‹ Histoire de la Compagnie de J©♭sus en FranceChapitre 100 sur 457 · Mon. Ign., 8.1, t. 1, p. 111-118. : ee · texte numérisé non relu

Mon. Ign., 8.1, t. 1, p. 111-118. : ee

2. Voir sur ce personnage la thèse de G. Weill, De Gulielmi Postelli vila et indole.

3. Ribadeneira, si bien placé pour être exactement renseigné, donne cette date. Nous la préférons à celle de 1543 que proposent les éditeurs des Cartas de S. Ignacio (p. 168). Voir au même sujet Mon. Ignat., s. 1°, t. I, p. 248-253, notes.

et ses bénéfices », et que l’on voyait maintenant avec une joyeuse humilité « servir à la cuisine, et prêcher sur Les places publiques à la grande édification de tous ! ».

Guillaume Postel s’intéressait beaucoup aux étudiants du collège des Lombards; il aimait à parler d'eux aux Pères de France que leurs affaires amenaient en Italie. Le P. Domenech lui apprit ce qu'étaient devenus ceux qui avaient émigré à Louvain. Le P. Paul d’Achille lui raconta la seconde déborde, l’arrivée et le séjour à Lyon. Tous faisaient des vœux pour une prompte conclusion de la paix. Elle fut signée entre Les plénipotentiaires de François I” et de Charles-Quint, à Crespy, le 18 septembre 1544 : les renonciations réciproques, faites dans les traités précédents, furent renouvelées, et les places conquises pendant la guerre restituées de part et d'autre. Le calme renaissait au sein de l'Université comme dans tout le royaume. Quelques-uns des étudiants réfugiés à Lyon purent donc retourner en sécurité, sous la conduite des PP. Viola et Pelletier, au collège des Lombards; le P. Paul d'Achille vint, bientôt ne reprendre auprès d'eux sa charge de supérieur.

Avant leur retour à Paris, Guillaume Postel s'était empressé de les recommander à l’un de ses anciens condisciples, jouissant déjà d’une grande considération et qui, lui aussi, avait souvent admiré le zèle et la piété des jeunes étudiants. C'était Nicolas Psaume, alors abbé de Saint-Paul de Verdun et plus tard successeur du cardinal Jean de Lorraine sur le siège épiscopal de cette ville. La lettre que lui envoie Postel, à ce sujet, montre bien l’affectueuse estime de ce dernier pour la Compagnie et ses œuvres : « Comme vous, lui écrit-il, nous avons profondément regretté que les rigueurs de la guerre aient interdit à nos frères, sous prétexte d’une nationalité étrangère, le séjour de Paris qu’ils habitaient. Il faudra donc restaurer ce qu'ils y avaient établi avec tant d'intelligence et de succès; car, avec eux, ont disparu ces nombreuses réunions de fidèles qui, selon l'usage de la primitive Église, les suivaient à la Table sainte. Daigne le Tout-Puissant les réunir de nouveau avec ceux qui les avaient formés ! J'espère que nous jouirons bientôt de ce spectacle, s'ils peuvent remettre les pieds dans leur demeure... Je vous prie et vous conjure d'aider nos frères proscrits en tout ce que vous

1. Lettre envoyée de Rome aux PP. d’Espagne, sans date, et qui a donné lieu aux discussions ci-dessus (Mon. Ign., s. 1, t. I, p. 248-253). 2. Chronicon, I, 139, 156.

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pourrez, de leur accorder le secours de votre autorité, de vos conseils, de vos aumônes, afin qu'ils puissent rentrer ot reprendre leur sainte 0 »

Guillaume Postel, singulier mélange d’admirables qualités et de tendances excentriques, ne put, malgré son ardent désir, rester longtemps dans la Compagnie. « Il fut renvoyé, dit un ancien annaliste, pour ce qu’enflé de soy-mesme, il faisoit du prophète et bastissoit nouvelles opinions?. » Les débuts si rudes de sa carrière, dont il ne triompha qu’à force de constance et d'énergie, ses privations et ses veilles, les fatigues d’un long voyage en Grèce, en Syrie et en Asie Mineure à la recherche de précieux manuscrits, avaient affaibli ses organes et disposé son esprit à de folles visions qui firent le tourment du reste de sa vie. Il forma le projet de réunir tous les peuples sous l'autorité spirituelle du Pape, par les conquêtes du roi de France, à qui appartenait la monarchie universelle comme descendant de Japhet, fils ainé de Noé; mais il fallait ouvrir les voies au monarque français par la ciel des cœurs!... Toutefois, s’il débita mille extravagances, il n'eut pas l’opiniâtreté qui fait les sectaires. Après avoir quitté la Compagnie, il continua de l'aimer, et mourut à Paris vers l’an 1580. En censurant ses écrits l'Église confirma le jugement porté par Ignace sur l’homme lui-même ?.

9. Après son retour de Lyon, la communauté de Paris reprit sa régularité de vie ordinaire. Les PP. Pelletier et Viola, revêtus du sacerdoce, devinrent d’utiles auxiliaires pour leur supérieur dans les travaux du ministère apostolique. De nouveaux étudiants comblèrent les vides laissés par les départs successifs. l'exemple de leurs prédécesseurs, ils partageaient leur temps entre les études philosophiques ou théologiques, les exercices de piété et les œuvres de l’apostolat auprès de la jeunesse des écoles. Des réunions organisées dans l’église des Chartreux attirèrent les élèves les plus vertueux; plusieurs puisèrent dans la fréquentation des sacrements le désir de la perfection évangélique, et entrèrent dans la vie religieuse #.

1. Traduit de l'original latin (Bibl. nat., mss. latins, 8,585, fol. 36). Cette lettre a été publiée par le P. Prat, Mémoires sur Broet, p. 182, 183.

2. Commencements de la Compagnie (Carayon, Doc. inédits, I, 5).

3. Chronicon, 1, 149. Cartas de S. Ign., 1, 219. Script. de S. Ign., K, 708-712. Ribadeneira : Dialogos. — Le ms. français 23,969 de la Bibl. nat. contient un récit détaillé de la mort de Postel.

4. Lettre du P. Paul d'Achille au P. Léonard Kessel, 11 avril 1547, dans Hansen, Rheinische alkiten, n. 46.

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La colonie du collège des Lombards, comme une ruche qui essaime, fournissait au P. Général un Poil de choix pour les établissements formés en différentes contrées de l’Europe. C'est ainsi que Pierre Chanal et Jean de la Goutte devinrent professeurs de belles-lettres au collège de Valence en Espagne, fondé par le P. Domenech dans sa ville natale !. Au commencement de l’année 1548, le P. Paul d'Achille, rappelé à Rome, fut remplacé comme supérieur par le P. Jean-Baptiste Viola qui suivait encore les cours de l’Université. L’année suivante (1549), sur la demande du P. Ignace réclamant des professeurs pour l’enseignement du grec et de l'hébreu, quatre étudiants partirent pour l'Italie; c'étaient le P. Jean Pelletier, Guy Roillet, Jean Forcade et Nicolas Morel, tous maîtres ès arts. Le nombre des membres de la communauté n’en fut pas diminué, car la Compagnie se répandait et prospérait de plus en plus : quatre nouveaux remplacèrent aussitôt les partants et un cinquième arriva de Louvain peu après ?.

La fin de cette année 1549 devait laisser un bon souvenir aux scolastiques du collège des Lombards. Le 21 novembreils prirent part à une cérémonie que le P. Polanco nous signale dans le Chronicon, sans doute à cause de sa solennité imprévue. Ils s’étaient rendus ce jour-là à Montmartre, pour y renouveler leurs vœux dans la chapelle du Martyre. Contre leur attente, ils y trouvèrent un bon nombre de pèlerins et, entre autres, les fidèles qui d'ordinaire s'adressaient à eux pour les sacrements. Les treize étudiants de la Compagnie prononcèrent la formule de leurs vœux devant ces témoins, « qui en furent très édifiés ? ».

Le P. Polanco, malheureusement, ne nous dit point la teneur de cette formule, particularité qui nous intéresserait cependant, car, jusqu’en 1550 au moins, cette formule a dû varier suivant les pays et les circonstances.

Le lecteur se rappelle ce que nous avons dit au chapitre des Constitutions, sur les vœux simples des scolastiques “. Lorsque, le 30 septembre 1545, Ribadeneira les fit à Saint-Paul-hors-les-murs, en présence de son Père Ignace, il employa une formule assurément approuvée, sinon rédigée, par le fondateur. En voici la partie principale : « Je fais vœu... de pauvreté et de chasteté per-

pétuelles ? et d’être de la Compagnie de Jésus, notre Créateur et 1. Doc. mss. sur le coll. de Valence aux arch. de l’Acad: roy. à Madrid. — Voir Epist. mixt., t. 1, lettres des PP. Myron et Oviédo. 2. Chronicon, I, 296, 419. — 3. Ibid. — 4. Liv. I, ch, v, n. 6. .5. On remarquera que dans cette formule il n’est pas question du vœu d’obéissance. Quant à celui de pauvreté il était expliqué un peu plus bas par ces mots : «J'entends,

Seigneur, après avoir terminé mes études, si la Compagnie, malgré mon indignité, veut me recevoir. » On ne saurait affirmer que cette formule fût officielle et employée partout; nous allons même en avoir à citer de toutes différentes pour les années qui suivent.

Au mois de juin 1546, Ignace obtenait du pape Paul III une modification importante à la Bulle d'approbation de la Compagnie. Dieu, en effet, avait montré par les événements que cet ordre nouveau d'ouvriers apostoliques ne devait pas être restreint à une soixantaine de profès, comme la Bulle Regimini l'avait déclaré. Dès 1543, sur la demande du fondateur, le pape avait accordé qu'on en reçüt un nombre illimité !. Mais il jugea bientôt, comme Ignace, que ce n'était pas encore assez. Des postulants se présentaient, capables de travailler à la gloire de Dieu dans l’esprit de

l’Institut, sans pouvoir atteindre cependant cet ensemble idéal de

science et de vertu tracé aux profès; par ailleurs, des ministères étaient offerts à la Compagnie qui n’exigeaient point la réalisation de cet idéal. La Bulle Exponi nobis (5 juin 1546) permit d'établir un degré nouveau, celui des coadjuteurs, spirituels où temporels, qui seraient incorporés définitivement à la Compagnie par des vœux publics, quoique non solennels, participeraient à tous ses mérites et privilèges, et aideraient les profès soit dans les offices domestiques, soit dans les fonctions sacerdotales ?. Mais l'établissement de ce degré nécessitait une interprétation nouvelle du vœu que faisaient les scolastiques d’entrer dans la Compagnie : ils devaient dorénavant y inclure l'indifférence au degré de profès ou de coadjuteur spirituel. Les supérieurs furent chargés d'annoncer cette modification aux étudiants, et de la leur faire agréer. Nous savons, par le P. Franco, comment les choses se passèrent à Coïmbre*. Le P. Simon Rodriguez, provincial de Portugal, profita de la fête de Noël 1546 pour exhorter ses subordonnés à entrer plemement dans les sentiments d’une humble soumission. Tous déclarèrent ne vouloir autre chose que les ordres de l’obéissance. Pour la rénovation des vœux, qui devait suivre, une nouvelle formule fut composée par le P. Provincial et ap-

par le vœu de pauvreté, renoncer à tous les droits que jai ou que je puis avoir sur des biens ou facultés temporelles, toutes les fois qu’il me sera ordonné par la Compagnie ou par celui qui en sera le supérieur. » (Cité, d’après les archiv. de la Province de Madrid, par le P. Prat, Hisloire du P. Ribadeneira, p. 57, 58.)

1. Bulle Znjunctum nobis, 14 mars 1543 (Instit. S. J., t. IT, p. 5)

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