Du Boulay, Hist. Univ. Paris., t. VI, p
4. Nous exposerons, dans les chapitres suivants, les difficultés contre lesquelles les Jésuites durent lutter avant d'obtenir les lettres de naturalisation.
vaient pas le droit d'entrer en possession des legs, ils pouvaient du moins, jusqu’à la reconnaissance officielle de la Compagnie, plaider leur cause contre les empiètements des compétiteurs. Le 19 juin 1561, ils adressèrent au Parlement une requête dans laquelle, après avoir rappelé les donations à eux faites, ils exposaient leur impossibilité de remplir les intentions du testateur, par suite des prétentions de leurs adversaires. En conséquence, ils demandaient « qu'ils fussent reçus parties au procès, pour déduire leurs moyens de défense et fins de non-recevoir », et qu’il fût défendu « ausdits contredisans.… de ne faire chose au préjudice de ladite requeste ! ».
Malgré le mauvais vouloir que le Parlement leur avait montré jusqu'alors, la démarche des Pères, ainsi que le constatent les actes de la Cour, fut couronnée d’un plein succès. Ils furent « reçus à déduire leurs droits », et défense fut faite À leurs parties de les poursuivre « en ladite cause, jusqu’à ce que le roy ait déclaré sa volonté ? ». Cette concession transitoire du Parlement de Paris avait du moins, comme résultat, de sauvegarder pour l'avenir les intérêts des Jésuites, légitimes légataires. Mais rien ne servit mieux leur cause que le différend survenu entre deux villes de l’Auvergne : Clermont, comme siège épiscopal, revendiquait l'honneur de posséder dans ses murs Le collège florissant établi à Billom. Les consuls, les chanoines et les bourgeois de cette dernière ville s'émurent de cette prétention, etrésolurent de garder leur collège et les religieux auxquels M£ du Prat l'avait confié. Ils envoyèrent dans toute la province des députés, avec mission de recueillir les vœux des habitants. Les familles, et des villes entières, témoignèrent que les Jésuites avaient déjà rendu au pays d’éminents services : leur enlever la direction du collège, ce serait, disait-on, livrer toute l'Auvergne à l’hérésie. Après avoir pris acte de ces élogieuses attestations, quelques députés de Billom se rendirent à la cour afin d'y défendre les droits de la ville sur son collège, Ils furent accueillis avec bienveillance par les cardinaux de Lorraine et de Tournon, qui promirent de favoriser l'établissement de la Compagnie, non seulement en Auvergne, mais dans toute la France. Cette protection de deux prélats, puissants et très respectés, fit tellement d'impression aux exécuteurs testamentaires, venus aussi à la cour, qu’au lieu d'y soutenir leurs revendications, comme c'était leur pensée, ils joignirent leurs sollicitations à
1. Requête des Jésuites au Parlement, 19 juin 1561 (Du Boulay, t. VI, p. 579).
2. Ibidem. — Cf. Epist. P. Broeti, p. 252, 253. COMPAGNIE DE JÉSUS. — T. I. 13
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celles de leurs adversaires, en faveur des Jésuites. De leur côté, les cardinaux de Guise, de Bourbon et d’Armagnac appuyèrent avec énergie, devant le conseil, la requête des habitants de Billom !. Si l’on ne prit point alors une détermination définitive, — ce qui n’eut lieu qu’au mois de février 1562, — leur témoignage, si autorisé, confirma cependant le roi et la régente dans les bonnes dispositions qu'ils avaient manifestées envers la Compagnie de Jésus ?.
1. Sacchini, Hist. Soc. Jesu, P. II, 1. V, n. 195-197. 2. Lettre du P. X. au P. Lainez, 1°" sept. 1561 (Gall. Epist., t. I, fol. 228).