‹ Histoire de la Compagnie de J©♭sus en France (volume 3)Chapitre 337 sur 375 · LE COEUR DE MARIE DE MÉDICIS À LA FLÈCHE · texte numérisé non relu

LE COEUR DE MARIE DE MÉDICIS À LA FLÈCHE

pour l'ouvrir ne paroissoil point, soit pour ce qu'il ne peust abborder à cause de la foule, ou autrement, il arriva par malheur que la procession attenditun long temps dans la rüe, tandis que d'autre costé les Jésuites du collège se tenoient dans l’église, revestus de surpellis, le cierge en main, tous les luminaires allumés, attendant avec impatience.

«Enfin, la porte ouverte, la procession estant entrée, le P. Le Mairat mettant le pié dans l'église, le P. Recteur du collège s’avance avec la croix et l’eau bénite, aiant à ses costés deux autres Pères députés pour l’assister en cette cérémonie, se présente pour recevoir le cœur avec tel honneur qu'il appartenoit, ainsy qu'il avoit esté convenu entre luy et ledit P. Le Mairat, et advise doulcement Messieurs de la Ville qu'ils ne fissent pas entrer le poësle dans l’église. Eux se croyans mesprisés par cest advis, et ja aigris de la longue attente à la porte, poussent brusquement, et levant trop hault le poësle l’accrochent et l'embarrassent avéc Le dessus de la porte; ce que voyant un des autres Pères leur crie qu'ils le baïssassent de peür de le rompre. Eux continuans de pousser, un autre Père mit la main à une des pantes du poësle pour obliger ceux qui le portoient à le baisser. Aïnsy il arriva que, l’un retenant et les autres avançans, la pante et la frange se trouvèrent quelque peu descousus et quelques ribans rompus. Ceux qui ne cherchoiïent que sujet de querelle, s’escrièrent que le poësle estoit déchiré, et, sans considérer davantage comme il en alloit, Monsieur le Maire s’emporta à crier plusieurs fois qu'il s’en plaindroit au Roy, présentant les poings au visage dudit Recteur; lequel, sans s’esmouvoir luy demanda ce qu’il vouloit faire et de quoy il se plaignoit. Le menu peuple entendant la clameur de leur chef fit incontinent une grande rumeur : et les uns criants que l’on rompoit le poësle, les autres que l’on desroboit le cœur de la Reyne, on se jette sur ces pauvres religieux, on leur porte le pistolet à la gorge, on deschire leur surpellis, on les pousse, on en fouille quelques-uns honteusement, leur imputant d’avoir caché le cœur en leurs chausses, on les frappe à coups de poings, on les outrage d'’injures... Cependant les autres s’escrioient dans la rüe que l’on tuoit les habitans dans l'église, dont plusieurs y entrèrent avec leurs armes, picques et mousquets. Ef, si un capi: taine, mieux advisé que les autres, n'eust mis la picque au travers. de la porte, menaçantle premier qui entreroit, il eust esté respandu

beaucoup de sang, veu la furie du peuple eschauffé et armé. COMPAGNIE DE JÉSUS. — T. V. 29

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« Dans ce tumulte, le cœur estant arrivé auprès de la chapelle ardente et ledit Recteur du collège voulant le rceevoir en cest endroict, pour n’avoir peu le faire à l'entrée de l’église, Monsieur le Curé qui avoit repris l’estole en la rüe et estoit entré en l'église sous le poësle, s’ingéra de luy vouloir obstinément donner le premier de l’eau béniste : entreprise qui n'estoit ni civile, ni raisonnable, ce devoir appartenant à celuy qui faisoit la cérémonie de réception et estoit chef de la maison en laquelle elle se faisoit, maison au reste privilégiée et exempte, en laquelle ledit curé n’a droict de faire aucune fonction. Néantmoins le Recteur, désirant éviter le scandale qui pouvoit arriver de la contestation, par modestie religieuse, céda à l’opiniastreté dudit sieur curé et le laissa faire comme s’il eust esté dans sa paroisse à recevoir le corps d’un de ses paroïissiens. Alors le P. Le Mairat commençant à parler présenta de la part de Sa Majesté au collège royal et à son église le cœur qu'il tenoit entre ses mains et asseuroit estre le vray cœur de la défuncte Reine mère, l'aiant veu luy-mesme tirer du coffre où estoit Le corps... Le Père Recteur le prenant avec un grand respect représenta briefvement les ressentimens que tous leurs cœurs avoient à la veüe du plus auguste cœur de la chrestienté, après celuy de l'incomparable monarque Henry le Grand, son très honoré seigneur et mary, et la reconnoissance des faveurs que le Roy continuoit de faire à son collège royal et à toute la Compagnie, et qu'il ne manqueroit pas de le mettre au lieu de son dernier repos, bien qu'à proprement parler il n’y en eust aucun plus convenable que leurs propres cœurs tousjours ardens à honorer sa glorieuse mémoire et à servir le Roy qu’ellea donné à la France, le plusgrand, le plus glorieux et Le plus vertueux monarque dela terre. Cela dit, il porte le cœur dans la chapelle ardente, le pose sur un carreau de velours noir à ce préparé et le couvre d’une couronne royale, tandis que la musique chantoit le De profundis et autres prières.

«Le lendemain matin tous les Pères du collège se rendent à l’église en surpellis et disent l'office des morts, suivi de la messe solennelle chantée par M. l'abbé du Loroux, et de la harangue funèbre prononcée par le P. Le Mercier, prédicateur ordinaire de ladite église : auquel service et harangue aucun des corps de la ville n’assista, bien qu’ils eussent auparavant promis de le faire; ains furent invités d'aller en la paroisse où se chanta une grande messe pour le repos de l’âme de la défuncte Reine par ledit sieur curé.

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