‹ Histoire de la Compagnie de J©♭sus en FranceChapitre 115 sur 457 · Litt. quadr., III, 112, 241; IV · texte numérisé non relu

Litt. quadr., III, 112, 241; IV

Parmi les jeunes prédicateurs de l'hôtel de Clermont il y en avait alors deux surtout, Robert Claysson et Jérôme Le Bas, dont les premiers essais dans la sainte carrière étaient visiblement bénis de Dieu. Le premier, originaire de Belgique!, paraissait presque un enfant, mais il joignait à une précoce maturité une éloquence naturelle, doublée d’un zèle convaincu. Jérôme, belge lui aussi et d’un talent non moins distingué, était une de ces natures ardentes qui ont plutôt besoin du frein que de l’aiguillon. Il suivait les cours de théologie à l’Université de Paris, lorsqu'il fit en 1553, étant déjà prêtre, les Exercices spirituels sous la direction du P. Broet. Il y conçut le désir de partager la vie des disciples d’Ignace: des amis, à qui il avait confié son projet, parvinrent à l’en détourner. Cependant à partir de ce moment, renonçant à l'existence dissipée des autres étudiants, 1l se mit au service des pauvres dans les hôpitaux. Pour récompense de son dévouement, Dieu permit qu’il ne perdit pas sa vocation. Pressé par la grâce, il rougit bientôt de ses hésitations et se présenta de nouveau au P. Broet qui le reçut avec joie?.

Les travaux apostoliques de ces deux religieux et de leurs frères furent parfois gênés, à cette époque, par une opposition inattendue de la part du clergé. Ainsi, Robert Claysson ne fut point autorisé à prêcher dans le diocèse de Paris; c’est celui de Soissons qu'il allait le plus souvent évangéliser, avec le plein assentiment de l’évêque, ME Mathieu de Longuejoue. Au contraire, l’évêque de Paris, Eustache du Bellay, montra dans plusieurs circonstances les sentiments peu bienveillants dont il était animé envers la nouvelle Société. Le frère scolastique Jacques Morel devant, avec l'autorisation de ses supérieurs, recevoir les ordres sacrés, le P. Broet communiqua au prélat les privilèges contenus dans les bulles pontificales, et lui demanda de vouloir bien faire l’ordination. Eustache du Bellay répondit, avec humeur, que la Compagnie n’était pas reconnue en France, et quil n'ordonnerait personne qui ne füt ou profès d’un Ordre approuvé, ou muni d'un bénéfice ecclésiastique. Le conseiller Dumont, très dévoué aux Pères, s’offrit comme médiateur et ne réussit pas mieux dans sa démarche : « Je ne ferai rien, lui dit le prélat, car je paraitrais approuver la Compagnie en ordonnant quelqu'un de ses sujets?. »

. 1. Né à Bruges en 1518, entré dans la Compagnie en 1549; fut recteur à Saint-Omer et à Bruges ; mourut dans cette ville en 160 2. Polanco, Chronicon, IX, 295. Lit. quadr., IX, 366. 3, Polanco, Chronicon, LIL, 286; IV, 319, 323. Litt. quadr., HI, 109.

Au mois d'avril 155%, raconte le P. Clayëson dont nous abrégeons le récit, « le P. Supérieur, après y avoir bien réfléchi, résolut de me laisser prêcher à Saint-Barthélemy, dans le quartier du Palais, et dans d’autres églises qui réclamaient le secours de mon ministère. Nous nous rendons ensemble à l'évêché, pour obtenir l'autorisation. Le prélat nous recoit assez aimablement, et nous dit qu'il est prêt à satisfaire aux vœux des fabriciens! qui m'avaient demandé, pourvu que je fusse accepté par le pénitencier, Jean Alleaume, docteur en théologie, à qui incombait la charge de m'examiner. De là, nous allons directement à l’église Notre- Dame où nous rencontrons M. le pénitencier et M. le chantre.

Quand le P. Supérieur eut exposé l’objet de sa visite, on lui objecta -

‘çue je paraissais bien jeune, — ce que j'avouai ingénument. — Nous insistons, en faisant remarquer que ce n'était pas un sérieux obstacle. Alors M. le chantre élevant la voix : « Si celui-ci monte « en chaire, vous soulèverez contre vous tout le collège de Sor- « bonne et les quatre Ordres mendiants!.. » Et cela dit, il s’éloigna. M. le pénitencier nous parla avec plus de bienveillance et de familiarité : « Je ne doute pas, dit-il, en s'adressant à moi, de «votre science et de votre vertu; mais je crains que votre air de « Jeunesse ne soit pour les auditeurs une occasion de mépriser la «parole de Dieu. Quoi qu’il en soit, je verrai les fabriciens et je «vous rendrai réponse. » Bref, nous revinmes à la charge plusieurs fois, mais toujours il prétendait qu’il n’avait pas encore vu les fabriciens. 11 finit un jour par ajouter au P. Supérieur : « Croyez-moi bien, je vous prie, ce serait imprudent de laisser «ce jeune homme monter en chaire, et cela pour de bonnes « raisons que je ne puis vous dire; c’est pourquoi attendons une « meilleure occasion ?, »

Les sentiments de défiance d’Eustache du Bellay. et de quelquesuns des chanoïnes de sa cathédrale étaient partagés par plusieurs curés de Paris. Un ami des Jésuites, frère d'un marguillier de Saint-Sulpice, s'était un jour promis d'obtenir au P. Claysson la permission de prêcher dans cette église, soumise à la juridiction du cardinal de Tournon. Le curé fit un médiocre accueil au solliciteur, et refusa sous un futile prétexte d'accepter un prédicateur de la Compagnie. Indigné de toutes ces entraves et injustices, un homme de grande influence prit sur lui de faire accorder aux Pères la chaire de l’église de la Trinité. Très lié avec l’évêque de

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