‹ Histoire de la Compagnie de J©♭sus en France (volume 3)Chapitre 332 sur 375 · MORT DU CARDINAL · texte numérisé non relu

MORT DU CARDINAL

Chartres, et fit prévenir le curé de Saint-Eustache, sa paroisse, de lui apporter le saint viatique. Avant de lui administrer l’extrême onction, le curé lui demanda s’il croyait tous les articles de la foi : « Tous sans exception, dit-il, et si j'avais mille vies, je les donne- Frais pour la foi et pour l’ Éslise: — Monseigneur, reprit le curé, pardonnez-vous à vos ennemis? — Je n’en ai jamais eu d’autres, répondit-il, que ceux de l’État!. »

Le mercredi, 3 décembre, les médecins ne eonservaient plus aucun espoir. Ils abandonnèrent le malade à un empirique qui prétendait le guérir. Le roi visita le cardinal une dernière foiset le quitta fort affligé. Aux évêques qui étaient dans sa chambre Richelieu ÉSpRra son ferme désir de supporter patiemment la douleur jusqu’à la fin ; il se recommandait à leurs prières d’une voix calme, avec un visage paisible. Philippe Cospéan, étonné d'une telle tranquillité, dit tout bas à ua ami : « Profecto, nimium me terret magna illa securitas! Voilà, je l’avoue, une assurance qui m'épouvante. » Le même jour, le P. Louis Le Mairat, supérieur de la maison professe, fut admis auprès du malade; il venait lui apporter des reliques et lui demander sa bénédiction pour toute la Compagnie. Richelieu, après s'en être défendu, consentit à donner sa bénédiction, et remercia le Père des reliques qu’il lui apportait?.

Dans la matinée du jeudi # décembre, vers onze heures, le cardinal éprouva une si grande faiblesse qu’on ne douta plus de sa fin prochaine. Un Carme déchaussé, le P. Léon, introduit par le maréchal de Brézé, avertit le malade que la mort approchait, lui fit baiser le crucifix et lui donna une dernière absolution. L'évêque nommé de Chartres récita les prières des agonisants. Elles étaient à peine commencées que Richelieu expira, vers midi. Il avait cinquante-sept ans et trois mois, l’âge de Henri IV. La dépouille mortelle demeura dix jours exposée dans la grande salle du Palais- Cardinal ; le 13 décembre elle fut transportée dans l’église de la Sorbonne où était préparé le tombeau du tout-puissant ministre?.

Il laissait quatre testaments. L'un, testament officiel, dicté à Narbonne quelques mois avant sa mort et dans lequel il distribuait ses dignités et ses richesses, ne concernait que sa famille

1. Griffet, p. 576. — D’après l’auteur de la lettre à Fontenay-Moreuil, Richelieu aurait dit simplement : « De tout mon cœur et comme je prie Dieu qu'il me pardonne. » (4rchiv. cur., p. 350.) Les deux versions ne se contredisent pas et peuvent se compléter.

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