Lettre à Richelieu (Carayon, p
2 à V4 F 4 PE à 4 ts. NE : ET Re. PE 5 ? = 7 7 Sal
7 FO ee Re ue PO 0 Se à Us MN ue
du P. Claude Aquaviva ou /nstructions pour le confesseur du roi. En voici l’article 4 : « Que le confesseur se garde de s’immiscer dans les affaires politiques et étrangères à son emploi; qu'il ne s'occupe que de la conscience du prince et de ce qui s'y rapporte. » L'article 8 développe ce que ces derniers mots avaient de trop vague : « IL est du devoir du prince d'écouter volontiers et avec patience tout ce que le confesseur se croira obligé en conscience de lui suggérer suivant le temps et les circonstances. Caril convient que, dans ses rapports avec l’homme public et le prince, le Père ait la liberté d'exposer avec une religieuse franchise tout ce qu'il croira en Notre-Seigneur devoir contribuer plus efficacement au service de Dieu et du prince lui-même. Il ne s’agit pas seulement ici de ce que le prince lui fera connaitre en qualité de pénitent, mais aussi des autres abus dignes de répression dont il entendrait parler. Il empêchera par là les oppressions et diminuera les scandales qui se commettent souvent par la faute des ministres. D'ailleurs, lors même que ces désordres ont lieu à l'insu et contre le gré du prince, celui-ci n’en est pas moins responsable en conscience et obligé d'y pourvoir!, »
Nous avons dans ces lignes une direction générale : c’est la théorie, la thèse. Venons à l'hypothèse, au cas du P, Caussin, aux points principaux qu’il représentait à Louis XIII le 8 décembre 1637. La prolongation de la guerre, l'alliance avec le turc et l’hérétique, le maintien de la reine mère en exil, étaient-ce péchés de roi, au moins désordres graves dont la conscience royale serait chargée? Ainsi le pensaient alors des personnages autorisés, prudents, désintéressés, quoique la chose parüt au contraire à beaucoup d’autres et paraisse encore maintenant très discutable. Quant au P. Caussin, n'ayant pas là-dessus le moindre doute, il accomplit courageusement ce qu'il erut être son devoir. Laissons-lui donc le mérite d’avoir agi en prêtre, en homme de Dieu.
Mais, avec plus de calme et de doigté, ne serait-il pas arrivé à un meilleur résultat? Ses défauts naturels et une certaine animosité contre Richelieu le conseillent mal. Il manque de tact en troublant la conscience d’un roi foncièrement honnête au moment d’une confession, au matin d’une grande fête, en insistant alors sur des actes dont la culpabilité ne parait pas tellement évidente. Il manque de prudence en ne voyant pas les suites de sa démarche : il devait pourtant bien savoir que le roi ne renverrait
1. Ordinationes generalium, chap. x, De confessariis principum (Institut. Soc. Jesu, t: 11, p. 225).
ia 7 al . À, {1 106 SOUS RICHELIEU. — SECONDE PARTIE.
pas de but en blanc son ministre, qu'il ne prendrait aucune décision en matière politique sans avoir l'avis de Richelieu, et que celui-ci aurait vite fait de détruire l'impression produite par les remontrances du confesseur; il n'avait rien non plus à espérer d’un colloque à trois, d’une discussion devant Sa Majesté avec un maître diplomate comme le cardinal. Mieux aurait valu, semblet-il, après avoir préparé adroitement le terrain, se faire accompagner de quelques prélats ou docteurs partageant ses idées et capables de les soutenir avec lui. Que s’il tenait à parler à Louis XIII sans témoins, alors c’est à la longue, doucement, sans passion, sans exagération, par des appels fréquents à la réflexion royale, que des matières aussi complexes auraient dû se traiter. Sans doute, même ainsi, il aurait déplu au ministre et aurait été remercié; du moins il évitait une disgrâce humiliante il éveillait dans l'esprit du roi une’ crainte plus sérieuse et plus durable.
Après six ans passés en exil, un jour viendra, où, malgré ses torts légers, Caussin verra ses amis, ses confrères et ses supérieurs, mieux renseignés, lui rendre justice. Après la mort de Richelieu et de Louis XIII, Anne d'Autriche se hâta de le rappeler. Au mois d'août 1643, il reparut à Paris, et le P. Général lefélicita très affectueusement de son retour. Ses punitions furent levées, ses droits lui furent rendus. Résidant à la maison professe, il prêcha, il confessa, il écrivit et tourna son ardeur contre le jansénisme naissant !. Il mourut le 2 juillet 1651 « dans un retlet de joie et d'espérance », après avoir attesté publiquement « sa foy en l'Église et sa détestation des sectes nouvelles ? ».
10. Une mort moins douce était réservée à un autre jésuite, victime lui aussi, et à la même époque, de la vengeance de Richelieu, pour avoir contrarié ses visées ambitieuses sur la maison de Savoie : nous voulons parler du confesseur de M Christine de France, le P. Monod, qui au dire du cardinal, « avait autant d'esprit et de malice que le P. Caussin avait d'ignorance et de simplicité ? ».
1. Deux ouvrages signés de Caussin parurent en 1644 : 1° Apologie pour les Religieux de la Compagnie de Jésus. 2% Response au libelle intitulé la Théologie morale des Jésuites. — En réslité le second est du P. Léonard Champeïls, car nous avons trouvé une note de celui-ci s’en déclarant l’auteur et disant que le livre fut publié de son consentement sous le nom de Caussin (Œuvres et Épreuves, n. 128).
2. Labbé, Eloge de Caussin dans la Préface de la Cour suinte. Cf. de Rochemonteix, op. cil., p. 385 et suiv.
3. Griffet, op. cit, t. IT, p. 93. Grotius, écrivant de Paris à Oxenstiern, appelait Monod : « jesuita magnae solertiae scientiaeque ».
Pierre Monod naquit en 1586 à Bonneville, dans la Savoie ; son père était membre du Sénat de Chem bétY: Entré dans Le Compagnie le 9 octobre 1603, il enseigna la grammaire, la rhétorique et la philosophie dans divers collèges de la province de Milan !. Nous le trouvons en 1619 et 1620 à Paris où il plaida la cause du cardinal Maurice, un des frères du due de Savoie, qui désirait le titre de comprotecteur de France. En 1621, à l’occasion du mariage de Christine, fille de Henri IV, avec le prince de Piémont, il publia des Dolonhe historiques sur les alliances de France et de Savoie, qui lui valurent les plus grands éloges®?. Envoyé l’année suivante au collège de Turin, ilen devint Recteur un peu plus tard. Il écrivit, en 1624, à la prière du duc qui lui accorda le titre de son historiographe, un commentaire sur les controverses des Papes Eugène IV et Félix V. L'étendue de ses connaissances, son habileté dans les affaires et ses qualités personnelles lui acquirent l'estime et l'affection du due Charles- Emmanuel et de son fils Victor-Amédée. La princesse Christine lui confia même, dès 1625, avec la direction de sa conscience, la défense de ses plus chers intérêts.
Monsieur mon Révérend Père, écrivait-elle au P. Vitelleschi, le 5 janvier 1625, j'ay tousjours esté si bien servie des Pères de vostre Compagnie, et particulièrement du P. Monod, mon confesseur, que je n'ay trouvé personne aultre auquel je puisse confier avec plus d’asseurance une affaire fort importante que jay en France. Et d’aultant que l’occasion est pressante, je vous prie de trouver bon le voyage que j'ay voulu qu'il fist, sans attendre qu’il eust congé de Vostre Paternité, comme il eust bien désiré et moy aussi, sy le temps l’eust permis. Sa vertu et sa discrettion m'ont bidon gaigné le cœur, que je me promets un heureux succès de tout ce qu’il traittera, particulièrement quand ce sera avec la bénédiction de Vostre Paternité, laquelle je vous prie de luy envoyer au plus tost, et me faire part de vos saintes prières et oraisons, me disant cependant, Monsieur mon Révérend Père, Votre bien bonne amie, Chrestienne 5. »
Nous n'avons point la réponse de Vitelleschi; on peut croire qu'elle fut favorable : il ne pouvait alors prévoir que peu à peu les circonstances entraineraient Monod dans des négo-
+ Domenico Valle, 1! Padre Pietro Monod, p. 11-12.
9. Cf. Sommervogel, op. Cùt., t. V, col. 1219, n. 2. — Le mariage de Christine
avait eu lieu le 10 février 1619.
3. Lettre de la duchesse de Savoie au P. Général, 5 janvier 1625 (Epist. Principum, t. V).
ciations politiques, hors des limites permises par sa règle.
Après la mort de Charles-Emmanuel I* (26 juillet 1630), la Savoie, tiraillée entre la France et l'Espagne, se trouva dans une situation embarrassante. Par le traité de Ratisbonne, signé le 30 octobre et qui terminait la guerre de la succession de Mantoue, Victor-Amédée renonca au Montferrat que garda le duc de Nevers, et pendant que les Espagnols abandonnaient le Piémont, les Français conservèrent, sous prétexte de garantie du traité, Suze, Pignerol, Avigliana et Bricherasio. Au bout de six mois, tous les contractants ayant plus au moins violé les clauses convenues, un nouvel arrangement fut signé à Cherasco (6 avril 1631). Il n’était point définitif, et la France persistait à garder Pignerol malgré Les protestations du duc de Savoie !.
Afin de justifier les prétentions de Richelieu sur cette ville, un écrivain à ses gages, le sieur de Guron, fit paraître deux pamphlets intitulés Les Savoisiennes, dans lesquels on s’efforçait de démontrer « comme les ducs de Savoie ont usurpé plusieurs États appartenant aux Rois de France; comme les Rois de France en ont eu plusieurs pour cruels ennemis, voire même tous ceux qui ont été les plus proches dans leur alliance ; comme l'Église en a reçu de grandes offensés ; les feintes propositions de paix qui se faisoient à Paris, Lyon, Suze, Pignerol et ailleurs pour tromper le Roy, faire périr ses armées et assujétir l'Italie, sans moyen de s’y pouvoir opposer, et par conséquent la nécessité de cette dernière guerre? ». En réponse à ces accusations, le P. Monod publia, sous la signature « l’historiographe de Savoie », L’Apologie françoise pour la Sérénissime maison de Savoye, contre les scandaleuses invectives intitulées : Première et seconde Savoysiennes. Il la traduisit ensuite en italien sur l’ordre de Son Altesse le duc Victor-Amédée 5.
11. Une occasion lui fut aussi donnée de plaider à la cour de France la cause de son pays. Au mois de juillet 1631, il précédait à Paris le cardinal Maurice, envoyé pour régler définitivement les conditions de la paix“. Il recut le meilleur accueil de Richelieu
1. Il y eut toute une série de traités conclus à Chérasco (6 avril, 25 avril, 19 juin, 7 septembre, 19 octobre). Cf. G. de Mun, Richelieu et la maison de Savoie, p. 38, 39. — D Salvator Foa, Un conseil du P. Monod au duc Victor-Amédée dans Mémoires de l’Académie des sciences de Savoie, 4 série, t. XI, p. 649-657.