CHAPITRE II
Sommaire : l. Guillaume du Prat, évêque de Clermont; ses projets. — 2. Sa rencontre avec les disciples d Ignace au concile de Trente. — 3. Installation du P. Viola à l'hôtel s Clermont. — 4. Vocation du P. Éverard Mercurian; ministères spirituels. — 5. La Compagnie commence à être connue à Paris; ‘contradicteurs et done — 6. Projet de donation de l’hôtel de Clermont. — 1. Le cardinal de Lorraine, protecteur de la Compagnie de Jésus en France. Requête au roi. — 8. Épreuves et nombreux départs d'étudiants. — 9. Paschase Broct premier provincial en France. — 10. Travaux apostoliques de Broet, Claysson et le Bas. Hostilité d'Eustache du Bellay.
Sources manuscrites : I. Bibliothèque de la ville de Clermont, ms. n. 589. Extraits des mss. d’Audigier sur l'Auvergne.
IT. Recueils de documents, conservés dans la Compagnie : a) Decreta et Instructiones. — b) Ribadeneira : Soliloquio y confesiones.
Sources imprimées : Cartas de San Ignacio. — Cartas del B. P. Pedro Fabro. — Instilutum Soc. Jesu. — Nuntiaturberichte aus Deutschland. — Manare, De rebus Soc. Jesu commentarius; De vita et moribus Everardi Mercuriani. — Braunsberger, B. P. Cani-
sit Soc. Jesu Epistolae et acta. — Prat, Mémoires pour servir à l'histoire du P. Broel. MONUMENTA HISTORICA S. J. Chronicon Soc. Jesu. — Epistolae mixtae. — Lilterae quadrimestres. — Monumenta Ignatiana. Epistolae et instructiones. — Epistolae PP. Paschasii Broeti, etc...
1. Gènée dans ses développements par l'insuffisance d’une habitation d'emprunt, la colonie d'étudiants établie par Ignace à l’Université de Paris n'avait pu prétendre jusqu'ici à former une institution séparée. D’elle, cependant, devait surgir un des plus célèbres collèges de la Compagnie de Jésus. La Providence, en lui réservant cette glorieuse destinée, lui avait ménagé dans la protection d’un grand prélat les moyens de la remplir. Mais cette transformation ne pouvait s’opérer en un jour : la Compagnie, n'ayant encore en France ni domicile propre, ni le droit d’en avoir, devait rencontrer dans les passions des hommes et dans les ruses du démon bien des obstacles à ses projets. Monseigneur Guillaume du Prat, par sa constance et sa générosité, seconda les desseins de la Providence et prépara les voies à la fondation du collège de Clermont à Paris. Cet illustre bienfaiteur aura, dans cette histoire, la place que réclament pour lui la justice et la reconnaissance.
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Guillaume du Prat, né en 1507, était fils de l’illustre Antoine du Prat, chancelier de France et, après la mort de sa femme, archevêque de Sens et cardinal. Il avait déjà été nommé archidiacre de Rouen, quand, le 19 novembre 1528, mourut son oncle Thomas du Prat, évêque de Clermont. Le chapitre de la cathédrale réclama, d’après ses privilèges, l'honneur d'élire son successeur; mais le concordat conclu entre Léon X et François [°° avait aboli l'antique usage, en concédant au roi le droit de nomination aux sièges épiscopaux. Celui-ci pourtant y renonça, pour cette fois, et engagea les chanoines à choisir le neveu de l’ancien évêque « tant, disait-il, en considération des grands, vertueux et très recommandables services que nous faict chacun jour ledit cardinal chancelier ez la conduite de nos principales affaires, comme pour le louable rapport qui nous a esté faict dudit archidiacre de Rouen, son fils, et de son savoir, bonnes mœurs, vertu et grande honnesteté de vie! ». Élu évèque de Clermont, le 15 février 1529, Guillaume du Prat n'avait pas encore vingt-trois ans. Il savait quel fardeau pour sa jeunesse serait sa nouvelle dignité, aussi voulut-il, avant de gouverner par lui-même son église, continuer encore quelques années ses études de prédilection : la théologie, l'Écriture Sainte et les langues orientales l’occupèrent jusqu'au mois de janvier 1535*°.
L'Auvergne à cette époque était en proie à l'hérésie. On y trouvait, comme en bien d’autres pays, des hommes qu'un esprit pervers, un cœur corrompu ou le seul désir d’une révolution politique entrainaient dans le mouvement de la réforme. Séduits par des moines apostats venus d'Allemagne, ils se groupèrent et firent de la ville d’Issoire le centre du parti. Quand le jeune évèque de Clermont eut pris en main l'administration de son diocèse, il chargea des religieux de combattre l'erreur par la prédication de la vérité. Les Cordeliers et les Minimes furent d’abord ses principaux auxiliaires. Son confident, et le directeur de sa conscience, était un minime, le P. Simon Guichard, prédicateur distingué et des plus érudits de ce temps”. Mais le prélat s'aperçut bientôt que, malgré leur zèle, les missionnaires de l’évangile ne suffiraient point à protéger la religion de son troupeau. Il jèta ses regards sur les écoles, vit dans l’enseignement de la jeunesse
1. Lettre du 31 janvier 1528/9, dans Prat, Mémoires sur le P. Broel, p. 190.