G. de Mun, op. cil., p
5. Relation de d'Hémery (Bibl. nat., mss fr. 16929, f. 601). Cf. Mémoires de Richelieu, 1. c.
6. Lettre de d'Hémery à Mazarin, 23 juin 1637 (Archiv. des Af. Etrang., Italie, corresp., Vol. 25, f. 140). Sur toutes les négociations du P. Monod à ce moment voir Valle, op. cil., p. 45-60.
inutile; il demanda son congé de retour, en se plaignant au duc Victor-Amédée du mouvais vouloir de Richelieu. « Quand j'aurois tout l'esprit du monde, écrivait-il après sa dernière audience, ce n’est pas avec M. le cardinal qu'on le pourroit faire paroître, puisqu'il change quand il lui plaît les cartes en la main de qui que ce soit. Il a coutume de prendre tout ce qu’on dit comme si c’étoit autant de reproches, et pour délicatemént qu’on lui parle, il met soudain le marché à la main. 11 n’y a point de pire condition pour ceux qui traitent avec luy que d’avoir des raisons fortes; car, comme il ne peut souffrir d’être vaincu, il use de son autorité avec tant d'avantage que s’ils ne se conduisent avec une adresse extrême, 1l les porte ou à rompre ou à se donner tort. Aussi, dois-je l’avouer, je ne puis dissimuler la honte que j’éprouvai d’avoir été si misérablement trompé, et après l'avoir harangué le mieux qu'il me fût possible et [lui avoir] exposé les sentiments que ne manqueroit pas d’éprouver Madame Royale, en voyant le peu d’égards qu’on avoit à elle et aux services de Votre Altesse, il me fut impossible de retenir mes larmes. »
13. Parti de Paris le 1% mai, avec d'Hémery qui revenait à son poste, le P. Monod arriva le 4 juin dans la capitale du Piémont. S'il avait échoué sur des questions secondaires qui n’intéressaient en somme que la vanité du duc et de la duchesse, il avait obtenu pour son pays, sur d’autres points plus importants, des avantages appréciables; et s’il avait froissé Richelieu, il avait donné à Louis XIII plein contentement. « M. d'Hémery, écrivait le roi à sa sœur, [vous fera] entendre quelle satisfation j ay de la conduite dudit P. Monod pendant le séjour qu'il a fait en ces quartiers-cy?. »
Du reste, à cette époque, le cardinal lui-même n’avait encore aucun motif de haine contre le jésuite, du moins on peut le conclure d’une lettre du marquis de Saint-Maurice rendant compte à Madame Royale d’une entrevue qu’il venait d’avoir avec le ministre. « Je me servis du temps qui estoit serain, lui écrivaitil le 13 juin 1637 en faisant allusion à la bonne humeur de Richelieu. Le cardinal me fit encore un peu de reproche contre le R. P. Monod, qui n’estoit pas néanmoins désavantageux pour
1. Leltre de Monod au duc Amédée, 3 mai 1637 (Torino, Archiv. di Stato, Storia della reale casa, mazzo 9), publiée par Dufour-Rabut, p. 38.
2. Lettre de Louis XIII à la duchesse de Savoie, 11 mai 1637 (Avenel, op. cül., t. V, p. 1029).
COMPAGNIE DE JÉSUS. — T. v. 8
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luy, car en le louant et l’estimant grandement pour son affection au service de V. A. R., il le tansoyt aussy d’un peu trop de chaleur en sa négociation..., de quoy néanmoins il ne lui scavoit point mauvais gré puisqu'elle procédoit d’un grand zèle!. »
Ainsi, au début de juin 1637, Richelieu ne trouvait à reprocher à Monod qu'une opiniâtreté trop ardente dans ses démarches. Si bientôt il changea d'attitude, la faute, semble-t-il, en fut à d'Hémery.
L’ambassadeur de Louis XIII, jusque-là plein d’égards pour le confesseur de la duchesse, ne tarda pas, après leur retour, à se déclarer son ennemi. « C'est un homme, disait-il, qu'il faut perdre j jusqu’ au bout, et son absence y donnera bien à connaître que les princes d'Italie ne regretteront pas sa chute?. » Dès lors il le par tous les moyens à faire partager son animosité à Richelieu. Entre autres il prétendit, sans en donner la preuve, que le due Victor-Amédée lui avait découvert un complot ourdi entre le jésuite savoyard et le P. Caussin contre l’autorité du cardinal. Celui-ci ne sera donc que l’écho des accusations formulées par l’ambassadeur lorsque plus tard, relatant les négociations de 1637, il écrira dans ses Mémoires : « Ledit P. Monod sachant qu’on n’avoit pas trouvé bon son procédé, au lieu de le corriger, redoubla ses impertinences, paroissant être allé à la cour plutôt pour quereller que pour négocier ; faisoit tous Les jours des conférences avec toutes sortes de personnes qui donnoïent lieu de se méfier de lui, parce qu’il sembloit avoir intelligence avec des personnes mal affectionnées à Sa Majesté. Il se mêla même dans les intrigues de la cour, et y ayant une des filles de la Reine, nommée La Fayette, qui se laissoit conduire par des esprits malintentionnés, et qu’il étoit expédient que, suivant la vocation que Dieu lui en avoit donnée, elle se fit religieuse, il fut si mal avisé de dire au P. Caussin, jésuite, qui étoit lors confesseur du Roi, qu'il devoit bien prendre garde comment il agiroit en cette affaire et qu’il lui importoit d’en prolonger l'exécution tant qu'il pourroit.. sous espérance que la fille demeurant dans le monde, ce seroit un embarras au cardinal, lequel rendroit ledit Père Caussin nécessairei. »
1. Lettre de St-Maurice à la même (Torino, Archiv. di Stato, Francia, Lettere ministri, mazzo 36), publiée par Dufour-Rabut, p. 27.