Le Mercure françois, t. XVITIF, an. 1632, p
en latin; le roi répondit dans la même langue, et prenant occasion de la messe qui se disait alors, il entama une discussion théologique « dans laquelle il soutint énergiquement, quoiqu’en termes convenables, la doctrine des luthériens sur l'Eucharistie! ».
Pendant que le roi de Suède soumettait la Bavière, son lieutenant, Bernard de Saxe-Weimar, envahissait les bords du Rhin et s’emparait de Spire. Le collège de la Compagnie en cette ville fut protégé contre la brutalité des soldats grâce à l'intervention du baron de Charnacé, ambassadeur du roi de France. On obligea tout le clergé au « serment de subjection et de fidélité ». Les Jésuites, suivis en cela par les Cordeliers, le refusèrent et furent bannis?. Trèves et Coblentz avaient reçu ‘des garnisons françaises; mais comme elles étaient composées en grande partie de huguenots, les collèges dans ces deux villes se virent en butte à de continuelles vexations. Pour y mettre fin le maréchal d’Estrées déclara, dans un ordre du jour, que le roi de France prenait les Jésuites sous sa protection. Néanmoins l’archevèque de Trèves, qui leur était peu favorable, imposa au collège de Coblentz l'entretien d’un si grand nombre de soldats que les revenus ne pouvaient suffire. On recourut au maréchal d’Estrées, lequel libéra le collège de toutes charges, l'intention de Louis XIIL, disait-il, étant d’exempter des corvées communes ceux qui se consacraient déjà tout entiers à procurer le bien public*.
2. Après avoir achevé la conquête de la Bavière, le roi de Suède résolut d’envahir l'Autriche. Rien n'avait pu l'arrêter dans sa marche lorsqu'il rencontra, le 16 novembre 1632, à Lutzen en Saxe, l’armée impériale commandée par Wallenstein. Les Suédois furent vainqueurs, mais ils perdirent le souverain qui leur avait fait remporter tant de victoires; en s’exposant comme un simple capitaine, Gustave-Adolphe, blessé mortellement, fut enseveli dans son triomphe. Bernard de Saxe- Weimar prit en main le commandement des troupes, et alla mettre le siège devant Ratishbonne qu'il réduisit à capituler. Cette place forte lui ouvrait la route de Vienne; toutefois, sentant qu'il ne pouvait rien sans l’appui de Richelieu, un nouveau
1. Charvériat, op. cût., p. 173. 9. Le Mercure françois, t. XIX, an. 1633, p. 512. 3. Cordara, op. cit., P. VI, 1. XVII, n. 129, 130.
traité d'alliance fut signé à Heilbronn le 19 avril 1633! Les maisons de la Compagnie n’avaient pas été moins éprouvées en Westphalie, en Bohème et en Silésie que dans la Franconie, la Bavière et sur les bords du Rhin. « Nous fûmes chassés de partout, écrit un contemporain, et ne trouvions en toute l'Allemagne place aucune où nous puissions vivre en assurance ?. » Les collèges de Cologne, de Dusseldorf et de Munster avaient quelque temps servi de refuge aux expulsés; mais ils ne pouvaient suffire à l’entretien d’un si nombreux personnel. Il fallut donc songer à se retirer dans les provinces étrangères : l'Italie, la France, l'Espagne, la Pologne, l'Angle-, terre offrirent asile aux Pères allemands. Dès le commencement de l’année 1632, une partie des novices s'étaient retirés à Nancy, et la province de Champagne abritait alors une quarantaine
d'exilés ?.
Tout au début des hostilités, le P. Général avait écrit aux Pères Provinciaux de la Germanie et du Rhin pour leur tracer une ligne de conduite dans des circonstances si difficiles. « A moins de cas exceptionnels, on ne devait pas abandonner spontanément les maisons de la Compagnie et chercher son salut dans la fuite : il fallait attendre l’arrivée de l’ennemi et ne céder la place que contraints par la nécessité; même alors, un certain nombre de Pères pourraient revêtir l’habit laïque et continuer auprès des âmes l'exercice du saint ministère, comme on l’a fait déjà en divers pays hérétiquest. » Ces prescriptions furent suivies à la lettre. La province du Rhin supérieur, la plus éprouvée, comptait en 1633 cent quarante-sept sujets sur le territoire de l'Allemagne; trois cent dix avaient été dispersés à l'étranger; sur ce nombre, cent quarante-trois trouvèrent l’hospitalité dans les provinces françaises de la Compagnie”.
Le P. Maillan, confesseur de Louis XIII, ne négligeait rien auprès de son royal pénitent et du cardinal de Richelieu pour adoucir le triste sort de ses frères persécutés. « Quant à nos