‹ Histoire de la Compagnie de J©♭sus en FranceChapitre 136 sur 457 · Nicolas Boucher, La conjuration des lettres…., p · texte numérisé non relu

Nicolas Boucher, La conjuration des lettres…., p

3. Inspirée des décrets du concile schismatique de Bâle et promulguée par Charles VII en 1438, la Pragmatique Sanction n'avait cessé pendant près de quatre-vingts ans d’être l'objet des plus ardentes protestations du Saint-Siège, lorsque François 1° consentit, en 1516, à sa suppression définitive. Un Concordat régla les rapports de l’Église de France avec la cour romaine. Léon X concéda au roi la collation directe des bénéfices et la nomination aux archevêchés, évéchés et abbayes, sauf le droit reconnu au Pape de donner ou refuser l'investiture spirituelle aux prélats ainsi désignés. François I‘, de son côté, consentit au rétablissement des annates, à la condition que leur levée serait soumise à l'autorité royale. Le Concordat de 1516 devint pour le

parlement, l'université et une partie du clergé, qui regrettait les anciennes libertés

gallicanes, une cause de sourde hostilité contre le pouvoir royal et l’autorité pontificale,

« contraire aux saints décrets, ou aux conventions, droits, privilèges et prérogatives du Roï, et aux immunitez et libertez de l’église Gallicane et du royaume ».

Avant d'obtenir l’enregistrement des lettres patentes du roi, les Jésuites allaient donc avoir à lutter contre les résistances du Parlement et les préjugés de la Faculté de théologie, deux corps fiers de garder les prétendues traditions nationales, et assez puissants, comme on le verra, pour tenir en échec la volonté royale elle-même. Les gens du roi, le procureur général Noël Bruslart et les avocats généraux Gabriel Marillac et Pierre Séguier, chargés par la cour du Parlement. d'étudier l'affaire, virent dans l’exemption de la juridiction épiscopale et de la dime, dont parlaient les bulles, une atteinte portée aux lois du royaume. Noël Bruslart, que les Pères de l’hôtel de Clermont reconnaissaient pour « un homme de foi orthodoxe et d’une insigne piété! », s’opposa à La vérification des lettres présentées à La cour, « remontrant que l’Institut préjudicioit au roy, à l’estat et à l’ordre hiérarchique? ». Au lieu de statuer sur les conclusions du ministère public, le Parlement se contenta de renvoyer aux Jésuites leurs lettres patentes. Quelques mécontentements, survenus alors entre la cour de Rome et la cour de France, détournant son attention et celle du public, lui permirent d’en rester là sans se compromettre. De plus, la guerre avait éclaté entre Henri IT et Charles-Quint; le roi était allé se joindre aux princes allemands ligués contre l'empereur. Les préoccupations, qui absorbèrent les hommes du gouvernement, rassurèrent les magistrats sur les conséquences de leur conduite envers Ia Compagnie de Jésus.

3. Au mois de juin 1552, époque de l’arrivée du P. Broet à Paris, le moment ne paraissait pas opportun pour renouveler les demandes faites par son prédécesseur : le roi était encore à la tête de son armée en Lorraine, où il occupait le duché de Bouillon et s’emparait tour à tour de Toul, de Montmédy, de Verdun et de Metz. Mais, quand la retraite de Charles-Quint permit à Henri II de rentrer dans sa capitale, le P. Provincial put songer à poursuivre l'enregistrement des lettres de naturalisation. L’évêque de Clermont lui promit d'obtenir le puissant appui de Marguerite, sœur du roi; le cardinal de Lorraine l’assura des

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