Polanco, Chronicon, Il
4. Polanco l'appelle de Acquilla, mais, dans le registre des lettres de S. Ignace, on trouve de Achevilla.
5. Polanco, Chronicon, t. Il, p.93. « Cum Patri Ignatio hujus modi conditio non admittenda juxta nostrum Institutum videretur... » — Le fondateur s’est montré moins sévère dans les Constitutions. P. IV, c. nr, B. : « Obligationes, quae assignato reditui commensuratae videantur, assumi nequeunt. Non tamen inconveniens... facilem et exiguam obligationem admittere ».
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cune rétribution temporelle pour les fonctions spirituelles. 1 fft savoir à la généreuse donatrice qu'on ne pouvait accepter l'obligation. Elle n’en persévéra pas moins dans son bon dessein, sachant bien que pour la Compagnie la reconnaissance serait une dette sacrée !. Déjà on avait obtenu pour les bienfaiteurs l’indulgence du jubilé, « ce dont ils furent grandement consolés, dit la chronique de Polanco, en voyant qu'ils étaient aimés 2x spiritu par la Société * ». |
4%. Parmi les hôtes de M£' du Prat, on remarquait le P. Éverard Mercurian, né en 151%, au village de Marcourt, dans le duché de Luxembourg. Il avait commencé ses études aux écoles de Liège, et les avait terminées à l'Université de Louvain où il devint maitre ès arts. Il se trouvait dans cette ville, en 1543, lorsque le P. Le Fèvre y passant pour se rendre en Portugal fut arrèté par la maladie. Il alla lui dire ses doutes et lui demander conseil sur son avenir. Ébranlé par la parole ardente de François Strada, il se sentait porté à solliciter son entrée dans la Compagnie, mais, s’imaginant qu'il ferait plus de bien dans le ministère pastoral, il s’arrêta à cette dernière résolution : « Que ferai-je dans cette Société, se disait-il, que je ne puisse faire par les fonctions d’un pasteur des âmes? Elle administre les sacrements, elle prêche, elle célèbre pieusement les saints mystères et les fêtes, elle édifie par les exemples de sa vie chaste et mortifiée. Est-ce que, prêtre séculier, je ne pourrai pas en faire autant? J'en pourrai même faire davantage, puisque j'administrerai plus de sacrements, en même temps que je pourrai distribuer des aumônes, visiter les malades et enseigner la doctrine chrétienne aux enfants’. » On lui confia une paroisse du diocèse de Liège, appelée Waillet ou Voët. La première année, il s'efforcça, dit un vieil auteur, « d’essarter par son bon exemple les âmes de ses paroissiens toutes hérissées de ronces et de broussailles », et dans ce but il cherchait à les édifier par une vie sainte et retirée, ne les fréquentant guère que pour leur administrer les sacrements. Mais « voyant que ceci lui succédoit à rebours », la seconde année, il changea de tactique, et se faisant tout à tous se mit à vivre avec eux en toute familiarité. « Cette manière ne réussit non plus que la première, et comme il resvoit là-dessus fort désolé, la mémoire du P. Le
1. Lettres d'Ignace à M'° d'Acheville, 11 août, 19 octobre 1550 (Mon. Ignat., S. 1, t. III, p. 139, 211). — 2. Polanco, Chronicon, IT, 98, 91. 3. Manare, De vita Ev. Mercuriani, p. 1.
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Fèvre et de Strada, qu'il avoit cognus à Louvain, luy revint en pensée, et se délibéra de les suivre et de se donner à la Compagnie!. » Dans un premier voyage à Paris, en 1547, il fit les Exercices spirituels sous la direction du P. Paul d'Achille, puis retourna à Liège pour y régler quelques affaires de famille. II revint l’année suivante et fut admis dans la Compagnie, le 8 septembre, par le P. Viola. Il était âgé de trente-quatre ans?.
Doué de rares qualités, Éverard Mercurian fut tout de suite un précieux auxiliaire pour son supérieur. Bien qu'il eût achevé déjà ses études, « il s’appliqua de nouveau à la théologie et suivit les lecons de plusieurs professeurs, surtout celles du docteur Govéa, devenu l’un des meïlleurs amis de la Compagnie * ». Le reste de son temps était partagé entre les devoirs de la charité fraternelle et le ministère sacerdotal. Sa maturité, « son adresse à manier les consciences, à sonder et à guérir Les cœurs À », lui attiraient beaucoup de jeunes gens dont il faisait de fervents chrétiens. Plusieurs parmi eux, comme Adrien de Witte, Éleuthère du Pont et Olivier Manare, entrèrent dans la Compagnie de Jésus”.
D'ailleurs, depuis leur installation à l’hôtel de Clermont, les jeunes religieux, les prêtres surtout, ne laissaient point languir leur ardeur apostolique. Ils y étaient fort encouragés par les beaux résultats obtenus dans leurs ministères à l’église des Chartreux : le sacristain de ce sanctuaire avouait, « avec une joyeuse reconnaissance », que parmi les écoliers, qu’ils avaient habitués à la communion fréquente, une vingtaine avaient déjà embrassé la vie monastique dans l'Ordre de Saint-Bruno l. Désormais les réunions pieuses se feront dans les églises, plus voisines, des Saints Cosme et Damien et de Saint-Germain-des-Prés. Dans cette dernière, le Prieur des Bénédictins avait concédé aux protégés de Monseigneur du Prat l'usage d’une chapelle, pour y célébrer la
1. D'Oultreman, Tableaux des personnages signalez de la Compagnie de Jésus, p. 79, 80. L'auteur, entré dans la Compagnie en 1607, avait pu connaître le P. O. Manare, premier biographe du P. Mercurian, qui ne mourut qu’en 1611. (On trouve des détails sur sa mort dans le ms. 3,349 de la Bibl. roy. de Bruxelles).
2. Chronicon, I, 296. — 3. Manare, op. cit., p. 5. — 4. Ibid., p. 6.
5. Chronicon, Il, 292. Litter. quadr., 1, 300, 340, 394... Olivier Manare avait connu Éverard Mercurian à Louvain; il lui consacra plus tard uné notice biographique à laquelle nous aurons plusieurs fois recours, de même qu’à son Commentarius de rebus Societatlis Jesu, ouvrage d'autant plus suggestif que l’auteur occupa des charges importantes dans la Compagnie. — Adrien de Witte était aussi un étudiant de Louvain et fut attiré à Paris par l’exemple de Mercurian. — Éleuthère du Pont, né à Lille en 1527, avait des aptitudes exceptionnelles pour l’étude des belles-lettres; il faisait sa médecine à Paris quand il y connut Mercurian et par lui la Compagnie de Jésus.
6. Ce qui n’empêchera pas les adversaires de dire que la Compagnie est une société d'accapareurs. Cf. Polanco, Chronicon, II, 92.
messe et y administrer les sacrements, ce qu'ils faisaient, dit une ancienne relation, « avec un grand concours de plusieurs seigneurs et dames ! ». Dans les lettres qu'il envoyait à Rome tous
les quâtre mois, suivant l'usage d’alors ?, le P. Supérieur avait !
souvent à enregistrer le succès des œuvres de miséricorde spirituelle : tantôt ce sont des conversions, tantôt des vocations à divers Ordres religieux, suscitées par les Exercices du P. Ignace. L'exemple du duc de Gandie, François de Borgia, dont l’entrée dans la Compagnie venait d’être connue en France, y produisit sur nombre de personnes des impressions salutaires : « Cet exemple, écrit le P. Viola, nous concilia beaucoup d’espagnols, qui, jusqu'à présent, n'avaient pour nous que de l’antipathie. » Rien ne recommanda plus puissamment la communauté de Paris à l'estime de ces étrangers, que les services et les honneurs qu'elle rendit à l’un d’entre eux. C'était un savant, très ami de la Compagnie. Il tomba dangereusement malade et supplia les Pères de ne point le quitter jusqu’à son dernier soupir. Deux religieux se dévouèrent nuit et jour à son service, et lui prodiguèrent pendant une semaine tous les secours de la plus compatissante charité. Après sa mort, on lui fit de magnifiques funérailles, auxquelles tous les espagnols furent invités. Touchés de cet acte de piété envers un de leurs compatriotes, les moins bien disposés à l’égard de l'hôtel de Clermont se déclarèrent ses plus chauds partisans. On remarqua surtout cet heureux changement chez un jeune homme, peu soucieux de ses devoirs de chrétien, que le mourant avait recommandé à la sollicitude du P. Viola. A partir de ce moment il devint un modèle pour ses camarades et l’un des plus
1. Commencements de la Compagnie (Carayon, Documents inédits, I, 7). — Manare, De rebus S, J., p. 64. — Orlandini ne parle pas de Saint-Germain mais toujours
des Chartreux.Le P. Polanco en parle sous l'année 1552, mais en ajoutant : « Festis
autem diebus in abbatia Sancti Germani pro antiquo more sacramenta Paschasius ministrabat » (Chronicon, II, 599).
2. A l’origine de la Compagnie, dès 1540, les Pères dispersés avaient coutume d’écrire à Rome tous les huit jours. Plus tard les supérieurs des maisons d'Italie et de Sicile furent chargés d'écrire chaque semaine, ceux des autres parties de l’Europe chaque mois et ceux des Indes chaque année seulement. En 1546 il fut décidé, pour décharger les supérieurs locaux, que cette correspondance traiterait surtout des affaires courantes, et que les choses édifiantes seraient consignées tous les quatre mois seulement soit par les supérieurs eux-mêmes, soit par d’autres en leur nom, dans des lettres circulaires, dites quadrimestres et envoyées à Rome aux mois de janvier, mai et septembre. Le 27 juillet 1547 le P. Polanco, de la part du P. Ignace, adressa à toute la Compagnie des instructions à ce sujet (Mont Ignat., s. 1, t. I, p. 536-541), Le saint fondateur tenait beaucoup à la correspondance épistolaire pour le bien général de la Compagnie ; par lui-même ou son secrétaire il répondait en donnant des avis, des encouragements- ou des observations paternelles. (Cf. Mon. Hist., Lilter. quadr., t. i, Préface. — Const., P. VIN, c. 1, n. 9, Let M).
assidus aux réunions de la chapelle de Saint-Germain-des-Prés. Cette chapelle continuait d'ailleurs à être le rendez-vous de l’élite des étudiants de l’Université : on vit, un jour de Noël, plus de soixante d’entre eux y faire ensemble la sainte communion !.
5. Peu à peu, la curiosité publique fut éveillée sur les étudiants de la Compagnie de Jésus par l’affluence des fidèles, de tout âge et de toute condition, que leur zèle attirait. Au collège des Trésoriers et à celui des Lombards, ils ne s'étaient distingués des autres écoliers ni par leur costume, ni par leur nom. Jusque-là on n’avait vu en eux que des élèves réguliers et vertueux, et leur famille religieuse était restée inconnue à un grand nombre. Mais, dès qu'ils eurent formé, à l’hôlel de Clermont, une communauté particulière, et qu'ils furent tous habillés de même façon, on s’informa de leur qualité, de leur nom, du genre de vie qu'ils menaient. On sut bientôt que c’étaient des scolastiques d'un Ordre de Cleres Réguliers, tout nouveau, approuvé par deux bulles de Paul III sous Le titre de Société ou Compagnie de Jésus. Comme 1l aurait été trop long de les appeler Clercs de la Compagnie de Jésus, on les désigna par les noms de Clercs de Clermont ou de Jésuites ?. Ils formèrent, dans l'opinion, comme une classe distincte parmi les autres groupes d'étudiants de l’Université. Sur leur compte les esprits se partagèrent : les uns leur montrèrent encore plus d'opposition qu'auparavant, les autres ajoutèrent à l'estime, qu'ils leur avaient jusque-là témoignée, un nouveau sentiment de respect, à cause de leur profession.
Les disciples d’Ignace de Loyola se mettaient sans doute peu en peine des contradictions, soulevées par des partisans de l'hérésie ou de mauvais chrétiens : c’est le privilège réservé à ceux qui ont l’honneur de porter le nom de Jésus. Mais ils furent sensibles aux attaques de certains hommes, qui auraient dû plutôt se déclarer leurs défenseurs et leur soutien. Un docteur de renom prédisait, à qui voulait l'entendre, que cette société nouvellement fondée ne vivrait pas longtemps, et 1l ajoutait qu'il valait mieux faire l’'aumône aux pauvres qu'aux Jésuites. Un autre détournait ses amis et connaissances d’entretenir des relations avec des gens