‹ Histoire de la Compagnie de J©♭sus en FranceChapitre 142 sur 457 · Lettre du 13 mars 1555 (Zbid · texte numérisé non relu

Lettre du 13 mars 1555 (Zbid

2. Chronicon, V, 12, 321. Cartas de San Ign., VI, app. IT, p. 647. 3. Chronicon, V, 11.

versités de Ferrare, de Valladolid, de Coïmbre, de Louvain, de Vienne, etc.!. Le résumé de quelques-uns de ces documents nous fera connaitre dans quel sens étaient concus tous les autres.

Gilles, évêque de Modène, atteste que la Compagnie de Jésus, dans cette ville et ailleurs en Italie, exerce une influence si heureuse sur les habitants, par la pureté de ses mœurs, par sa piété, ses exemples et ses lecons, que tous ceux qui suivent sa direction font chaque jour des progrès dans la vertu. S'il parle ainsi, dit-il, ce n'est pas par flatterie, à Dieu ne plaise, mais pour témoigner, à la gloire de Dieu, de ce qu’il a vu et expérimenté: car on juge de l'arbre par ses fruits, et chacun de nous à la fin de sa vie sera jugé au poids de ses œuvres.

Le vicaire général de l’archevèque de Florence, commissaire de l'Inquisition, certifie, de concert avec ses collègues, que la Compagnie est très dévouée aux autres familles religieuses approuvées par la sainte Église, et qu’elle entretient avec toutes une paix et une union véritables et sincères.

L'Université de Louvain se déclare formellement contre la censure de la Faculté de théologie, en affirmant que l'Institut de la Compagnie de Jésus est pieux et saint, et qu’il n’y a ni dans les bulles, ni dans les privilèges, ni dans la conduite de ces religieux, rien qui ne soit très avantageux et très utile aux pays où ils font leur séjour,

Le Recteur et trente-deux professeurs de l’Université de Ferrare, après avoir fait dans les termes les plus flatteurs, l'éloge de la Compagnie de Jésus, disent que ses membres doivent être jugés par leurs œuvres, et que celles-ci sont vraiment admirables : ils enseignent gratuitement les humanités et forment en même temps leurs élèves aux bonnes mœurs; ils prêchent, expliquent la Sainte Écriture et ne négligent rien de ce qui a rapport à la religion, visitant les hôpitaux et consolant les malades. Pour cela, loin de mériter qu’on les chasse, ils devraient être plutôt appelés par tous les moyens à Ferrare s’ils ne s’y trouvaient déjà.

L'inquisiteur de Saragosse(alla beaucoup plus loin, dans sa protestation contre le décret de la Faculté. Il/rédigea, quoique avec ménagement, une véritable sentence contre les assertions doctrinales des théologiens de Paris : « La Compagnie de Jésus, disait-il, à été approuvée par les Souverains Pontifes. Cependant, plusieurs malveillants, les uns dans une mauvaise intention, les

1. Acta SS., t. VII Juli, De S, Jgnatio, ? XLVII, p. 513 et suiv.; ? XLVIII, p. 516 et suiv.

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‘autres par ignorance, ont répandu le bruit, dans cette ville et dans les limites de notre juridiction, qu’une Université étrangère a déclaré cette société dangereuse pour la foi, perturbatrice de la paix et du repos de l’Église, nuisible aux autres religions, et a porté d’autres accusations qui atteignent à la fois la Compagnie de Jésus, le Siège Apostolique et l'autorité pontificale. Toutes ces choses ayant été mürement considérées. nous avons cru devoir ordonner à tous et à chacun, dans les limites de notre juridiction, au nom de la sainte obéissance et sous peine d’excommunication majeure, qu'on tienne pour suspects et détracteurs du Siège

Apostolique tous ceux qui, possédant des écrits relatifs à cette

HAL - matière, ne nous les apporteraient pas au plus tôt au palais du

| Saint-Office. Et nous voulons qu’on dénonce à notre tribunal ceux que l’on connaîtra avoir parlé témérairement, ou dans un sens défavorable, de l'approbation de cette Société, et qu'on les découvre dans les trois jours qui suivront cette proclamation‘. »

Ainsi, sans craindre d’humilier la Faculté de théologie de Paris, les hommes les plus capables, en Europe, de juger sur ses œuvres la Compagnie de Jésus, parlèrent en sa faveur. Leurs témoignages d'estime furent un précieux encouragement pour le fondateur de cet Ordre, à la fois si loué et si attaqué. Il n'eut pas besoin, du reste, d’en faire usage. Bientôt, comme il l'avait prévu, la vérité triompha par sa seule force, et même quelques-uns des principaux signataires du décret durent reconnaitre leur faute ou leur erreur. Voici les circonstances qui amenèrent ce revirement.

. 9. Au mois d'août de l’année 1555, le cardinal de Lorraine avait été envoyé à Rome par le roi Henri II pour y négocier une affaire politique? avec le nouveau Pape Paul IV qui, excité par l’ambition de ses neveux, songeait à renverser avec le secours de la France, la domination espagnole en Italie. Il s'était fait accompagner de quatre docteurs, des plus renommés de l’Université de Paris : Claude d’Espence, du collège de Navarre; Jérôme de la Souchière, de l’Ordre de Citeaux; Crespin de Brichanteau, religieux bénédictin; et Jean Benoit, ce dominicain qui avait rédigé le décret du 1* décembre 1554 ?. La présence à Rome de ces im-

1. 1bidem. Manare, De rebus S. J., p. 77. Mon. Ignat., s. 4°, I, 376.

2. Pouvoir à M£ le card. de Lorraine allant à Rome (Mémoires-journaux du duc de Guise, collect. Michaud, t. VI, p. 257).

3. Le P. Orlandini (Hist. Soc. Jesu, P. I, 1. XV, n. 44) confond tous ces docteurs sous le nom de Sorbonistes. C'était déjà la coutume des étrangers de confondre la Sorbonne

avec la Faculté de théologie. Vers le xur° et le x1v° siècle, différentes sociétés particu- . lières s'étaient formées au sein de la Faculté de théologie de Paris. Peu à peu elles

portants personnages offrait au P. Ignace une excellente occasion de défendre la cause des siens, injustement condamnés. Il décida que quatre jésuites, des plus distingués, auraient une explication loyale avec les quatre théologiens de Paris. IL choisit les Pères

Jacques Laïnez, Jean Polanco, André des Freux et Martin Olave!.

Ce dernier, docteur de la maison de Sorbonne, connaissait également bien l'esprit de la Compagnie et les usages de la Faculté : il est vraisemblable qu'on lui laissa le premier rôle dans cette courtoise discussion. La conférence eut lieu chez le cardinal de Lorraine, et en sa présence. « Parcourant un à un tous les articles du décret, les Pères Les réfutèrent par des arguments péremptoires, à la complète satisfaction non seulement du cardinal mais aussi des docteurs ?. » Claude d’Espence, rapporte Launoy, l’historien du collège de Navarre, « avoua franchement Les erreurs contenues dans le jugement de la Faculté ». Jean Benoît lui-même n'en disconvint pas. Le cardinal de Lorraine « déclara que les théologiens de Paris avaient prononcé sans connaitre suffisamment la cause # »; il promit de «s’employer de son mieux à faire rapporter la sentence” »; puis il loua fort Le Père Ignace qui, par charité, ne s'était plaint ni au Sacré Collège n1 au Souverain Pontife.

Afin d'éclairer de même les autres docteurs de la Faculté, le P. Martin Olave rédigea pour eux un mémoire latin où il résuma les arguments donnés dans la conférence. Ce document, à cause de sa longueur, ne peut être reproduit ici tout entier’, mais son importance nous oblige à en donner une analyse substantielle qui permettra d'apprécier sa valeur :

Le nom de Société ou Compagnie de Jésus n’est pas une nouveauté, car il y a déjà en Italie des congrégations qui le portent; il y a des religieux Jésuates ; il existe un Ordre de so/dats du Christ. D'ailleurs, on ne voit pas comment il y aurait plus disparurent, et il n’y eut plus d’enseignement théologique que dans les maisons de Sorbonne et de Navarre. Au collège de Navarre on enseignait les arts avec la théologie; au collège de Sorbonne la théologie seulement.

1. Né à Vitoria, Martin Olave étudiait à Alcala quand Ignace y arriva, en 1526, et le premier lui donna l’aumône à la porte de la ville. Il fit sa théologie à l'Université de Paris et y fut reçu docteur. Après ses études, il suivit la cour de Charles-Quint en Espagne et en Allemagne, et assista au concile de Trente. Renommé pour la pureté de ses mœurs et sa doctrine, il fut recu dans la Compagnie, en 1552, par Ignace qui, peu après, lui confia une chaire d’Ecriture Sainte. Il fut ensuite Recteur du collège romain et mourut le 17 août 1556. — 2. Polanco, Chronicon, V, 12.

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