DERNIERS JOURS DE LOUIS XII
monde, ou de bouche ou par escrit, qu'il mouroit avec un extresme
desplaisir de ses omissions envers la feüe Reyne sa mère. » Il ajouta que les officiers et les serviteurs de la défunte qui n'avaient autre crime que le malheur de leur maîtresse, demandaient avec justice d’être payés de leurs gages et de leurs services, comme elle l’avoit ordonné par testament. — « Vous avez raison, lui dit le roi, j'ai tousjours eu du scrupule de la conduite que j'ai tenue à l'égard de la reine ma mère; j'en demande pardon à Dieu et à elle-mesme. J'ordonnerai à Chavigny, que j'ai chargé de mettre par escrit mes dernières volontés, d'exprimer dans mon testament la douleur que j'en ressens, dans les termes qu'il aura soin de concerter avec vous, et je veux que toute la
France et toute l’Europe en soient informées. À l’égard des
officiers qui ont servi ma mère dans le temps de ses malheurs, ils seront payés de ce qui leur est dû et tous les legs qu’elle aura laissés par son testament seront acquittés1. »
Le P. Dinet représenta encore au roi que plusieurs de ses sujets, dont quelques-uns passaient pour très innocents et « martyrs d’Estat », étaient en prison ou exilés hors du royaume ou relégués dans les provinces, et qu’il suppliait humblement Sa Majesté de leur assigner des juges pour examiner leur conduite. Louis XIII répondit qu’il allait donner des ordres. Les portes des prisons ne tardèrent pas à s'ouvrir et les proscrits revinrent à la cour. Quant à la paix, rapporte le confesseur, il n’était pas nécessaire d’y exhorter le roi, car il la désirait avec passion. Un jour qu'il considérait les souffrances de son pauvre peuple : « Je luy ay bien fait du mal, me dit-il, à raison des grandes et importantes affaires que je me suis veues sur les bras, et je n'en ay pas toujours eu toute la pitié que je devois et telle que je lay depuis deux ans, ayant esté partout en personne et veu de mes yeux toutes ses misères; mais si Dieu veut que je vive encore, ce que je n’ay pas grand sujet. de croire et beaucoup moins de souhaitter, la vie n'ayant rien qui me semble aimable, j'espère qu’en deux autres années je le pourray mettre à son aise, car
l'année prochaine il aura la paix... et l’année suivante je licen-
tieray mes troupes, qui est une affaire où de grands deniers s'espargneront. » Un autre jour, songeant à ce qu’il ferait dans cet heureux temps de la paix : « Je remédieray, Dieu aydant, au libertinage, je supprimeray les duels, j'estoufferay l'injustice