‹ Histoire de la Compagnie de J©♭sus en France (volume 3)Chapitre 48 sur 375 · Réponse de M£° de Harlay (/bidem, p · texte numérisé non relu

Réponse de M£° de Harlay (/bidem, p

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Guyart et le P. Denis Joly furent cités à comparaitre devant l'Officialité diocésaine : le premier pour avoir refusé « de prendre et publier en sa prédication le mandement et ordonnances à luy envoyés à cette fin! »; le second pour « infraction des ordonnances de Monseigneur l’Archevesque..… portantz deffense aux religieux de ce diocèse d’administrer les sacrements de pénitence et communion paschalle au peuple durant cette quinzaine, sans permission particulière de mondit Seigneur. mesme de s'abstenir de faire aucune musique de voix et d'instruments durant l'office des ténèbres... pour les causes mentionnées ausdites ordonnances *?. » |

Que s’était-il donc passé qui eût motivé cette double citation ? Une lettre du P. Jean Baptiste de Machault, recteur du collège, au P. Borve, procureur général de la Compagnie à Rome, va nous l’apprendre. « Nous sommes ici grandement harcelez de M® l’Archevesque de Rouen, qui tous les jours nous faict mille défenses, commandements, menaces, et a usé mesme de voye de faict. J’estois à Paris la Semaine Saincte; nos gens en mon absence se préparoient à faire chanter en musique les ténèbres chez nous, à l'ordinaire, où grand monde accourt..… Les curés, envieux de cette célébrité, poussèrent ce bôn Prélat à nous défendre la musique en tel temps, et les confessions la quinzaine de Pasques. On m'’envoya l’advis de tout cecy en poste de nuict; le matin, la lettre lue, après la consulte qui s’en fit à Saint-Louys, je renvoyai avec mesme diligence la response, mandant au P. Ministre, nommé le P. Denis Joly, de s’abstenir de ceste musique, et continuer cependant les confessions à l'ordinaire; que si M‘ l’Archevesque leur envoyoit faire deffense par eserit pour les confessions, qu'ils en appellassent au Saint-Siège, afin que cest appel interjetté arrestast le cours du dessein qu'il avoit ou de nous faire quitter les confessions ou d'interdire nostre église. Il arriva que le courrier ne leur rendit la lettre que deux heures après que leurs ténèbres du Mercredi Saint estoient commencées, qu'ils firent en musique, ne voyant point lettre de moy, comme ils s’estoient promis... Cette musique picqua fort M l’Archevesque; de façon que le lendemain, Jeudy Saint, le matin, il fit sermon à Notre-Dame de Rouen, où ayant porté un livre contenant l'édit de nostre

1. Signification du 8 avril 1634 (Francia, Fundat. coll, t. IT, n. 1). 2. Signification du 13 avril 1634 (1bidem, n. 13).

RES sat : # Se SRE F3 ÉRGEATERE

restablissement!, il commenca à invectiver contre la Compagnie avec tant d'injures, atrocités, calomnies, incitant le peuple contre nous, nous faisant les plus scélérats du monde, qu'une heure entière ce ne fut autre chosé qu’une satyre continue, pleine de toutes Les violences et des crimes que Satan a inventés contre nostre Ordre. Et à l'issue du sermon, il envoya de rechef son appariteur faire citer le P. Joly pour avoir fait la musique de devant, et défendre les confessions par escrit : à quoy le P. Joly respondit ce que V. R. verra dans l'acte que je luy envoye, obéissant pour la musique qui ne se fit plus aux deux autres ténèbres suivantes conformément à ma lettre, mais appellant à Rome pour les confessions.

« Il arriva en mesme temps que le P. Robert Guyart, preschant en une paroisse de Rouen, nommée Saint-Michel, on luy présenta un mandement à lire, de la part de Mf l’Archevesque, qui défendoit à tous les habitants de se confesser aux Religieux. Le Père dit au curé qu’il aimoit mieux ne pas prescher, plustost que de lire luy-mesme sa condamnation. Le curé, de nos amis,

luy repartit qu'il laissast donc là le papier et qu'il preschast, ce qu'il fit. M* l’Archevesque a faict aussy citer le Père devant l’official, qui est M. Le Royer, l’auteur de toutes ces nouveautez. Sur ces entrefaites, le R. P. Provincial (Étienne Binet) se rendit à Rouen pour sa visite vers la Quasimodo, et moi aussy de Paris. Nous fusmes ensemble voir MF l’Archevesque et, comme il honore fort le P. Provincial, il Iui promit de surseoir en citations jusques après la Trinité, demandant aussi qu’on taschast d'obtenir du Roy, par le P. Maïlland, une assemblée de Prélats et de Réguliers devant quelques messieurs du Conseil, députez par Sa Majesté, pour dresser un inventaire de tous les privilèges... à dessein que les Prélats sçachent ce qui leur restera pour nous commander, quand nous travaillons dans leurs diocèses 2... »

Le P. de Machault finissait sa lettre en priant le P. Borye d'informer au plus tôt l'affaire de l’appel. Mais le P. Général, espérant que tout s’apaiserait peu à peu, conseilla de ne rien précipiter tout en défendant avec discrétion des privilèges qu'on ne pouvait abandonner?. Le nonce de son côté engagea

1. Le IXe article de l’édit de rétablissement défendait aux Jésuites d’administrer les sacrements, sans la permission des évêques diocésains.

2. Lettre du P. de Machault au P. Borye, 24 mai 1634 (Francia, Fundat. colleg., t. Il, n. 47).

3. Lette du P. Général au P. de Machault, 28 août 1634 (Francia, Epist. Gen., t. V).

François de Harlay à s'en remettre au Saint-Siège, et les religieux à ne rien entreprendre qui püût exaspérer l’Archevêquef.

Cet incident était à peine terminé qu'il en surgit un autre encore plus grave. Au mois de juin 1634, un dimanche, s’ouvrait

à Rouen le jubilé accordé par Urbain VIII. Après La procession,

François de Harlay monte en chaire, à la cathédrale, et déclare que, comme le Pape par sa bulle se réservait les cas d'hérésie, ainsi lui archevêque se réserve tous les cas archiépiscopaux publiés une vingtaine de mois auparavant; et, contre le texte formel du document pontifical conférant à tout prêtre approuvé le pouvoir de remettre les fautes que les Ordinaires auraient pu se réserver, il restreint ce droit aux seuls prêtres qui viendraient après vêpres recevoir l'étole de ses mains et entendraient les confessions dans sa cathédrale. Devant cette prétention inouie les réguliers de la ville se concertent, et forts des conseils de résistance qu'ils ont reçus de leurs provinciaux, ils décident de ne faire aucun acte de déférence à la juridiction épiscopale, mais, se contentant de l'approbation qu'ils avaient

déjà, de confesser dans toutes les églises et les hôpitaux.

Vainement l'archevêque les fait appeler à la cathédrale pour la cérémonie de l’étole et les confessions; ils refusent; l'Official insiste; les réguliers répondent que si Monseigneur veut bien rétracter, adoucir au moins l'interprétation qu'il a donnée de la bulle en lui enlevant toute sa portée, ils sont prêts à se rendre à ses ordres. Harlay ne voulant y consentir, les religieux persistent dans leur attitude, et le jubilé se passe, chacun restant sur ses positions. Aussitôt après, le Prieur des Dominicains, le Correcteur des Minimes et le Recteur des Jésuites sont cités devant l'Official; ils interjettent appel à Rome, et les choses en restent là. Un peu d’apaisement s’ensuivit. Le P. de Machault ayant dû pour un motif quelconque venir à

l’archevêché, y fut très bien accueilli et même invité à la table

du prélat?.

Cependant François de Harlay cherchait toujours le moyen de faire condamner les religieux trop réfractaires à son gallicanisme. Par quelques habiles menées à la cour romaine, il obtint du Pape, le 9 mai 1635, un Bref qui désignait l’arche-

1. Lettres de Bolognetti à Barberini, 26 septembre 1634, 13 février 1635 (Archiv. Vat., Nunz. di Francia, n. 81, f. 111; n. 82, f. 92).

2. « Informatio pro Provocatione ad Senatum facta à Regularibus Rothomagensibus », 1635 (Bibl. nat., mss latins, 9758, f. 83, 84).

vèque de Sens, les évêques d'Auxerre et de Lisieux, ou leurs officiaux, pour juger le différend survenu entre lui et les religieux de son diocèse!, Ceux-ci trouvèrent le procédé un peu étrange, après leur recours à Rome. Ce tribunal improvisé n’allait-il pas les « condamner au despens de l'appel et régler sur le fonds d’iceluy »? C'en est fait de nos privilèges, écrivait le P. de Machault, « si Dieu ne nous vient en aïde et si par le moyen de nos Pères Généraux, à qui nous en escrivons tous, nous n’obtenons promptement de Rome un Bref révocatoire du précédent, par lequel Sa Sainteté ou nous donnera d’autres juges non suspects, ou, ce qui seroit meilleur, évoquera à soy tout le différend* ».

Fancois de Harlay de son côté avait hâte de voir siéger les juges qui lui convenaient. Cités à comparaître en leur présence, les religieux de Rouen décident que quatre d’entre eux, des Ordres les plus anciens, se rendront à Paris, munis de pleins pouvoirs. Ils y viennent en effet, et font à la maison professe de Saint-Louis l'honneur d’une visite. Mais là, sous l'influence des Pères de la Compagnie, ils changent d'idée; persuadés des inconvénients d’une comparution devant les prélats commissaires, ils y renoncent et quittent au plus tôt la capitale. Grande surprise à Rouen lors de leur retour, et mécontentement de tout le monde, voire même des Jésuites du collège. Bientôt les religieux Rouennais recoivent une nouvelle citation, avec menace de censuress’ils ne se présentent. Au lieu d’obéir, ils en appellent comme d'abus au Parlement de Normandie.

Ce fut tout un scandale. Des réguliers, des exempts qui recourent, dans un procès ecclésiastique, à un tribunal laïque. L’archevèque de Rouen cerut, ou feignit de croire, qu'ils en appelaient du Bref du Pape députant trois évêques français pour les juger. En réalité ce n’était pas cela; mais on conçoit la fureur de François de Harlay, l'indignation d’Urbaïin VIIT et du P. Général. Ces deux derniers cependant s’aperçurent vite du danger que le Bref du 9 mai faisait courir aux religieux. Le Pape dut comprendre qu’on avait trompé sa bonne foi, car revenant sur sa détermination, il donna le 23 août un nouveau Bref révoquant les pouvoirs précédemment accordés à l’archevêque de Sens et aux évêques d'Auxerre et de Lisieux. Sur quoi les

1. Lettre du P. de Machault au P. Boryve 13 juillet 1635 (Francia, Fundat. colleg., . t. I, n. 46).

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