of the vice-province of England snto province.
2. « Initium el origo controversiae » (Anglia, Hist. Prov., t. III, f. 366, 367). — Dupin, Hist. ecclés. du XVIF $., t. I, p. 469. — Cordara, n. 70.
d'agir avec la réserve et la prudence que le Saint-Siège lui avait recommandées, il souleva contre lui par des innovations maladroites le roi, le Parlement, l’épiscopat hétérodoxe et presque toute la nation. Aussitôt après la rupture des négociations entreprises pour le mariage du prince de Galles, un édit parut à Londres contre les catholiques et leur évêque. Forcé de changer continuellement de demeure pour échapper à ses ennemis, et victime d'une nouvelle persécution dont il était en partie la cause, William Bishop succomba le 16 avril 162% à la fatigue et
au chagrin, après huit mois seulement de séjour en Angleterre,
6. Richard Smith y fut envoyé à sa place par le Pape Urbain VIII, avec le même titre et les mêmes pouvoirs. C'était un homme doué de belles qualités, mais très autoritaire et ne souffrant aucune contradiction. Maitre de controverse à la Sorbonne quand Richelieu y étudiait, il avait eu pour élève le futur cardinal, maintenant son protecteur. Comme il reçut sa mission du Saint-Siège au moment où se tenait l'assemblée générale du clergé de 1625, il partit pour l'Angleterre l'esprit imbu des maximes gallicanes et plein des mesures de réforme proposées contre les religieux !, Il existait cependant une grande différence entre les églises des deux pays. « En France, les évêques défendaient une hiérarchie, parfaitement établie et une juridiction qui jouissait de la plénitude de son exercice... En Angleterre, au contraire, rien n’était debout; tout avait été bouleversé, on ne vivait que d’expédients et les plus heureux étaient ceux qui étaient moins remarqués. C’est ce que l'évêque de Chalcédoine ne sut pas comprendre?. »
Quoi qu'il en soit, les débuts de Richard Smith furent satisfaisants. Une année s’écoula dans une entière concorde, le prélat se montrant assez Sage pour céder aux malheurs du temps. La persécution, en effet, continuait de sévir. L'intervention de Louis XIII en faveur des catholiques et les démarches de son ambassadeur restaient sans résultat. La jeune reine Henriette, malgré les conventions les plus formelles, était dénuée de tout secours religieux et jetait ce cri de détresse vers le P. Suffren :
« Mon Père, je vous en supplie, priez Dieu pour moi. Vous
1. Rapin, Hist. du Jansénisme, p. 2121. — Cordara, n.71.-— Taunton, p. 412. — Anglia, Hist. Prov. Litterae annuae 1624.