‹ Histoire de la Compagnie de J©♭sus en FranceChapitre 131 sur 457 · ANT -J/ IR IN · texte numérisé non relu

ANT -J/ IR IN

maison d'enseignement acceptée par saint Ignace, peuvent dans une certaine mesure suppléer à ce qui nous manque. C’est en 1547 que le P. Domenech, ancien supérieur des étudiants de Paris au collège des Lombards, devenu Provincial de Sicile, offrit à la Compagnie, de la part du vice-roi, la fondation de cet établissement. Le P. Général l’accepta. et résolut d'en faire comme le modèle de tous ceux qui s’organiseraient à l'avenir: il en donna le gouvernement au Père Jérôme Nadal, et confia les cours à des maitres tels que Pierre Canisius, Annibal du Coudret, André Frusius et Benoît Palmio. Le P. Nadal, de concert avec ses collaborateurs, établit le collège de Messine sur le pied de ceux de l'Université de Paris, que beaucoup de jeunes Jésuites avaient fréquentée et où étudiaient encore bon nombre de scolastiques, mais il se réserva d'introduire, dans les méthodes et la discipline, les améliorations jugées opportunes. Il formula dans ce sens diverses prescriptions relatives aux études, à l’enseignement, à la direction spirituelle et au bon ordre général. Ce règlement, soumis à l'approbation de saint Ignace, fut ensuite appliqué à tous les collèges que fonda la Compagnie, même au collège romain, en tenant compte toutefois des usages locaux et avec quelques modifications indiquées par l'expérience !. C'est, d'une certaine façon, le plus ancien Ratio Studiorum. En voici les grandes lignes, d'après une lettre du P. Annibal du Coudret.

Il y avait à Messine trois classes de grammaire, les humanités, la rhétorique et la philosophie; de plus un professeur de grec et un autre d'hébreu. La durée des exercices scolaires, chaque matin et chaque soir, variait de deux heures à trois heures selon le degré des classes elles-mêmes: dans toutes on parlait latin. Les vacances se réduisaient à quinze jours pour les élèves d'humanités, à huit jours pour ceux de la troisième classe de grammaire, à moins encore pour les classes inférieures.

Dans la première? classe de grammaire, divisée en plusieurs sections, les élèves récitaient les huit parties du discours de Donatus ou les rudiments de Despautère. — Dans la seconde classe, divisée en deux sections, les plus faibles apprenaient la grammaire de Pharaon, et les plus avancés celle de Despautère jusqu’à la syntaxe. Le professeur expliquait les lettres de Cicéron, des passages de Térence ou les églogues de Virgile. Une demi-heure chaque matin et toute l'après-midi du samedi étaient consacrées

1. Lill. quadr., I, 319. Chronicon, 1, 282; HEAR 2. Il s'agit de la classe inférieure, la plus élémentaire.

aux concertations !. On répétait, le samedi matin, toutes Les lecons de la semaine. — Dans la troisième classe, on voyait, depuis octobre jusqu'à Pâques, la syntaxe de Despautère, et de Pâques au mois d'octobre, l’art métrique et le livre de fiquris du même auteur. Le professeur expliquait, parmi les prosateurs, ou Cicéron (De amicitia ou De senectute) ou Salluste; parmi les poètes, des passages de Térence ou d’Ovide. Les élèves faisaient chaque jour une composition latine, soit en prose, soit en vers. L'ordre des concertations et des répétitions était le même que dans la seconde classe.

En humanités, il y avait plus de variété dans le choix des auteurs. Le P. Annibal du Coudret cite, parmi les latins, Cicéron et Tite-Live, Virgile et Plaute; parmi Les grecs, les dialogues de Lucien et d'Isocrate, l’Iliade d'Homère et Aristophane. Le samedi soir, on déclamait quelques passages des auteurs déjà expliqués.

En rhétorique, on apprenait les préceptes dans Fabius eu dans la rhétorique ad Herennium; le professeur expliquait, avec les discours de Cicéron et de Démosthène, Hésiode ou quelques livres des historiens. Chaque semaine, les élèves composaient un discours que le maitre corrigeait dans la soirée du samedi; tous Les quinze jours, avaient lieu les débats contradictoires. — En philosophie, le professeur /isait, outre Aristote, la dialectique de Georges de Trébizonde ou celle de quelque autre auteur; ses explications ‘étaient suivies de répétitions, d’interrogations et de disputes scolastiques.

Quant au spirituel, on commençait et on finissait chaque classe par le signe de la croix, quelquefois par une prière, plus courte chez les grands, plus longue chez les petits. Les élèves avaient coutume de se confesser chaque mois, et d'assister à la messe tous les jours*.

Ce règlement peut donner au moins une idée des usages observés à Billom, dans les premiers temps. Tout nouveau dans son genre, pour le bon ordre, la discipline et la piété, le collège de M£' du Prat ne tarda pas à faire l'admiration de la ville. Les habitants, raconte le premier annaliste de la maison, se rendaient souventà la grande église Saint-Cerneuf, au moment des offices des élèves, afin d'être témoins de leur recueillement ?. Les séances

1. La concertation consiste dans un débat entre rivaux (émules) qui s'interrogent et répondent à leur tour, ou bien qui se corrigent les uns les autres sur l'interrogation du maître.

2. Lettre du P. du Coudret au P. Polanco, 14 juillet 1551 (Zitt. quadr.,t.1I, p 349, 358). — 3. Primordia collegii Billomensis (Archiv. de la prov. de Lyon).

littéraires ou dramatiques attiraient la foule : « Ces sortes de spectacles, écrivait le P. Claysson au P. Lainez, émeuvent toujours. l’âme et lui laissent une impression salutaire; ils profitent même parfois autant qu’un sermon. Ges pièces, tirées de sujets sacrés, augmentent le crédit de la Compagnie, et cela à la gloire de Notre- Seigneur. Le collège jouit d’une excellente renommée, grâce à l'enseignement, à la méthode et à l’émulation. La noblesse retire. ses enfants des autres académies, pour nous les confier; les péda-

ogues accourent à nous avec leurs élèves. Ceux-ci nous viennent do lieux les plus éloignés. Que ne devons-nous pas espérer de ce collège, lorsqu'il sera bâti! ? » Il aurait dû ajouter : et quand nous aurons de brillants professeurs, car, de l’aveu du P. Polanco, ce succès, vu la médiocrité du personnel, ne laissa pas que d’étonner les supérieurs®?.

7. Les lecons se donnaient alors dans les bâtiments de l’ancienne Université. M*' du Prat avait procuré aux Pères, pour leur habitation, une maison de louage qu'il avait garnie de l’ameublement nécessaire. Il s’apprètait à faire plus encore. Quand le P. Viola se rendit à la première congrégation générale (1557), il lui remit une lettre, destinée aux profès de cette assemblée, dans laquelle il leur disait : « Je donne bien volontiers l'assurance de ma parole, que je réserve à la construction du collège et à l'entretien des professeurs, qui y viendront enseigner, 10.000 livres et plus, et que je m'empresserai de les fournir dès que le temps sera venu °. »

Ces engagements furent consignés, avec les concessions accordées par la ville et le chapitre, dans un contrat de fondation passé, le 19 novembre 1558, par-devant le notaire de Beauregard. Aux anciennes libéralités, dont nous avons déjà parlé, et à l'achat, moyennant 1.180 livres, de terrains aussitôt donnés aux Jésuites, Le prélat ajoutait : de nouveaux terrains ; — une maison; — la dime de Mezet; — 1.200 livres de rente qui lui étaient dues sur l’hôtel de ville de Paris; — la promesse de 10.000 livres pour les bâtiments du collège, avec ordre que cette somme fût payée par ses héritiers, si on ne l’avait pas acquittée de son vivant. Par ce même acte, M* du Prat chargeait spécialement les échevins de Billom de veiller à l'exécution de ses volontés, et afin d’entourer

. Lettre de février 1557 (Galliae Epist., t. I, n. 16). : Polanco, Chronicon, VI, p. 493. « Debiliores esse nostros lectores, quam ipse

voluisset, [P. Viola] seribit. »

Page 1