LE COEUR DU ROI A L'ÉGLISE DE LA MAISON PROFESSE
carrosse le dimanche soir, 17 mai, assisté de deux chapelains de la cour et deux Pères de la Compagnie, et escorté d’un exempt des Gardes du corps et de six archers. Quand il arriva rue Saint- Antoine entre une heure et deux heures du matin, toute la communauté se trouvait réunie à l’entrée de l’église splendidement illuminée et tendue de draperies de deuil'. En remettant entre
les mains du supérieur le précieux dépôt, il adressa aux Pères rassemblés le discours suivant :
« Mes Révérends Pères,
« L’affection que le deffunct Roy a tousjours portée à vostre Compagnie a paru en tant d'occasions, qu’il n’y a personne qui en puisse douter. C’est d’entre vous qu'il a tousjours tiré et choisy ses confesseurs. C’est à vos sages conseils qu’il a eu recours aux affaires les plus difficiles qui se sont rencontrées pendant le cours de son gouvernement; .et sa magnificence vrayment royalle a beaucoup contribué à la structure magnifique de cet auguste temple. Mais s’il se trouvoit encore quelqu'un qui, par ignorance ou par envie, la voulüt révoquer en doute, je vous apporte icy de quoy le convaincre entièrement : c’est le cœur de ce grand prince, qu’il a ordonné en mourant vous estre mis entre les mains pour attendre en ce lieu la Résurrection généralle et le Jugement dernier. 11 a jugé qu'il ne pouvoit dignement reconnoistre les grands services que vostre Compagnie avoit rendus de tout temps à son Estat ny ceux qu'il avoit receus des Révérends Pères Cotton, Arnoux, Séguiran et Souffren, Mailland, Gourdon, Caussin et Sirmond, ses confesseurs, et particulièrement du R. P. Dinet qui l'a assisté en sa dernière maladie avec des soins et un succès merveilleux, qu’en vous faisant livrer un gage si précieux.
« Vous scaurez bien faire l’estat que vous devez d’un présent si considérable, sans qu’il soit besoin que je vous en déduise au long les raisons. Je vous diray seullement qu'outre que c'est le cœur du plus grand, du plus pieux et du plus magnanime Roy qui ait veseu en nostre siècle, vous le pouvez encore recevoir comme une relique de sainct Louis, puisque c'est le cœur de Louis le Juste descendu en ligne directe de ce grand saïnct, aisné
1. Commencement de la maison professe de Paris (Archiv. prov. de France, 5, n. I). Pourquoi ce transfert nocturne? Peut-être pour la raison que, si le cœur du roi avait été apporté de jour, on n'aurait pu le faire honorablement sans une cérémonie publique; or les incidents survenus à La Fièche lors du transfert du cœur de la reine mère n'étaient pas faits pour encourager une pareille solennité.
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de sa maison royalle et, en ceste qualité, non seullement héritier de son sceptre et de sa couronne, mais aussy de ses vertus et de sa saincteté. J’adjousteray que le chérissant et l'honorant comme vostre magnifique et pompeuse réception me le font connoistre et mieux encore [vostre tristessé et vostre douleur, vous ne manquerez pas de'] vous conformer parfaictement à l’exemple et à l'intention de la Reyne Régente, laquelle m'a commandé de vous dire que vous ne le déposiez point encore dans le lieu où il doit demeurer à cause qu'elle luy veut faire faire une boëtte ou cercueil d'or pour l’enfermer plus décemment. C’est ce qué j'ay à vous faire entendre de sa part, et à vous recommander en son nom que faisant vos prières à Dieu et luy offrant vos saincts sacrifices vous vous souveniez à perpétuité de prier la divine Majesté pour le repos de l'âme de nostre grand Roy Louis le Juste, qui vous répète par ma bouche qu'il vous donne maintenant son cœur pour gage éternel de l'affection qu'il a portée toute sa vie à la Compagnie de Jésus?. »
Le P. Vitelleschi, en cette douloureuse circonstance se fit auprès du duc d'Orléans, oncle de Louis XIV, l’interprète des sentiments et des regrets de toute la Compagnie®. Ce fut un jésuite français, le P. Nicolas de Condé que l’on choisit pour faire l’éloge de Louis XIII dans la Sainte-Chapelle le 20 juin 16434. Un autre jésuite français, de passage à Rome, eut l'honneur de prononcer l'oraison funèbre du roi au service célébré par ordre d’Urbaiïin VIII dans la chapelle du Vatican5. « On a tenu consistoire ce matin, écrivait l'ambassadeur à la reine le 23 juin 1643, dans lecuel le Pape a donné part au collège de la nouvelle qu'il avoit reçeue de la mort du feu Roy et pris jour à Vendredy pour la chapelle où se feront les obsèques. Le P. Bragelonne, jésuite, à composé une fort belle oraison funèbre qu'il y doit réciter. Ces actions s’estant toujours faictes jusqu'icy par des Françoys, j'ay esté bien aise d'en rencontrer un en cette ville qui eust toutes les
1. Par les. mots mis entre crochets nous indiquons le sens probable de toute une ligne disparue dans le manuscrit. «
2. Ce discours fut envoyé en 1666 au P. Castillon, supérieur de la maison professe par M. Du Val, théologal du diocèse de Tréguier dont M. de Liverdis était devenu évêque (Francia, Fundationes, Domus prof. Paris, n. 52).
3. Lettre du P. Général au duc d'Orléans, 25 juin 1643 (Gall. Epist: Gen. ad externos, t. 1613-1672).
4. Discours prononcé aux obsèques de Louis-le-Juste (Sommervogel, t. II, col. 1366, n. 1). à
5. Ludovici XIII! laudatio funebris… a P. B. de Bragelongne (Sommervogel, IT, col. 31).