Cardevacque, op. cût., p
5. Lettre de Scotti au card. Spada, 19 sept. 1640-(Archiv. Vat., Nunz. di Francia, n. 421, fol. 86).
Les habitants d'Arras, au dire de Richelieu, passaient pour plus Espagnols que les Castillans mêmes, et les Pères de la Compagnie, par suite d'un incessant contact avec la population, partageaient ses sentiments hostiles à la France. Il ne faut donc pas s'étonner de leur répugnance à prêter le serment de fidélité, bien que, de l’avis du P. Général, il ne renfermât rien de contraire à l’honneur et à la conscience!. Tandis que tous les autres religieux d’Arras s’y soumirent sans peine, les Jésuites Flamands firent des difficultés et, par leur conduite, indisposèrent le gouverneur : il fallut, l'intervention du P. Dinet auprès du roi pour empêcher leur expulsion ?. L’ambassadeur de France à Rome se plaignit aussi d'eux à Urbain VIII; mais le pape les excusa en répondant qu'ils avaient seulement voulu s'assurer qu'on pouvait en conscience prêter le serment imposé?.
Dans le courant de l’année 1641, l’ancien Recteur, le P. Pennequin, fut remplacé par un vice-recteur français, le P. André Castillon. IL y avait alors au collège vingt-deux religieux de nationalités différentes (quatorze prêtres, deux scolastiques, six frères coadjuteurs) et deux cents élèvesi. L'année suivante on ajouta aux trois classes de lettres un cours de cas de conscience ; ii fut fréquenté par un très grand nombre d’auditeurs, parmi lesquels plusieurs curés, l’abbé élu de Saint-Vaast et la plupart des membres du conseil souverain d'Artois.
Deux ans après la prise d'Arras, Perpignan tombait à son tour au pouvoir des Français, le 29 août 1642. Cette ville possédait depuis 1601 une résidence de la Compagnie, dépendante de la province d'Aragon et qu'on espérait changer un jour en collège. Onufre Réart, évêque d’Elnef, avait été l’âme de cette entreprise. C’est lui qui appela les Jésuites espagnols dans Perpignan; il leur acheta une habitation et les entretint quelque temps à ses frais. Bientôt connus par leurs divers ministères, qu'ils exerçaient dans leur chapelle dédiée à Saint-Laurent, par leurs prédications dans la ville, par leur excursions apostoliques dans les environs et « jusque sur les hauts pasquiers du Canigou », les Pères « étaient accueillis partout avec enthousiasme? ». Des aumônes
1. Lettre du P. Général au P. Pennequin, 27 août 1639, à propos d’un serment semblable (Gallo-Belg., Epist. Gen.),
. Lettre du P. Général au P. Le Pessier, 1°" nov. 1642 (1bidem).
- Lettre de Barberini à Scotti, 29 déc. 1640 (Archiv. Vat., n. 87, fol. 53). . Litt. ann. 1641 (Franciae historia, t. IV, n. 45).
- Litt. ann. 1642 (Ibidem, n. 48).
. Petite ville voisine de Perpignan et alors siège de l'évêché. . Ph. Torreilles, Le collège de Perpignan, p. 9 et suiv.
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leur arrivèrent. En 1616 un noble Roussillonnais, Jacques Puigmitja, ayant légué ses biens pour des œuvres pies, sans spécifier lesquelles, l'évêque fit en sorte que, sur la demande de Philippe III, le pape transférât aux Jésuites une partie de cet héritage. Il leur procura ainsi de quinze à seize mille livres de rente; puis, en 1620, il obtint du roi d’Espagne des lettres patentes autorisant le changement de la résidence en collège. Mais Les circonstances n'étaient pas favorables, et pendant une vingtaine d'années les exercices littéraires, d’ailleurs en décadence, restèrent aux mains des maitres séculiers!. À la fin de 1642 les consuls cédèrent aux Jésuites d'Aragon le monopole de l'instruction publique et ceux-ci commencèrent à enseigner, mais en catalan, ce qui rendait difficile la collaboration des Pères Français; aussi les catalogues n’indiquent-ils que pour une année leur présence à Perpignan. Cet état de choses se prolongea jusqu’à la paix des Pyrénées qui consacra l'annexion définitive du Roussillon à la France. Lorsque les consuls songèrent, en 1660, à réorganiser leur collège, ils le rattachèrent à la province de Toulouse et y appelèrent des religieux d’origine française*?. Louis XIV par ses lettres patentes du 10 août 1661, décida comme « non seulement convenable mais aussi avantageux à la jeunesse... que les exercices qui s'étaient faits jusque-là en la manière qui se pratique en Espagne... seraient faits à l’avenir selon l’usage de France* ».
5. Quelques jours après la prise de la capitale du Roussillon,
Richelieu écrivait à Louis XIII : « Sire, vos ennemis sont morts et vos armes sont dans Pergignan“. » Ces ennemis, plutôt du cardinal que du roi, c’étaient Cinq-Mars et de Thou dont les têtes venaient de tomber sous la hache du bourreau, à Lyon, le 12 septembre 1642. Par l'arrêt prononcé contre eux ils avaient été déclarés atteints et convaincus de crime de lèse-majesté : le premier « pour les conspirations et entreprises, proditions,
1. Lettre du P. Fabri au P. Jouvancy sur les origines de la maison de Perpignan (Tolosana, Fundationes collegiorum, t. I, n. 143). Cf. Torreilles, p. 12 et suiv. L'auteur utilise l’Historia de la résidencia y collegio do Perpignan el año 1601 osta 1614, mémoire composé par un Jésuite et confirmé par d’autres documents contemporains et indépendants.
2. Litterae annuae 1660 (Tolos. prov. hist., t. 1640-1762, n. 20).
3. Patentes de Louis XIV, 10 août 1661 (Tolos., Fund. colleg., t. IT, n. 113).
4. Ce sont les termes rapportés par le P. Griffet (op. cit., p. 545); le texte de Richelieu publié par Avenel est un peu différent mais avec le même sens (Lettre de Richelieu, t. VII, p. 129).
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ligues et traitez faites par luy avec les estrangers contre l’Estat » ; le second « pour avoir eu connaissance et participation des dites conspirations ! » sans en avoir averti le roi. « Leur courage, dit Le Mercure françois, ne trembla point dans les approches de la mort; ils la méprisèrent tous deux quand ils l’eurent envisagée, et sembla mesme qu'ils ne fussent compagnons de supplice que pour s’exciter réciproquement à le soufitir avec courage et sans murmurer contre la Providence divine, ny contre l'autorité par laquelle ïls estoient punis?, » Ils furent assistés à leurs, derniers moments par deux Jésuites, le P. Malavalette et le P. Mambrun*.
Henri marquis de Cinq-Mars, fils du maréchal d’Effiat, favori de Louis XIII et grand écuyer, n'avait que vingt-deux ans; il était de belle figure, de grandes manières, d'un caractère léger et d’une ambition démesurée. François-Auguste de Thou, fils de l'historien, avait trente-cinq ans; doué de sentiments nobles et généreux, mais d’un esprit inquiet et agité, il était grand-maître de la librairie du roi et conseiller d'État. La sentence qui les condamnait l'un‘et l’autre à « avoir la teste tranchée sur un .eschafaut » ordonnait en outre que le plus coupable « seroit appliqué à la question ordinaire pour avoir plus ample révéla tion de ses complices ». Après la lecture de l'arrêt de condamnation, les deux prisonniers remis entre les mains du sieur Thomé, grand prévôt de la maréchaussée du Lyonnais, demandèrent chacun leur confesseur.
Le P. Malavalette trouva M. de Cinq-Mars troublé par la crainte de la torture, et tâcha de le consoler. Il pria les commissaires qui devaient assister à ce supplice d’épargner au jeune seigneur des tourments si douloureux. Ceux-ci lui avouèrent en secret que M. le Grand — ainsi appelait-on le grand-écuyer — ne subirait pas la question et qu’il y serait seulement présenté pour garder les formes de la justice. Le Père s’approcha de M. de Cinq-Mars et lui dit : « Etes-vous capable d’un secret important? — Mon Père, répondit-il, je vous prie de croire que je n’ai jamais été infidèle à personne. — Eh bien! reprit le Père, je puis vous
1. Procez de MM. de Cinq-Mars et de Thou (4rchiv. cur. de l'Hist. de France, DS RÉ: LAN) D. 316-317)