‹ Histoire de la Compagnie de J©♭sus en France (volume 3)Chapitre 62 sur 375 · Lettre à M!° de La Fayette (Daniel, p · texte numérisé non relu

Lettre à M!° de La Fayette (Daniel, p

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Le cardinal reçut le Père assez froidement, et, pour lui faire entendre qu'il connaissait ses démarches, il lui parla du bonheur de ceux qui s’attachent uniquement au service de Dieu et du danger auquel s’exposent ceux qui débitent des maximes contraires au bien de l’État '. Leur conversation fut interrompue par le bruit d'un carrosse approchant du château. « Voilà le roi qui vient, dit-il au Père; il ne faut pas qu'il nous trouve ensemble : vous savez qu’il est fort ombrageux; il est à propos que vous vous retiriez promptement par ce petit escalier?. » Caussin, ayant défense de dire qu'il était là sur l'invitation de Sa Majesté, se retira aussitôt dans une chambre voisine, espérant qu'on le ferait rappeler. Louis XIII en effet, surpris de ne point le rencontrer, demanda ce qu'il était devenu, et Richelieu répondit effrontément qu'il était parti? Ensuite, avec l’éloquence qui lui était naturelle, surtout lorsqu'il s'agissait de défendre ses intérêts, il n’eut pas de peine à dissiper les inquiétudes que le confesseur avait jetées dans l'esprit du roi. Il lui demanda s'il prétendait gouverner son royaume par les conseils d’une jeune novice et d’un religieux simple et crédule, n'ayant aucune connaissance des affaires du monde. Le P. Caussin n'avaitil pas senti la faiblesse de sa cause puisqu'il n’était pas demeuré pour la soutenir en sa présence? Finalement le cardinal menaca Sa Majesté d'abandonner le soin de ses affaires, si elle ne remettait sa

conscience entre les maïns d’un homme plus capable de la

diiger. Or, le roi ne pouvait se passer de son ministre: il se décida, bien qu'à regret, à sacrifier son confesseur pourvu qu'on ne lui fit aucun mal.

Le P. Fans, après avoir vainement attendu jusqu’au soir, était retourné à Saint-Germain, ignorant que sa perte avait été résolue. te le lendemain matin, 10 décembre, il se présenta dans le cabinet de Sa Majesté : « On ne vous a pas vu à Rueil, lui dit le Roï. — J'y ai été, Sire, répondit-il, mais M. le Cardinal me fit retirer à votre arrivée. — Ils ont bien vu, reprit Louis XIII, que j'avois du chagrin et ils voudroient bien que vous approuvassiez leur conduite et leurs sentiments. —

Je ne le pourroïi, Sire, répliqua le Père, sans charger votre

. Lettre de Caussin à Richelieu (Carayon, Documents inédits, 1. XXIII, p. 450). à. Griffet, p. 117.

3. Lettre de Caussin à Richelieu (Carayon, /. c.) 4. Lettre de Caussin à Vitelleschi (Tuba magna, p. 324, n. XX VI).

conscience et la mienne. Dieu m'a conduit à vous pour vous dire la vérité; je n’envisage et ne désire que votre salut. La cour ne m'a jamais ébloui; je la quitterai sans peine; mais je ne cesserai de prier Dieu jusqu'au dernier soupir de ma vie pour le salut de Votre Majesté !. » Messieurs de Chavigny et de Noyers étant survenus, le confesseur se retira et revint fo à Paris. Il n’attendit pas longtemps la décision de son sort. Dès le soir M. de Noyers vint trouver le P. Provincial et lui remit une lettre de cachet contenant un ordre d’exil pour Caussin : il devait se rendre à Rennes, avec défense de faire ou de recevoir aucune visite, d'écrire à personne et d'aller dans aucun couvent de religieuses, soit à Paris soit sur le chemin?. Ces ordres rigoureux et les explications que put y ajouter M. de Noyers, bien stylé par le cardinal, firent croire au pacifique P. Binet que Caussin avait gravement offensé le roi et son ministre. Le P. de Séguiran, supérieur de la maison professe, qui avait pris déjà le confesseur du roi en défiance, entra facilement dans la même idée, et tous deux, médusés par Richelieu, tremblant pour la Compagnie, songèrent beaucoup plus à obéir qu'à entendre la défense de l'accusé. La lettre de cachet lui fut signifiée le lendemain matin et il partit le jour même escorté d’un exempt des gardes”. Ses papiers avaient été saisis, mais on n’y trouva rien de compromettant, sinon peut-être une lettre de Marie de Médicis qu'il devait remettre au roi, et des dissertations sur les alliances avec les puissances hérétiques. Assuré qu'il n’y avait point là de quoi le perdre, le jésuite ne songeait qu’à se disculper. Avant même d'arriver à destination, le 17 décembre, de la petite bourgade des Forges (Ille-et-Vilaine), il écrivait au Père provincial : « La visite de mes papiers aura suffisamment justifié mon innocence. Je jure sur mon Dieu et sur mon âme que je n’ai eu aucune cabale ni intrigue avec personne, que j'ai vécu à la cour en homme de bien et qu'après avoir jeüné, prié et pleuré beaucoup, j'ai dit au roi ce que je ne pouvois taire sans me damner, lui remontrant avec effusion de larmes la nécessité de son pauvre peuple et Le devoir de sa charge. Et pour cela, je suis banni, traité comme un criminel d’État et relégué aux extrémités de la France avec des jussions et des rigueurs d’une grande captivité. Cela vous don-

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