‹ Histoire de la Compagnie de J©♭sus en FranceChapitre 132 sur 457 · Primordia coll. Billom (Arch. prov. de Lyon · texte numérisé non relu

Primordia coll. Billom (Arch. prov. de Lyon

sa fondation de toutes les garanties possibles, il la fit signer non seulement par ces bee et les principaux habitants de la ville, mais encore par Paul du Prat son cousin, archidiacre de Clermont, et par plusieurs membres du chapitre.

On se mit, sans tarder, au travail des constructions. Un seigneur du pays loua, ponr quatre ans, une earrière aux Jésuites, et l'évê- ‘que ndaieur leur permit d’abattre quatre-vingts arbres magnifiques dans la forêt de Billom ?. En mai 1559, fut bénite la première pierre du nouvel édifice : « Le 29 de ce mois, raconte un témoin oculaire, Sa Seigneurie révérendissime vint à Billom, où elle fut recue avec de grands honneurs par les habitants et les écoliers; les uns l’accompagnaient à cheval, les autres portaient en main des rameaux. Conduite au lieu où l’on devait élever le collège, elle en visita avec grand plaisir l'emplacement et les matériaux. Une petite chapelle avait été préparée pour la célébration de la messe et les autres cérémonies. Sur une des faces de la première pierre, on avait gravé cinq croix, une au milieu et les autres aux quatre coins. Sur l’autre face, on voyait les armoiries épiscopales avec ces paroles : Guillaume du Prat, évèque de Clermont, fondateur de cette église et du collège, Le trentième jour de mai 1559 *. C’est en effet le lendemain de son arrivée que, devant une foule nombreuse et toute l’Université, cette première pierre fut placée dans les fondations, à l'endroit où devait être la porte principale de l’église. A la fin de la cérémonie, Sa Grandeur se trouvant un peu fatiguée n’osa pas monter à l'autel pour célébrer Le saint sacrifice, et la messe fut dite par Maitre Jérôme Le Bas. On se rendit ensuite à l'habitation des Pères où la ville avait fait préparer un banquet. Monseigneur déclara que, si Dieu le laissait vivre jusqu'à l'achèvement de l’église, il voulait y être inhumé. On lut devant lui, après le diner, une églogue latine, dans laquelle on comparait la première pierre à celle où le patriarche Jacob reposa la tête. La pièce fut bien récitée et le prélat en parut très satisfait‘. »

8. Guillaume du Prat, mort le 23 octobre 1560, n’eut pas la consolation de voir l’église terminée : elle ne le fut qu'en 1564.

1. Archives du Puy-de-Dôme, série D, Contrat de US, — Cf. Lettre du PB: cie au P. Laïnez (Gall. Epist., BASE EN . Lettre du P. Gérardin au P. Lainez (Gall. Epist., t. I, f. 76). à Cette inscription était en latin : Gulielinus Du Pra, episcopus Clar amontensis, hujus ecclesiae et Collegii fundator, die 30 mai 1559. 4. Lettre du P. Louis du Coudret au P. Général, 25 juin 1559 (Gall. Epist,., {. I, f. 29).

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Mais on y transporta sa dépouille mortelle, et son dernier vœu se trouva ainsi réalisé. Un historien de l’Église d'Auvergne a pu dire, avec vérité, que « ce saint évêque fut aussi l’un des plus grands qui aient occupé le siège de Clermont! ». Ni son mérite personnel, ni les éclatants services que son illustre père avait rendus à l’État et à l’Église n’éveillèrent en lui de prétentions ambitieuses. Il ne voulut jamais, comme tant d’autres, cumuler dans différents diocèses les. fonctions épiscopales, et se contenta des modestes bénéfices qui lui avaient été attribués avant son intronisation. Dans un discours qu’il prononca au concile de Trente, le 9 janvier 1547, il s'était hautement déclaré en faveur de la résidence des évêques. De retour en France, confirmant la sincérité de ses paroles par l'autorité de son exemple, il ne paraissait à la cour que si son devoir, les intérêts de son Église ou le bien général de la Religion l’y appelaient. D'une santé délicate, il vivait habituellement à Beauregard, sa maison de campagne, réservant toutes ses forces pour la bonne administration de son diocèse. IL était le modèle de son clergé, et lui procura, par l’établissement de diverses communautés religieuses, le concours d’auxiliaires habiles et dévoués. Véritable père de son peuple, il employait tous ses revenus à fonder des institutions charitables qui lui ont longtemps survécu. L'Église lui doit de bénir toujours sa-mémoire pour le soin qu'il donnait à l'éducation de la jeunesse, pour le bien opéré, grâce à ses largesses, par les collèges de Billom, de Mauriac et de Paris.

Cette vie, tout entière consacrée au service de Dieu et au bien des âmes, fut couronnée par une mort très douce. Le prélat, dit un ancien historien, s’y « prépara et disposa de bonne heure, s'étant retiré en son chasteau de Beauregard pour méditer, avec plus de reposet de tranquillité, son départ de ce monde? ». Quand il se sentit près de sa fin, il fit appeler près de lui le P. Recteur de Billom, qui vint aussitôt et voulut l’assister jusqu’à son dernier soupir. Aux obsèques, célébrées avec une pompe extraordinaire, le P. Jérôme Le Bas, interprète de la douleur de tous, retraça éloquemment les vertus et les mérites du vénéré pasteur, dont le corps fut déposé provisoirement dans l’église des Minimes ?.

Mû par un juste sentiment de reconnaissance, Le P. Lainez, alors Général, voulut associer tous ses religieux aux regrets qu'il avait

1. De Résie, Hist. de l’Eglise d'Auvergne, t. IL, p. 468. 2. Hilarion de Coste, Histoire catholique, 1. 11, p. 308. 3. Lettre du P. Viola au P. Général, 15 nov. 1560 (Galliae Epist., {. I, fol. 171).

ressentis de la perte de cet insigne bienfaiteur : « Notre Compagnie, disait-il dans une circulaire adressée à toutes les maisons. est obligée, plus que toute autre, à hâter par de ferventes prières l'entrée de l’âme du vénérable prélat dans le séjour des bienheureux. Il l’aima d’un amour paternel, et la combla de bienfaits: après l’avoir introduite en France, il lui resta fidèle, la regarda comme sa famille, la soutint dans les plus rudes épreuves, qu’il voulut partager avec elle. En retour de si grands bienfaits, tous les prètres célébreront douze fois le saint sacrifice de la messe: ceux qui ne le sont pas, feront pendant douze jours, au choix du supérieur, des prières expresses pour le repos de son âme. »

9. Si la mort vint surprendre, au milieu de sa tâche, ce pieux évêque, âgé seulement de cinquante-trois ans, elle ne l’empêcha pas néanmoins d'assurer l'avenir de ses saintes entreprises. Quatre mois avant son décès, le 25 juin 1560, il avait exprimé par écrit ses dernières volontés. Le préambule de son testament et l'exposé des motifs, qui précède les principaux articles, respirent la foi la plus vive et la plus tendre charité. À ses parents, qui sont riches, il laisse seulement quelques souvenirs. C'est aux pauvres, aux hôpitaux, aux communautés religieuses, aux institutions, dont il avait été le fondateur ou le soutien, qu'il partage sa belle fortune. Cette longue série de donations est comme un résumé des bonnes œuvres de sa vie.

Cinq clauses de son testament regardaient la Compagnie de Jésus. Touchant le collège de Billom d'abord, Monseigneur confirmait la rente annuelle de douze mille livres et la somme de dix mille livres pour les bâtiments à construire. Il donnait de plus aux Pères du collège, «en augmentation de la fondation », une somme de cinq mille livres; — « sa chapelle d'argent et ornements d'icelle; — les livres de sa librairie qui leur conviendront, à la charge d'entretenir à perpétuité dix-huit pauvres escoliers, à leur choix, et du diocèse de Clermont ».

Le généreux testateur favorisait aussi les deux autres collèges, qu’il avait depuis longtemps le désir de fonder, à Paris et à Mauriac. Pour l’achat d’une maison dans la capitale, afin de « s’y loger et tenir ledit collège », il léguait ses trois seigneuries de Cormède, de Lempde et de Saint-Amand d’Artières. IL y ajoutait la somme de six mille livres « pour aider à bâtir un logis » ; — une rente annuelle de mille cinq cent quarante-cinq livres, destinée à la

1. Lettres du 9 déc. 1560 (Gall., Epist. General., t. 1559-1561).

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subsistance des maîtres; — enfin une autre rente de six cents livres pour l'entretien « à perpétuité de six pauvres escoliers ».

Son second collège d'Auvergne, celui de Mauriac, n’était pas moins favorisé. Il déclarait vouloir l’établir, «afin que ceux qui demeurent ès montagnes [puissent] plus sûrement et avec moins de labeur faire instruire leurs enfants, sans danger qu'ils soient infectés d’hérésie ». Il léguait, dans ce but, une somme de sept mille livres et une rente de quatre cents livres « due par la comtesse de Saint-Paul et autres coobligés ! ».

Les dispositions relatives à la Compagnie de Jésus étaient exprimées avec une précision qui ne laissait aucun doute sur les Intentions de M£' du Prat. Cependant, des personnes intéressées attaquèrent la légalité de son testament, et ses dernières volontés ne furent pas respectées. Profitant des querelles que le Parlement de Paris suscitait aux Jésuites, pour le droit de naturalisation, elles poursuivirent une série de procédures qui devaient, croyaientelles, les substituer aux légataires légitimes. Dans cette revendication des legs faits à la Compagnie de Jésus, se trouvaient réunis les exécuteurs testamentaires et quelques héritiers naturels de l’évêque. De plus, la ville et les chanoines de Billom prétendirent au droit d’administrer les biens du collège ;1es pauvres de Clermont réclamèrent, outre leurs legs particuliers, ceux que le prélat avait destinés aux religieux chargés de leur direction ; Les hôpitaux, en raison de leurs besoins, voulurent faire augmenter leur part ?. Enfin un des avocats du roi présenta au Parlement, le 26 mars 1561, une requête en faveur des quatre Ordres mendiants de Paris, « si nécessiteux, disait-il, qu'ils seront contraints chasser tous leurs escholiers estrangers des couvents, par faute de vivres et le peu d’aumônes qu’on leur distribue maintenant” ».

Les titres allégués par ceux qui se disputaient ainsi quelques lambeaux de la succession, n'étaient point équitables; cependant tous avaient confiance dans la réussite de leurs réclamations, forts de cette raison que la Compagnie, ne jouissant pas du droit de cité en France #, ne pouvait accepter aucun héritage. Mais, si le P. Paschase Broet et son procureur, le P. Ponce Cogordan, n'a-

1. Testament de M: du Prat (Archives hosp. de Clermont, reg. 93). Bibl. de Clermont, ms. 642, fol. 1, 18. Cf. une lettre du P. Cogordan au P. Général, 2 déc. 1560 (Gall. Epist., t. I, fol. 142). |

2. Requêtes des consuls, des chanoines et des administrateurs de l'hôpital (Tolos. , Fundat. colleg., t. I, n. 88).

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