‹ Histoire de la Compagnie de J©♭sus en France (volume 3)Chapitre 65 sur 375 · Mémoires de Richelieu, t. NI, D · texte numérisé non relu

Mémoires de Richelieu, t. NI, D

3. Lettre du P. Binet au P. Général, 14 janvier 1636 (Francia, Epist. ad Gen, t. 1). COMPAGNIE DE JÉSUS. — T. v. 7

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excez de magnanimité, nous a tesmoigné plus que jamais sa bénignité et cordialité incomparable. Je La publie partout... Il est vrai que l'excès de bonté de Votre Éminence nous met dans l'impossibilité de produire des effets qui égalent nos obligations ; mais je suis très aise qu'en tout sens nous soyons vaincus et que nos faiblesses soient accablées par la puissance de sa charité et par tant de bienfaits amassés les uns sur les autres. »

Richelieu qui s'était si prestement débarrassé de Caussin, n’a-t-il pas souri à la lecture de cette lettre? En tout cas, lui, si clairvoyant, avait depuis longtemps pénétré les dispositions des supérieurs, et nous voyons dans ses Mémoires comme il en profite. Les supérieurs de la Compagnie de Jésus, dit-il, rendus plus circonspects par la conduite du P. Caussin, se crurent obligés « à ne rien oublier de ee qui dépendroit d’eux pour réparer le passé par l'avenir ». Ils déclarèrent donc au P. Sirmond « que la première chose qu’il devoit suivre étoit de lire souvent les instructions contenues dans leurs règles pour ceux qui étoient employés en pareilles fonctions », ensuite de ne se mêler d'aucune affaire, particulièrement des poursuites et des sollicitations d’abbayes et d’évêchés, de vaquer plus à la prière et à ses livres qu’à la fréquentation du monde, de se contenter de voir Sa Majesté seulement lorsqu'il serait question de la confesser ou que quelque occasion importante le requerrait. « Que si cependant il voyoit quelque chose en quoi il estima qu’il y eût à redire en la conduite de l'Etat, il pourroit s'adresser à Monseigneur le Cardinal ou autres qui auroient emploi dans les affaires publiques, à qui le fait pourroit toucher, pour leur déclarer ses pensées et écouter leurs raisons sur ce dont il s'agiroit... Au cas que les raisons qu'ils apporteroïent ne le satisfissent pas, tous ensemble en parleroïent à Sa Majesté pour prendre par son ordre résolution d'en faire une bonne consultation avec des gens des plus capables du royaume, en présence des uns et des autres. Après quoi, ledit Père, comme bon etsincère religieux, seroit obligé, non seulement par prudence mais par conscience, de soutenir par ses actions et par ses paroles la conduite de Sa Majesté et de son Conseil ?. »

1. Lettre du P. Binet à Richelieu, 15 janvier 1638 (Archiv. des Aff. Etrang. France, Que t. 88, f. 10). Cf. Avenel, Let. de Richelieu, t. VI, p. 7, note.

2. Mémoires de Richelieu, p. 229. — Cf. Instructions données par les Jésuites au nouveau confesseur (Archives des Aff. Etrang., France, t. 86, f. 331). — Nous savons par une lettre du P. Général au P. Binet que c’est Louis XIII, ou plutôt Richelieu, qui les rédigea : « Erunt illi eae leges, quas R. V. scribit ab Rege sapientissime positas, magna reverentia observandae » (Francia, Epist. Gen., t. V, lettre du 6 février 1638).

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Le P. Sirmond, alors âgé desoixante-dix-huit ans, était homme à se soumettre en toute simplicité à ces minutieuses recommandations. Cependant il n’accepta qu’avee répugnance un poste auquel ses occupations précédentes ne l'avaient nullement préparé. Ses amis s’alarmèrent à cause du temps que sa nouvelle charge allait dérober à ses travaux scientifiques !; mais, comme il ne paraissait à la cour que sur un appel du roi, il lui resta encore assez de loisir pour appliquer à l'étude son esprit toujours vi- Soureux. Dans ses relations avec Louis XIII il ne se méla jamais d’affaires temporelles, fit preuve d’un parfait désintéressement et montra tant de fact et de prudence, qu'il ne donna Jamais le moindre sujet de plainte?. Du fond de son exil, Caussin essaya bien de l’endoctriner et de le pousser dans la voie qui lui avait si mal réussi ?; mais sa lettre resta sans réponse, soit que Sirmond ne l'ait pas reçue, soit qu’il ait trouvé déplacés les conseils « piquants et ironiques », d’un confrère un peu jaloux, ulcéré et poussé à bout par les injustes persécutions de Richelieu.

T. Nous avons laissé le P. Caussin sur la route de Rennes. Ses malheurs ne faisaient. alors que commencer. On le sait, l'esprit vindicatif du ministre ne pouvait être en repos tant qu'un adversaire de son influence n’était pas complètement abattu. Or Louis XEIT avait eu beaucoup de peine du départ de son confesseur”, et celui-ci était capable de mettre tout en œuvre pour se justifier. Suffisamment éclairé sur ce point par la lettre à M. de Noyers, le cardinal manda les Supérieurs et leur proposa d’envoyer Nicolas Caussin si loïn parmi les sauvages du Canada œqu’on n'entendit plus parler de lui 5. ls représentérent à Son Éminence que les rades missions Hurones et Iroquoises étant ambitionnées comme un honneur, l'envoi du Pére en ces pays ne seraït pas considéré comme un châtiment : il suffirait de le confiner à Quimper-Corentin, au fond de la Basse-Bretagne où l’on surveillerait avec soin ses lettres et ses actions. La mesure parut

t. Lettre du P. Sirmond au P. Général, 29 décembre 1637 (Francia, Epist. ad Gen., &. £, n. 110). Cf. Oroux, op. cit., p.485.

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