Epist. Nadal
premiers Pères!. Bobadilla était d'autant plus mal venu à parler de la sorte qu’il avait accepté Le P. Vicaire pendant un an; luimême l’avait élu par l'entremise du P. Polanco, auquel il avait abandonné son suffrage?; enfin 1l savait fort bien que les Constitutions, si elles n’avaient pas encore la sanction définitive d’une congrégation générale, étaient cependant en vigueur depuis plusieurs années, et promulguées partout, sauf en France, après avoir eu l'approbation des profès. N'importe; sous l'impression
de son idée et persuadé d’avoir raison, Bobadilla intriguait. Parmi
ses frères, 1l en gagnait quatre à sa cause : Broet, qui péchait parfois par excès de simplicité; Jean-Baptiste Viola, un esprit très indépendant; Adrien Adriaënssens, connu pour très original ; et Simon Rodriguez, dont la conduite comme provincial avait été blâmée par Ignace en 1552. Si encore tout s'était passé en famille; mais Bobadilla, en bons termes avec le Pape et plusieurs grands personnages, cherchait, pour arriver à ses fins, des influences étrangères. Ses raisonnements et ses interprétations sophistiques, qu'il débitait en conversation et même par écrit, soulevaient tout un mouvement d'opinion contre le P. Vicaire et contre l’Institut.
Ponce Cogordan, lui, se démenait sur un autre terrain : il trouva moyen d’induire en erreur et d’irriter le Souverain Pontife sur la question si délicate du transfert. C'était du reste un bon religieux, un homme d'affaires remarquable, précieux pour son activité et son esprit pratique, mais très entêté et peu maniableÿ. Il faisait partie de la congrégation, non comme profès, mais comme procureur général de toute la Compagnie. Aiïgri de n’avoir pas été admis à la profession des quatre vœux, il était tout à fait opposé, on ne sait trop pourquoi, au projet de quitter Rome’. Il ne se contenta pas d'exposer vivement son avis là-
- 1. Interrogatorio hecho al P. Bobadilla (De rebus Congr. gen. I-V) publié par le P. Astrain, op. cûl., t. I, p. 611-613, appendice I. Cf. Réfutation de Bobadilla par Nadal, dans Sacchini, L. c., n. 82, 83. Le P. Nadal fait remarquer à Bobadilla qu'il avait trop de prétention en se regardant comme co-fondateur de la Compagnie : « Unum nos Ignatium fundatorem agnoscimus : per quem Deus in suam Ecclesiam Socielatem invexit; a quo et instituendae Religionis consilium cœpit; qui caeteros Patres ad ejusdem consilii societatem adduxit » (Sacchini, n. 82}.